UNE IMAGE DE RUTH

 

Ruth Sheridan traverse avec son mari la guerre d'indépendance américaine. A la mort de celui-ci, elle revient sur sa propre vie et fait des découvertes...

A la fin du conflit, Sheridan, sortit grandi, avait repris seul ses affaires. Il ne les avait jamais abandonnées même quand les temps étaient rudes.L’amant transi avait succombé en 1679 à une grippe aussi violente que mal soignée. Il était resté souffrant des mois durant. Ruth en éprouva un grand chagrin mais là encore, elle se tut. Le temps qui passait lui faisait reconsidérer la passion qu’elle avait éprouvée pour ce Bostonien veuf à l’allure séduisante. Beckord, quand elle l’avait connu, était grand et mince. Il était bien fait et portait joliment le costume. Il avait les cheveux blond-roux, les yeux bleu-vert et le teint clair. Il avait reçu une bonne éducation et il parlait bien. Elle avait tout de suite aimé sa voix chaude et sa façon un peu affectée de chercher ses mots. Puis elle avait aimé tout ce qui était lui…Elle pensa longtemps qu’elle n’avait rien eu d’héroïque à le tenir à distance  mais quand tous ses enfants furent mariés, qu’ils eurent chacun plusieurs enfants et que Sheridan montra les signes d’un cœur fatigué et malade, elle entrevit la suite de sa vie. Elle lui survivrait. Elle serait seule et riche. Et puis ? Elle avait toujours gardé les lettres que Thomas lui avait envoyées mais n’avait évidemment plus celles qu’elle li avait adressées. La relecture de cette correspondance tronquée lui fit un effet bizarre. Alors c’était cela un grand amour ? Oui, c’était cela. Le sacrifice était-il si nécessaire ? Il lui semblait maintenant que non. Cette vertu qu’elle avait affichée n’était pas héroïque. Elle était le signe d’une soumission à un ordre social et aux valeurs plaquées du mariage mais elle n’était pas un acte libre. Si elle avait eu une liaison même brève avec Beckord, elle l’aurait connu l’héroïsme, le vrai, celui qui conduit à la liberté. Il l’avait senti en elle cette force vive qui la rendait si singulière et voilà qu’elle s’était galvaudée…Elle s’en voulut de longues semaines et pleura beaucoup. A la fin de l’année 1787, Sheridan eut une crise cardiaque qui cette fois lui fut fatale et on l’enterra en grande pompe. Le veuvage transforma une nouvelle fois Ruth. Elle se pardonna et ne se jugea plus de sorte que ses enfants et petits enfants à qui elle avait parlé de sa jeunesse et du petit lutin qui était en elle et lui faisait dire des sottises était de retour. Les dernières années de sa vie, elle était une vieille dame délicieuse et très drôle, ayant beaucoup d’amies. Elle s’était remise au chant !