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Anna, tournant le dos à son éducation guindée, devient femme de chambre dans un hôtel à Cannes. Déception familiale mais secret bonheur de la jeune fille.

Sophie, les larmes aux yeux, lui rend souvent visite et ne se remet du spectacle de cette fille non prodigue qui ne voit pas de problème à servir des cafés et à lessiver une salle tard le soir quand tous ses frères font des études longues. Anna a réponse à tout : elle partage une chambre avec une copine et n’a donc pas grande dépense. Elle mange en suffisance sans faire beaucoup de frais. Une personne débrouillarde trouve à s’habiller sans se ruiner. Quant à ses excès supposés, ils sont modeste. Elle ne boit que rarement, elle ne trouve pas que  beaucoup fumer est  passionnant. Sa vie sexuelle ?  Oui, elle en a une mais elle est majeure et sait prendre rendez vous avec un médecin pour se faire prescrire le nécessaire. Elle n’a plus de chat mais un poisson rouge appelé Noé et pour ce qui est de chanter, elle a gardé ses bonnes habitudes. Ah, et il reste le problème des déplacements : là, bien sûr, c’est un peu plus compliqué mais elle est débrouillarde. Quand elle aura assez d’argent de côté, elle se paiera le permis et après, elle verra.

Devant cet aplomb, Sophie se rassure et semble-t’ il s’insurge secrètement contre le monolithisme d’un époux qu’elle n’a jamais contredit. Bientôt, de l’argent vient pour un permis puis pour une voiture d’occasion, dons que la jeune fille accepte avec un demi-sourire, tout en s’efforçant, malgré tout, de manifester son contentement.

A cette période Rémi et Sophie pensent encore que les vagabondages de leur étrange fille vont s’interrompre mais ils se leurrent.  Dans le temps même où elle apprend que son frère aîné intègre Navale à Brest et que le suivant brille en classe préparatoire option mathématiques, Anna avoue avoir réussi son examen de conduite du premier coup et s’être achetée une voiture d' occasion robuste et amusante. Cela lui suffit. Au volant de sa Fiat défraîchie, elle est aux anges, car elle est toujours ponctuelle au travail et peut, le soir, sortir davantage.

Et avec cela, elle n’arrête toujours pas de chanter.

Sa mère, elle le ressent, s’inquiète pour elle et son père, lui, s’insurge toujours comme cette  enfant inique qui se dérobe à toute normalisation. Anna, bien que bienveillante, suit un chemin dont elle ne connaît pas l’issue mais qu’elle se doit de suivre sans qu’elle sache pourquoi. Des propositions sous-jacentes de retour, elle ne tient pas compte et étant redevenue femme de chambre dans un bel hôtel de la Côte d’Azur, elle se surprend encore une fois, à soupeser les draps dont elle aime l’odeur de frais, rendre impeccable de merveilleuses salles de bain et aérer des chambres vastes et élégantes où dorment des gens argentés dont elle ne sera jamais rien.

Le chariot qu’elle pousse, plein de serviettes, de draps, de rouleaux de papier hygiénique et de miniatures de shampoing et de gel pour le corps est l’antithèse de son enfance où rien ne relevait du hasard. Ici, tout est possible puisque rares sont les personnes qui occupent longtemps les chambres. Ainsi, tout est souvent nouveau et elle adore cela.