Demeurée seule à Paris, Isée Cendre est recontactée par Philip Hammer, un Américain à qui elle a donné des cours et beaucoup joué...

un GROS HOMME

Philip, lui, se fit attendre mais il me contacta. Le cœur battant, je vis s’afficher un message de lui alors que j’avais laissé Skype allumé pour parler à une amie.

-Seule ?

-Bonjour Philip.

-Bonsoir, plutôt. Il est minuit à New York. Paris ?

-Je viens de rentrer de vacances, oui.

-Au travail ?

-Encore quelques jours.

-Vous voudriez reprendre les histoires ?

-Avec des femmes ?

-A vrai dire, cette fois, ce serait différent. C’est vous qui vous seriez l’héroïne.

-C’est-à-dire ?

-Il faudrait vivre ce qu’ensuite vous iriez me raconter.

Il ne parlait qu’anglais, ce qui m’embrouillait.

-Et je devrais vivre…

-Des aventures tragi-comiques qui ne peuvent que vous grandir.

-Pourquoi « tragi-comiques ».

-C’est en général le goût que laissent les rencontres éphémères. Elles ont donné du plaisir et en même temps ont pu faire souffrir.

-Et J’aurais à me mettre en valeur dans chaque cas ?

-Bien sûr.

Il marqua une pause puis réattaqua.

-Je sens que vous vous êtes d’accord !

-Je ne sais pas Philip. De quoi me parlez-vous ?

-Vous auriez des aventures, des hommes de passages, plusieurs, disons quatre ou cinq…Et vous me diriez cela. Vous en feriez des histoires…

-A la première personne ?

-C’est indispensable.

-Je vais encore payer de ma personne ?

-Comment « encore » ! Vous ne l’avez pas fait jusqu’à maintenant et je ne vous demande pas de vous punir. Vous avez écrit des histoires de femmes avec moi puis vous m’avez remplacé auprès de mon amant…

-Non, vous déformez tout ! Comment aurais-je pu vous remplacer ?

-D’accord, d’accord, vous avez été mon messager invisible. Cela vous convient ?

-Oui.

-Très bien. Ce que je demande n’est pas si complexe !

Il avait raison sur le fond mais pour la forme, j’aurais dû lui alléguer que ma vie affective n’était pas vide. Il y avait Zacharie. Je n’ai pourtant rien dit et ai accrédité le fait que j’avais besoin d’aventures. Sinon, pourquoi aurais-je accepté ? Il a paru content et je l’ai écouté énoncer des directives. Quand il a eu terminé avec elle, j’ai senti qu’il voulait prendre congé et je l’ai rattrapé au vol.

-Il est avec vous ?

-Vincent ? Vous voulez dire maintenant ? Non, il termine un concert.

-Vous le voyez ensuite…

SE REINVENTER

-Non, il sera fatigué. Il ira chez lui.

-Ah ?

-C’est un code entre nous. Quand il dit qu’il va chez lui, c’est qu’il a à faire. Je ne peux pas l’empêcher de voir qui il veut de temps en temps…

-Déjà ? Il y a pourtant peu de temps que vous êtes retrouvés.

-Oui mais qu’est-ce que cela peut faire ? Tous les couples ont un mode de fonctionnement, n’est-ce pas ? Alors, oui « déjà » et de part et d’autres.

-Bien. En ce cas, je retiens ce mot. Il ne peut pas être le début de ma nouvelle histoire.

-Vous pouvez prendre en chasse quelqu’un très vite. S’il vous répond d’emblée, « déjà » s’impose…

-Où voulez-vous en venir ?

-A ce que vous êtes, vous. Une jeune femme décidée.

-Il y aura trois ou quatre mots de guidage, comme avant ?

-Oui, mais vous les trouverez vous-mêmes. Vous me les soumettrez et je vous dirais s’ils sont bons.

-Mais ce ne sera que ma « petite » vie, des moments érotiques…

-Vous voulez la grandeur de Ruth, la douleur intense de Carolyn ou la dignité de Louise ? En ce cas, l’exercice ne sera pas réussi. Oui, parlez-moi de vous dans des bras différents et ne pensez pas que c’est « petit »…

-Mais vous, Philip, que me direz-vous de votre vie ?

-Mon roman va sortir en librairie. J’ai repris en main la galerie et je m’occupe de Vincent. On a une belle relation…Il est difficile de s’ennuyer avec lui !

-Vous êtes heureux ?

-Le bonheur est un état difficile ; « Heureux », si tant que la félicité m’envahit chaque jour, l’espace de quelques minutes, je le suis…Mais revenons à vous...