sofia TRISTE

 

Meurtrie par la mort de sa mère, Sofia ne trouve, en son père Victor, qu'indifférence et perd dans de multiples et éphémères liaisons.

A Victor, perdu dans ses rêves, Sofia dit l’infamie de l’homme et ses mauvais desseins ; à la mention de la protection exercée par le fantôme de Monica, il part d’un doux rire désespéré et la jeune fille, confondue, se tait.

Plus tard, elle appelle l’une de ses tantes d’Aubagne, celle qui se préoccupe de son évolution de jeune fille, achète avec elle de la lingerie et lui a appris à faire la différence entre menstruation et ovulation…

Christine est bienveillante. Elle conseille des tenues sages et des horaires stricts. Sans parler de demandes à laisser telles quelles sans justification. Ne pas sortir à vingt-deux heures pour aller acheter des cigarettes et ne pas déambuler dans un parking souterrain désert : les désirs de Victor peuvent attendre.

Sofia promet mais rien ne marche.

Un homme la suit de jour au sortir du supermarché local et l’insulte en la provoquant. Elle lui bat froid mais le retrouve dans une cage d’escalier ou, alors qu’elle cherche à lui échapper et affirme aller voir une amie, il lui palpe les seins, lui remonte la jupe sur le ventre et, la main plongée dans sa culotte, la masturbe vigoureusement. Elle se débat. Il crie et assène qu’elle est une petite chienne et aime ça. Elle se dégage, part et pleure.

Victor, à qui elle parle, hoche la tête et lui conseille la prudence. Le reste de la soirée, il regarde la télévision et passe des coups de fil.

La fois suivante, dans un autre parking, un autre homme déchire son corsage et s’en prend aussi à son entrejambe. Il dit « branler » et non « caresser » ou « masturber ».

Elle a du plaisir et crie. Il dit : « c’est bien ».

Il y a d’autres épisodes et d’autres violences.

Elle parle à Victor qui sourie et hausse les épaules.

Une fois, elle a la bouche meurtrie, ensanglantée.

Une fois, elle a mal à l’entrejambe et ne sait que faire.

Une fois, elle a des meurtrissures sur les bras, comme des traces de cordes ; sa lingerie est déchirée ; elle a les yeux fous.

Elle ne rentre pas une nuit.

Victor, devant son café, lit un magazine.