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Louise Falker, personnage inventé par Isée, devient la gouvernante d'un juge texan alors qu'elle est née pauvre. Celui-ci est passionné par les Kennedy...

Louise n’avait jamais eu d’employeur qui ait deux passions aussi avérés. L’une d’elle était l’aquarelle et l’autre la politique. Pour ce qui concerne la première, il avait transformé une des pièces du ré de chaussée en atelier et il peignait tous les jours. Pour ce qui était de la seconde, il se plaisait à lire quotidiennement les Mémoires des différents présidents des Etats-Unis, si tant est que ceux-ci les ai écrites ou encore leur biographie. Il lisait aussi des monographies et bien sûr la rubrique spécifique de plusieurs grands quotidiens américains. Fait notable, dans un Texas manifestement républicain, il vouait un véritable culte à un des présidents des Etats-Unis qui l’avait particulièrement marqué : Franklin Delanoe Roosevelt. « Président de guerre », selon, lui, Eisenhower lui plaisait moins. La sage gouvernante et le veuf curieux de tout apprirent à s’apprécier. Louise ne mesurait pas à quel point elle s’était transformé. Il lui était venu une sorte de distinction qui la rendait majestueuse sans être écrasante. Tucker ne mit pas deux ans à la demander en mariage. Elle mit du temps à accepter, ne pouvant y croire. Elle, la petite fille d’un quartier triste de la Nouvelle-Orléans épouser un juge à la retraite…Qu’auraient dit ses parents, qui l’un et l’autre étaient morts, s’ils savaient appris la nouvelle ? Que diraient les frères et sœurs dont il lui restait quelques traces ? Seule Martha et son mari seraient à la fois ébahis et ravis…Et sa fille, bien sûr, l’énergique Norma. Les années filèrent et furent plutôt paisibles pour les Tucker. Louise avait eu beaucoup de mal à se dire que désormais elle ne servait plus mais était servi. Décidemment, ça la reprenait souvent : elle faisait tout elle-même, sans rien demander à personne, comme avant. Les domestiques s’en trouvaient gênés mais Tucker, lui, riait. Il adorait qu’elle soit ainsi. Tous deux lisaient beaucoup et souvent elle pour lui. L’histoire américaine défilait avec ses guerres, ses traités, ses tragédies et ses accalmies. Et puis, alors que le juge guettait un homme providentiel, à la fin des années soixante, il lui en vint un…Kennedy. Tout de suite, ils furent sur l’affaire. Tucker était enthousiaste :

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-C’est un démocrate ! L’Amérique a besoin d’un démocrate ! Son père Joseph Patrick Kennedy est un homme d’affaire puissant et sa mère, Rose Fitzgerald Kennedy est une grande dame. Il vient d’une famille catholique et a beaucoup de frères et sœurs….

Louise ne savait pas trop, vu le ton lénifiant pris par son mari, s’il cherchait à la convaincre ou à se rassurer lui-même.

-Il a succédé à Dwight Eisenhower et ce n’est pas une mince affaire ! Un homme si bien formé, si jeune et déjà si brillant. Il a été élu le 20 janvier 1961 et regarde déjà ce qu’il a fait ! Quelle aura….

-Oui…

-Déjà, sa formation ! Il a d’abord étudié dans une très sélective école privée du Connecticut avant d’aller à Princeton. Il y a eu quelques soucis de santé mais a poursuivi son cursus à Harvard, avec comme matières de prédilection, l’histoire, l’économie et la politique américaine. Son père, qi est un homme d’affaire puissant, a eu du flair : il a soutenu Roosevelt et son New Deal. Comme il s’était installé à Londres, son fils Jack –tu sais qu’on l’appelle toujours Jack- est allé le voir. Il en a profité pour se rendre aussi en Allemagne. Attention, Louise, n’écoute pas les ragots ! Certains Texans ont un état d’esprit si étroit ! Le jeune Kennedy n’a pu qu’être horrifié par ce qu’il a perçu du nazisme et d’Hitler ! Il ne saurait en être autrement…

-Oui…

-C’est un soldat frustré, ce jeune Kennedy. Dès le printemps 1941, il a voulu s’enrôler dans l’armée mais ses problèmes de dos étaient trop importants. On a eu beau le tourner en dérision sur ce plan -là, il n’y a pas de quoi rire. Ce jeune Kennedy a un sacré problème. Moi, j’étais magistrat. Je suis, comme tu le sais, à la retraite depuis quelques années. Je m’intéresse beaucoup non à la médecine mais aux handicaps de santé qui n’empêchent pas des hommes politiques d’accéder à la grandeur. Regardez Roosevelt et voyez de quelle façon il a réussi à transcender une maladie diminuante qui le faisait beaucoup souffrir. Parce qu’il a fait preuve d’un courage inouïe, les Américains qui affrontaient la grande crise des années trente se sont mobilisés pour que le pays se redresse. Imaginez- cela ! La dégénérescence d’un homme et celle d’un pays contrée  par une énorme énergie…

 

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-Oui…

-Il est malade, le jeune président, je le sais. Je suis sûr qu’il reçoit un traitement très lourd qui lui donne une énergie spectaculaire et le rend très actif !

-Oui.

-Louise, tu me réponds autre chose ?

Etre au contact de quelqu’un comme lui imposait qu’on se pose des questions et qu’on y trouve rapidement des réponses…

-Je m’interroge moi-même sur sa santé mais il sait donner le change et il est très populaire. Concernant ses faits d’arme, il y en a un, qui est notable. Il était dans le Pacifique et a servi dans la marine avec le grade de lieutenant. En 1943, il était sur une vedette lance-torpilles que les Japonais ont coulé. Il a été blessée au dos, ce qi a aggravé ses douleurs, mais il a réussi malgré tout à haler un membre de son équipage blessé sur près de cinq kilomètres et à mettre pied sur une île, d'où il a nagé pour donner l'alerte. Son équipage a été récupéré. Il a été décoré pour cela !

-Mais où diable as-tu lu cela ?

-Dans les livres et les journaux que tu laisses traîner partout ou dans tes notes. Quand elles sont politiques, je suis supposée les lire…

-Ah oui, c’est vrai. Quoi d’autre ?

-En 1952 et 1958, il a été élu sénateur du Massachussetts et en 1960, il s’est présenté aux Présidentielles pour succéder à Eisenhower avec, pour concurrent Richard Nixon. Sur la liste de Kennedy, se trouvaient Hubert Humphrey, Lyndon B. Johnson et Adlai Stevensonet mais tu le sais ceci, Reginald…

-Absolument.