AUTRE SOFIA

Sofia dérive après la disparition de sa mère...

Elle n’a pas peur de faire l’amour mais elle a peur de mourir. Quand un garçon ou un homme est sur elle – il y a une différence tout de même- elle reste en relation avec l’image solide, belle et sensuelle de Monica et ce lien la soutient. Sa maman, elle le sait, n’aime rien de ce qu’elle fait maintenant avec ses « autres » qui se nourrissent d’elle mais elle continue de l’aimer et de lui communiquer sa force. Sofia ne sait pas ce qu’il y a après la mort mais, de peur de ne pas trouver ce Paradis plein de cyprès et de grands lys que sa mère lui a dépeint, elle reste sur terre. Que ferait-elle si, errant dans ce grand domaine où Sofia a le droit d’être, elle était longuement reléguée dans un Purgatoire où on la maintiendrait sans fin ?

Nettoyer la maison et s’occuper de son père, c’est aussi bien qu’étudier et d’avoir de bonnes notes.

Relever sa jupe et son corsage et coucher, c’est mal.

Mais il n’y a rien à faire.

Rien.

Sofia, quelquefois, regarde ses seins et sent les larmes perler à ses yeux. Elle pince et frappe à coups réguliers les beaux mamelons, jusqu’à ce qu’elle se sente lasse. Rougis et douloureux, ses jeunes seins immobiles la renvoient à sa honte. Quand la douleur décroît, elle ne les caresse pas.

Elle se punit encore, se griffant, se privant d’aliments, pleurant.

Elle s’interdit toute masturbation.

En quelques semaines, devenue insomniaque, elle affole son père, qui, d’indifférent passe à l’inquiétude et aux interrogations. Tandis qu’il questionne en vain, le fantôme de Monica veille sur le corps lourdement marqué de Sofia, et, se faisant bienveillant, l’apaise. La jeune fille reste muette mais l’alerte est enfin donnée. Christine vient et s’inquiète. Et Marie-Pierre et Sylvie, les autres sœurs.

Bientôt, on envisage un autre lycée et une autre vie.

Sofia part à Aubagne où elle était petite et fait les marchés, quand elle peut, avec Christine.

Les cages d’escalier, les parkings, les halls d’immeubles et les terrains vagues quittent son esprit, même si, pendant longtemps lui reste en mémoire de magnétiques images d’agenouillements ou d’allongements, de caresses et de pénétration.