NAVALE

Fille d’officier et dernière née d’une famille de cinq enfants, Anna  arrive tardivement dans la vie de ses parents. Quatre garçons sont nés avant elle dont un, qui veut faire navale, comme son père.

De son père, Rémi, Anna perçoit très vite le caractère pudique et renfermé. Ravi d’avoir sur le tard un bébé qui n’est pas un garçon, il ne montre que peu sa joie. Simple et directe, Sophie, la mère, la manifeste beaucoup au début, puis, accoutumée à la gouverne d’un époux qu’elle admire et auquel la vie une relation amoureuse basée sur la vénération, elle plie et se montre circonspecte.

L’enfance passe. Thibault et Antoine, les deux premiers nés, brillent dans les matières scientifiques et se consacrent essentiellement à leurs études présentes et à venir. Martin et Nicolas, les deux cadets ont des dispositions intellectuelles moins évidentes mais ils tiennent de leur père le goût de l’effort et l’obligation de « tenir un rang », à savoir de s’insérer socialement grâce à une profession qui, si elle ne fait pas d’eux des leaders, leur permet d’être respectables.

Elle, Anna, se montre vite différente mais son extrême jeunesse aidant, on le lui pardonne car elle a encore toute les rondeurs de l’enfance quand le dernier de ses frères a onze ans. Elle s’applique à l’école car il le faut bien mais dès l’abord, elle veut danser, chanter, partir loin à cheval et recueillir des animaux qu’elle soignera et à qui elle promettra de s’occuper toujours. Quand les journées sont trop longues, elle n’écoute plus et les maîtresses d’école, l’une après l’autre et quel que soit l’endroit –puisque, par vocation, le chef de famille est appelé à muter- égrènent leurs griefs : gentillesse permanente mais nonchalance et démotivation.

Bientôt, il faut préciser son avenir. Thibault veut faire Navale, comme son père et passer son temps libre, comme lui, à lire Montaigne et Chateaubriand. Antoine présente un bac scientifique et vise une École des Mines. Martin excelle en anglais et souhaite l’enseignant tout en affirmant vouloir passer, en plus de son concours d’enseignement, une thèse. Nicolas, enfin, se passionne pour l’informatique, secteur en plein développement où, lui semble- t’il, il peut trouver un bon ancrage et une possibilité de promotion professionnelle.

Anna, elle, ne sait pas.