Isée a des aventures, à la demande de Philip Hammer, un Américain nanti auquel elle donne des cours...

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Au moment où l'homme commença à me masturber, une scène puissamment charnelle se déroulait sur l’écran ; un souteneur s’en prenait à une prostituée récalcitrante avant de lui faire l’amour. La mise en scène et l’usage de gros plans rendaient cette scène très réaliste et il était difficile aux spectateurs de ne pas être troublés. Conjointes aux images, les caresses que me prodiguait cet inconnu firent naître en moi un plaisir violent. Je ne vis aucun mal à ce qu’il prit ses aises en me faisant retirer ma culotte qui resta bouchonnée autour d’une de mes chevilles et dès lors, sa main et ses doigts furent plus adroits encore. Inéluctablement, j’allais vers l’orgasme. Un bras passé autour de mes épaules, l’homme dont je devinais mal les traits, me donnait deux doigts à sucer tandis qu’il continuait de s’activer. Je ne sus à quel moment je devinai que j’étais vaincue mais un plaisir infini m’envahit et je dus prendre sur moi pour ne pas crier. Je restai éperdue un moment puis baissai ma jupe, cachai ma culotte dans mon sac et me redresser. L’homme ne me demanda pas la pareille. Je le contemplai de profil. Il était assez laid. A la sortie du film, il m’invita chez lui. Je mentirais en disant que je me fis violence mais je ne sautai pas de joie en pénétrant dans une minuscule chambre de bonne sise au sixième étage d’un immeuble bourgeois. Elle ne disposait que d’une lucarne.

-Défais-toi, dit l’inconnu, voulant dire par là que je devais me mettre nue. Je le fis et le regardai m’imiter. Il avait un corps maigre et très blanc qui me déplut mais avec cela, de belles mains longues et un sexe long et massif. Il me poussa sur le lit, qui était l’unique meuble de la pièce en dehors d’une table, d’une chaise et d’une étagère, et se mit à me lécher. Je réagis bien sûr mais je me sentis victime d’un excès de réalité. C’était trop cru, trop direct et on ne parlait pas. Ma carrière dans le libertinage (mais était-ce le mot ?) risquait de s’avérer fort courte. Je fus pénétrée une première fois, pris son sexe en main et le suçai quelques temps plus tard avant que de nouveau, il ne me prenne. Je devais donner l’illusion de quelqu’un d’heureux puisqu’il m’en fit la remarque et j’eus de toute façon beaucoup de plaisir sexuel, mais de là à être « heureuse », la distance était grande. Physiquement, l’homme, dont je pouvais nier l’adresse et l’impact sexuel sur moi, me déplaisait. Il se dégageait de lui quelque chose de veule et de négligé qui me fit couper les ponts. Je lui donnai un faux numéro de téléphone et voilà tout. Je ne venais de toute façon jamais de ce cinéma, contrairement à lui, qui se disait cinéphile. Par contre, plusieurs jours durant, avant ou après le travail, je me masturbai longuement en faisant défiler dans ma tête des images d’attouchements et de pénétration et je jouis violemment à chaque fois. 

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Etait-ce suffisant pour Philip ? Oui, si je donnais ma mesure. Je le fis. J’avais lu quelque part que les hommes, quels qu’ils soient, fantasment beaucoup sur les attouchements dans le noir et la sexualité illicite. Et je ne parle pas de la masturbation féminine. Curieusement, mon bel Américain gay ne semblait pas différents des autres sur ce plan et il se délecta des détails que je donnais, insistant pour que je réécrive certains passages et les rendent plus crus. Il regretta l’absence de photos. Il aurait voulu me voir dans la salle aux prises avec ce type puis au lit avec lui. Et naturellement, le fait que je puisse me procurer à moi-même un plaisir aussi intense l’enthousiasma. Repris de nombreuses fois, mon texte lui plut vraiment. Il en aima la forme et le fait que je présente mes réticences comme des faiblesses. Il aurait aimé que je revoie cet être apparemment si porté sur le sexe et dont le langage cru m’avait, à plusieurs reprises, mis très mal à l’aise. Je dus insister sur la maigreur de cet homme et sur sa laideur. Sa peau have plus que blanche, sa poitrine creuse constellée de poils noirs étaient aussi décourageantes que ses fesses tombantes et les ongles sales de ses pieds. Il abdiqua sur ce point mais me complimenta.

 Il en était à ses dires le seul lecteur et je n’imaginai pas qu’il pût en être autrement. Notre relation privilégiée, que j’avais crue perdue, renaissait donc bien de ses cendres.