SOFIA POSSIBLE

Sofia, après quelques errances, se retrouve elle-même et s'apaise.

Volontairement emprisonnée, Sofia s’astreint à une vie d’où toute sensation corporelle est éludée. Elle ne peut ni avoir mal aux seins ni au ventre et son bas ventre n’existe pas. Un mal de tête est accepté ainsi qu’une grosse fatigue, liée à un gros travail de préparation pour des examens. Rien d’autre.

Vêtue de gris, de noir et de bleu marine, Sofia travaille son bac d’arrache-pied la semaine et vend le samedi matin, des nappes provençales.

Plus rien n’existe.

Victor vient et déjeune avec ses sœurs et elle.

Monica est distante.

Un jour, pourtant, Sofia sent un lien se défaire. Elle est maintenant en classe préparatoire et s’apprête à passer un gros concours pour une école de commerce. Toute sa vie est faite de labeur, son corps étant relégué depuis longtemps au rôle de simple exécutant. Un jeune homme étudie avec elle et il lui plaît. Au fil du temps, le corps se rend à lui-même ; les seins existent, pèsent et durcissent, frémissent et se dressent. Le sexe redevient sensible et offert.

Sofia estime avoir tout mal fait, par blessure et par sentiment d’abandon. Bien sûr, dans sa tête, les choses ne sont pas si claires et nettes…

Le jeune homme est là, blond, mince, presque arrogant.

Elle se sent belle, soudain.

Sa poitrine retrouve cette beauté du diable qu’un temps il avait été malséant d’avoir ; la jeune fille en est contente et s’enorgueillit de leur prestance. 

Le concours arrive : tous deux réussissent.

Jusqu’ici, ils ne sont rien de plus que des paroles d’approche et d’encouragements.

Maintenant, ils sont vraiment face à face.

Quand l’amour est dit et va se faire, le corsage de Sofia tombe et deux beaux seins apparaissent, purs et dressés.

Le fantôme de Monica est présent jusqu’en ses délicates effluves. Le muguet règne.

Le lilas aussi.

La bouche de l’amant fait s’ériger, l’un après l’autre, les tétons rosés qui prolongent les seins de la jeune fille.

Le bonheur est tangible.

Sofia le sait.