AMALIA

Jeune femme sans éducation, Amalia passe d'une adolescence difficile a un mariage hatif. Quand tout s'écroule, il ne lui reste qu'une issue. A celle-là, elle n'aurait jamais pensé...

Esseulée, l'épouse est d'abord sans repères. Elle a connu cet homme à dix-huit ans. Leur fille aînée a l'âge qu'elle avait ! Le plus jeune des garçons a dix ans. Que fera-telle ? Elle est femme de ménage. Elle est très économe. Physiquement, ce n'est pas une belle femme. Bien sûr, toute jeune, elle était différente ; sur les photos, avec celui qui était alors « son fiancé », elle est jolie. Mince, brune, les sourcils épais et le regard chaleureux et noir. Elle est souvent en pantalon et porte des bustiers fleuris. C'est une période heureuse. Elle a eu une enfance compliquée. Son père était un homme coléreux et sa mère, une femme faible. Il a fallu faire avec l'indigence et c'était si difficile, parfois, qu'elle s'est bien jurée de réussir son mariage avec « un homme bien » pour échapper à la pauvreté et sa litanie de regrets et de plaintes ; Seulement, ça n'a pas été comme elle voulait. Amalia avec Daniel, au contraire d'une réussite, ça a été un cauchemar. Elle ne peut s'en prendre qu'à elle-même car ses parents si bornés qu'ils soient ont eu raison sur un point : ils lui ont bien dit qu'avec un garçon comme celui-là, elle avait toutes les chances d'aller de désillusion en désillusion, non parce qu'il était empoté mais parce qu'il était plein de suffisance ; ces gens-là, on le sait bien, ne supportent aucune remarque. Ils sont sûrs d'eux et de leurs choix. Ils se jugent intelligents et adaptables. Rien ne leur fait peur. Si le monde était moins injuste et aveugle, ils auraient de belles situations et seraient estimés à leur juste valeur. Seulement, on sait bien comment est le monde. Il les met de côté et leur préfère des minables ! A la vérité, ce genre d'individus passe plus de temps à se lamenter qu'à être efficace. Ils sont en fait peu faits pour le travail car ils n'aiment pas l'effort ; mais jamais, ils ne condescendront à l'avouer, rejetant sans cesse la faute sur les autres.

Amalia n'a pas cru une seconde à ce discours. Elle a épousé un homme bouillonnant d'idées, hyperactif et incompris.

Des années plus tard, elle voit qu'elle a fait fausse route. Elle voudrait bien demander pardon à ses parents mais son père est mort d'une crise cardiaque et sa mère est retournée au Portugal. Quant à la famille de son mari, elle ne l'a quasiment jamais vue. Lui-même est restée très évasif. Il s'est prétendu orphelin et élevé par un oncle qu'elle a en effet rencontré plusieurs fois ; Seulement, maintenant que Daniel s'est enfui sans laisser d'adresse, elle se demande si cet homme autoritaire et imbu de lui-même, est vraiment le frère de son mari. Elle n'a jamais approfondi le sujet ni cherché à savoir où était le reste de la famille. Il lui vient à l'esprit qu'il les a peut-être découragés les uns après les autres, le « frère » hautain et improbable mis à part. Ainsi, elle a fait fausse route.

Des mois durant, elle tient le coup. Elle travaille. Ses enfants étudient. Elle perçoit des aides. L'assistante sociale la soutient bien. Mais tout se dérègle : elle fait une mauvaise chute et ne peut travailler autant et aussi bien.

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A sa fille aînée, Marie, qui passe le bac, elle ne sait comment annoncer qu'elle ne pourra poursuivre ses études. De toute façon, elle ne peut rien lui offrir. Il serait préférable qu'elle fasse une courte formation professionnelle. La jeune fille pleure encore et encore. Elle espère un revirement de situation. Comme rien ne vient et que la situation devient plus précaire, elle cesse d'aller au lycée à trois mois du bac et s'enferme dans sa cambre. Amalia tente de la raisonner : le bac, au moins ! Son attention est bientôt distraite par les sottises de son fils aîné qui a volé une petite moto avec des copains. Son second fils n'aime pas l'école et son troisième copie les frères plutôt que la sœur.

En deux, la famille éclate. Amalia fait une grave dépression. Les garçons sont placés dans des familles d'accueil et Marie, recueillie par Martine Herbant, sa marraine, se met à vendre des vêtements sur des marchés. Ce doit-être là qu'elle rencontre un certain Tony Flores, un homme plus âgé qu'elle, long, sec et drôle, du moins, dans les débuts. Comment passe- t' elle d'une vie professionnelle peu conforme à ses souhaits mais correcte à la prostitution, elle ne s'en ouvre à personne. Cependant, les faits parlent pour elle. La jolie et timide lycéenne qui voulait avoir le bac et étudier la gestion devient Nadia, une prostituée aguichante, aux lèvres et aux ongles très rouges. Mise en valeur selon les codes d'un genre, elle travaille bien, ce dont Tony, son mentor et amant, s'enorgueillit...