joseph FIENNES

En fait, elle s'est trouvée récompensée de cette vie spartiate, sans grande joie, l'amour étant tenu à distance et l'amitié subordonnée à des histoires d'argent. Quelquefois, elle a bien vu que plusieurs de ses amies se rendaient compte de son mode de vie et tentaient de l'aider mais elle est restée ferme. Elle aime bien la sollicitude mais elle n'aime pas la curiosité déplacée ou du moins ce qu'elle suppose être tel.

Non, elle s'en est bien sortie et pour parachever l'année, elle a, l'été venu, travaillé dans un centre de vacances deux mois durant. Des enfants de maternelle. Entourée de jeunes gens et jeunes filles, elle s'est amusée, surmontant chaque soir sa fatigue pour discuter, rire et danser. A la fin d'une de ces fêtes, elle a fait l'amour dans l'intimité d'une petite chambre avec un des moniteurs de la colonie, un garçon de son âge également étudiant mais lui, à Marseille. Elle se souvient bien de lui, grand, brun, drôle avec un beau visage méditerranéen et des yeux bleus. Clément, Clément Fiastre, dix-neuf ans, inscrit en fac d'anglais, certainement brillant mais moins préoccupé qu'elle par les difficultés matérielles. Elle se souvient d'un bel été et d'un amant charmant et précis, prenant soin d'elle et la faisant rire. Elle s'est attachée à lui sans pour autant faire de grands rêves. Il semblait qu'il se comportât de même. L'instant présent et la proximité de Perpignan semblaient leur suffire. Quand août s'est terminé, il est rentré dans sa famille et elle dans la sienne. Physiquement, il lui a beaucoup manqué car on s'habitue à l'amour physique qui a ses règles et ses lois. Elle s'est bien rendue compte que le manque ressenti allait bien au delà des talents avérés du jeune homme pour les caresses manuelles et buccales et de la fermeté suffocante de son membre. Elle éprouvait une tristesse d'ordre sentimental car elle s'était sinon confiée à lui du moins appuyée sur lui, dans la chaleur et la facilité de l'été. Elle se crut forte et n'y parvint pas. Elle le contacta et en septembre, ils se revirent. Ses parents étaient relativement aisés. Ils étaient de plus libres d'esprit. Héberger la petite amie de leur grand fils leur paraissait une chose naturelle et la rendre libre de toute dépense aussi tant qu'elle était là...