o CONTRARIO

Quand elle est petite, Sofia est espiègle. Elle s’échappe souvent, court dans l’appartement et, quand la porte est ouverte, s’enhardit sur le palier. En équilibre instable, elle se demande si elle osera. En général, elle n’a pas le temps car on crie après elle et ce mélange d’ordres et de supplications la touche. Alors, elle se laisse rattraper, se plaint puis devient douce pour mieux retrouver l’étreinte et l’abandon maternels. Il est bon, quand elle a été suffisamment grondée, de retrouver celle que rien ne définit vite car elle est tout. De la légère odeur citronnée qui s’échappe du corps de la mère, de sa voix au phrasé italien ou de l’intensité de son regard, quel est le meilleur ? Dans la quiétude où elle se trouve, Sofia n’arrive pas à répondre. Et quand l’inquiétude vient car Monica n’est plus avec eux, elle reste encore sans voix, mais là, c’est douloureux. Le temps et la mort effacent tout.

La confusion s’installe car la disparition de la mère, si vite morte après un accident de voiture, fait reculer  l’amour au point qu’elle croit qu’il n’existe plus. Cela commence quand elle a dix ans, le jour où elle sait qu’elle est orpheline. Car, Victor, même s’il reste conscient de son rôle, s’écarte de son devoir de père. Il a des sœurs qui habitent Aubagne et l’une après l’autre viennent jouer à la maman. Élève assidue, Sofia fait son possible et tout le monde s’accorde à la trouver gentille et méritante.