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Nadia est née dans une famille aux revenus limités certes mais travailleuse et honnête. Son père était militaire et à la retraite, il a fait du gardiennage de maisons de personnes aisées. Sa mère est employée de maison chez des gens qui ont du bien. Elle a deux petites sœurs fort bien élevées et il ne lui vient pas à l'esprit qu'elle ait manqué de quoi que ce soit. Ses sœurs et elles ont été bien nourries et bien habillées toute leur enfance. Elles ont été entourées. On les a encouragées à étudier et elles l'ont fait avec ardeur. Toutes les trois sont bonnes lectrices. Elle est la première à aller à l'université et elle a choisi le droit, pour elle-même, certes mais pour ses parents aussi car elle sait qu'ils sont fiers d'elle ; Elle sait qu'elle aura ses diplômes et qu'elle travaillera dans un cabinet d'avocat. Elle a la tête sur les épaules. C'est une fille sensée.

Voilà bien des différences avec une quelconque « Nadia » et l'on peut se demander pourquoi elle se prostitue. A cela elle peut répondre qu'il s'agit là pour elle d'une activité occasionnelle qui ne la complexe pas et ne l'attriste pas. Elle a dû, pour faire ses études, quitter le domicile familial (une petite maison de gardiens à l'entrée d'une belle propriété, dans le Vaucluse) et s'est inscrite en faculté à Aix. La première année, elle a cru pouvoir s'en sortir avec une bourse d'études et un peu d'argent envoyé mensuellement par ses parents. Au bout de quatre mois, elle a compris que c'était impossible. Cela ne lui suffisait pas. Elle ne leur a cependant rien dit et a mordu la poussière les mois suivants. Tout en travaillant d'arrache-pied, elle s'est privée de tout. Pas de cinéma, de théâtre, d'excursions, de restaurants, de salons de thé. Pas de discothèque. Pas non plus de vêtements et de chaussures ou si peu et il ne vaut même pas la peine de parler de maquillage, de cd et de dvd... Bien sûr, elle a eu ses examens haut la main et elle a parcouru d'un frisson d'orgueil quand elle a vu son nom en tête de liste, parmi ceux des étudiants qui étaient reçus avec mention. Elle doit le dire, cela a racheté les après-midi passés en bibliothèque universitaire, les soirées dont l'unique thème étaient le travail, les nombreux moments où elle s'est morigénée pour être sûre d'acheter le strict nécessaire et de négliger le superflu et les dîners frugaux succédant à des déjeuners presque immatériels. Cela lui a fait oublier aussi l'humiliation ressentie à chaque fois où elle avait décliné une invitation car en général, celles-ci supposaient des dépenses....