ABIGAIL ADAMS

Ruth Sheridan: une femme intégre.

Voilà, c’était l’histoire que Hammer et moi avions mise au point. Je le rejoignis le lundi comme je l’avais fait précédemment et il me montra la version imprimée de ce que nous avions fait. J’eus quelques doutes.

-Nous aurions pu évoquer davantage  la guerre d’indépendance ? Là, c’est la portion congrue.

-Je ne pense pas. On pourrait ajouter quelques dates –clé si vous y tenez. Oui, ce ne serait pas mal.

-Imaginer qu’avant sa mort, Sheridan a été ravi par la décisive victoire de Yorktown, le 19 octobre 1781 et qu’il a adoré que les troupes et la flotte française soient venues en appui…

-Oui, ce serait bien…En même temps, on pourrait le faire mourir plus tard, quand la constitution des Etats Unis d’Amérique est promulguée…

-Oh non…Moi je pense que Sheridan ne doit pas voir son rêve se réaliser totalement.

-Pourquoi cela, Isée ?

-Mais parce que c’est Ruth qui doit survivre et assister à la naissance d’un nouveau monde !

-Elle ne fait que chanter et parler du lutin qui…

-Oh non, Philip, là vous exagérez ! Elle a toujours eu une conscience politique. Elle ne peut qu’admirer Washington, Benjamin Franklin, Thomas Jefferson et tous ceux qui ont combattu. D’autant qu’elle est bostonienne et sait combien cette ville s’est bien battue. En 1776, les soldats anglais ont dû évacuer la ville face aux troupes américaines ; Les soldats était vingt-mille…

-Je suis d’accord, je suis d’accord ! Vous savez que vous êtes très convaincante quand vous montez le ton comme cela ! En fait si la guerre d’indépendance fait irruption dans notre récit, nous ne nous en sortirons pas. Ni Sheridan ni Beckford ne suffiront et la passion avortée de la pauvre Ruth ne paraîtra plus très importante. Restons-en là.

-En même temps, ce n’est qu’anecdotique…

-Non, Isée. On peut toujours faire monter les dialogues où Sheridan évoque la situation politique avec sa femme ou devant elle, ce qui revient au même vu qu’elle est très avisée et écoute tout…

Il avait raison et j’acquiesçais. La Partie de thé de Boston était suffisante…Nous nous rabattîmes sur la recherche du titre. J’avais beaucoup d’idées.

-Ruth et l’intransigeance ?  Ruth et William : un amour impossible ? Les intermittences du cœur : Ruth Sheridan ?

Il se mit à rire de bon cœur !

-Isée, Isée ! Mais enfin, d’où sortent ces titres ?

-Ils ne sont pas bons ?

-Ils sont bons ! Mais je pense qu’il faut faire simple. Ce texte porte le nom de son héroïne.

-Alors, il s’appelle juste « Ruth Sheridan » ?

-Oui.

-Mais pourquoi ?

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-Parce ce que je vais vous donner une autre histoire à construire. Quand vous l’aurez faite, avec moi bien sûr, nous verrons ce qu’il en est. Et alors, nous reviendrons sur les titres.

Il avait sorti le champagne du frigo et franchement nous abusâmes…Il paraît que ça ne saoule pas. Peut-être mais nous arrivâmes à une bouteille chacun. Pour que je rentre sans problème, il me proposa une salade qu’il avait faite, du pain et de la (très bonne) charcuterie et du pain (très bon aussi). Ça limita les dégâts.

Je l’observai tandis qu’on dînait de façon improvisé. Il portait un pull ras du cou sur un pantalon gris et il était vraiment séduisant. Comme je l’ai déjà dit, à certains signes, son orientation sexuelle se devinait mais ça ne m’empêchait pas d’être attirée par lui et pour des mobiles fort peu platoniques. Il le savait, je crois mais il était clair (pour lui, du moins), qu’il ne me répondrait pas. C’était beau, cette tension malgré tout…

A moment de partir, il me dit

-On va rester en Amérique mais je vais simplifier votre tâche : 11 septembre 2001. Une femme et ses deux enfants. Des enfants jeunes. Le mari était dans une des tours et n’est pas rentré. Ils l’attendent, le cherchent et puis non…Le deuil…

Je le regardais les yeux très brillants et l’esprit embrumé et je lui dis que j’étais d’accord puis je partis en taxi. Il en avait appelé un pour moi et comme il me payait en liquide, il avait ajouté l’argent de la course…