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Atypique dans une famille très stricte où tout le monde fait des études, Anna revendique la lenteur...

Anna n’a pas son bac.

Elle est sommée de redoubler dans le même lycée où d’accepter un internat guindé si elle ne donne pas de signes de motivation. Consciente de sa différence sans savoir exactement comment l’affirmer, la jeune fille refuse l’une et l’autre des propositions paternelles et rejette l’arbitrage maternel, qu’elle a, jusque là, toujours accepté. De fait, on lui signifie qu’elle doit se débrouiller, escomptant qu’un temps de réflexion joint à la découverte du dur milieu professionnel des non diplômés sauront la faire revenir à de judicieuses perspectives d’études.

Elle a dix huit ans. Elle est longiligne, comme elle l’a toujours été. Elle secoue la tête pour ébouriffer ses cheveux bruns, souvent coiffés au carré, mais qu’elle souhaite laisser pousser pour changer d’apparence et plus féminine. Souvent, elle se maquille – les yeux surtout qu’elle charbonne beaucoup- et peint ses ongles en rouge ou violet. Elle porte des jeans mais les agrémente désormais de longues tuniques de dentelle, qu’elle ceinture et orne de ribambelles de colliers. Elle tente de délaisser les baskets et les tennis pour de jolies sandales mais les emplois qu’elle trouve la dissuadent vite de troquer l’utile pour l’agréable.

Pendant presque deux ans, elle vend des sandwiches, puis des pizzas, puis des gâteaux ; ensuite, elle fait des chambres et trouve pour finir un travail de serveuse dans un café.

Rémi exige et elle ne sait que lui répondre car elle se sent aussi mal à l’aise que l’étaient les chats recueillis de son enfance et comme eux conscients qu’il faut payer un prix pour être libres, le quotidien d’un être bien nourri, bien traité et soigné s’accordant parfois mal avec celle-ci. Alors, elle décline et dit que tout va bien.