TOUTE GRISE

A New York, Isée se laisse emporter par son imagination...

On approchait du 31 décembre et je m'en réjouissais. Phillip invita pour la veillée une douzaine d'amis dont tous n'étaient pas gay. Juana avait fait des merveilles culinaires et on fit autour d'une belle table aux ornements blancs un délicieux repas avant de partir pour Times Square où le compte à rebours était commencé. L'associée de Phillip était là avec son mari ainsi qu'un ami de jeunesse heureusement marié à la même femme depuis longtemps. Deux couples gay complétaient la bande et il avait invité une femme d'une cinquantaine d'années, une journaliste avec laquelle il était ami. Je ne doutais pas qu'il l'eut fait par souci de moi, de façon à ce que je ne sois pas la seule à ne pas être accompagnée. Pendant le dîner, il  eut pour Vincent des gestes tendres qui m'irritèrent et il en eut de nouveau au milieu de la foule alors qu'approchait le minuit fatidique. Dans son appartement, il avait caressé la joue de son compagnon, lui avait tenu la main et maintenant il avait passé la main autour de son épaule. Un délire s'emparait de moi et je pouvais le contrôler. Ce n'était pas à lui de faire cela, c'était à moi à cause de tous ces messages échangés et de tous ces mots d'amour que Vincent m'avait dit, même s'il croyait parler à son amant et ne savait pas que c'était moi. J'étais outrée mais bien sûr j'affichai un grand sourire et sautai de joie quand, l'heure de minuit s'affichant sur les écrans géants de Times square, tout le monde se mit à hurler et à se congratuler. Hammer, cette fois très chaleureux, me souhaita une bonne entrée dans l'année nouvelle et Vincent aussi mais je le sentis sur ses gardes. Nous formions cependant une bande joyeuse et il nous restait à boire un verre puis un autre pour prolonger la soirée. Cela dura jusqu'à trois heures du matin, encore qu'à cette heure-là, nous n'étions plus que quatre, la belle journaliste et l'associée de Phillip ayant déclaré forfait. Nous rentrâmes en taxi et je restai avec eux deux. Notre réveil fut tardif et je fus surprise d'apprendre que l'après-midi ils avaient un rendez-vous auquel ils ne pouvaient me convier. Je restai donc chez Hammer et écoutai de la musique avant de regarder un film. Je m'inquiétai un peu le soir car ils ne rentraient ni l'un ni l'autre et  je dus attendre longtemps un texto m'informant qu'ils seraient en dehors de New York jusqu'au lendemain. Le deux janvier au matin, la maison étant toujours vide, je me rendis chez Vincent où je ne trouvai personne non plus. Comme je le faisais souvent, je fouillai discrètement dans ses affaires. Il était précautionneux car je n'y trouvai jamais grand indice de ses liaisons parallèles. Restait son ordinateur mais il y avait un mot de passe. Cela me frustrait. J'aurais tant voulu savoir à qui il écrivait et quoi, ce qu'il écoutait comme musique, ce qu'il regardait comme films, sur quels sites gay il allait  et s'il correspondait avec Kate mais je n'avais pas les connaissances requises pour contourner ce verrouillage malheureusement. Je restai frustrée dans mes recherches et au moment où j'allais les abandonner, je me rendis compte que le beau recueil que j'avais offert au tendre trompettiste n'était plus là. L'aurait-il emporté avec lui? Si c'était le cas, je ne pouvais que m'en féliciter. Cela signifiait que les mots que j'avais employés commençaient à atteindre leur but et que ce jeune homme auquel je m'adressais se laissait toucher par moi...Si c'était le cas, je devais chercher encore. Galvanisée, je fouillais encore et finis par trouver un carnet de notes emplis de petits textes et de dessins. Je m'empressai de les lire. Il s'agissait en fait de récits courts sur les aventures rapides qu'il avait. Il y avait de brèves description des hommes rencontrées, des mensurations et des remarques très crues sur la qualité des rapports sexuels qu'il avait eus avec ces types. Phillip n'apparaissait nulle part alors que les numéros de téléphone s'alignaient. Ce jeune homme, qui aux dire de l'Américain, s'était beaucoup calmé et était devenu sage, m'avait bien l'air d'être insatiable et d'avoir le diable au corps. A y bien regarder, les dates qui se succédaient étaient un peu anciennes et les derniers commentaires remontaient à un an et demi. Ceci, selon moi, ne présumait de rien. A ce que j'avais pu voir quand nous étions allés en boite, il avait l'air très libre. A coup sûr, il avait des aventures fréquentes. Hammer se trompait. Cette découverte que je fis me rendit plus forte. J'avais écrit à ce bel être de jolis textes poétiques. Il ne m'aimait pas mais il m'aimait bien. Il n'était pas farouche. Avec lui, j'irais plus loin.