La_jeune_fille_à_la_perle_-_Vermeer_-_détail_de_la_bouche_avant_restauration

Etrangement seule, je déambulai dans New York quand je reçus un appel de Philip. Sa voix était avenante. Il m'attendait chez lui trois heures plus tard. Contente, je m'y rendis. Il était seul, vêtu comme souvent de façon élégante et sobre mais luxueuse. Concernant son absence, il n'expliqua rien sinon qu'ils étaient tous deux invités ailleurs. Vincent jouait dans un club que je ne connaissais pas ce soir-même et répétait. Au fur et à mesure qu'il parlait, mon hôte devenait distant, je m'en rendais compte et il devint vite concis et cassant. Il alla prendre sur un bureau le beau livret que j'avais fait pour Vincent et le posa sur une table entre nous.

-Reprenez-le.

-Vous le lui avez pris?

-Non, il me l'a donné.

-Pourquoi aurait-il fait cela?

-Parce qu'il est normal qu'il le fasse. Ce sont des délires.

-Pas du tout. C'est un hommage.

-Et comment doit-il vous remercier?

Je rougis. Hammer devint glacial.

-Alors?

-Parce qu'on remercie toujours pour un cadeau comme ça. Il le fera, il est sensible...

-Et désirable. Et il cédera, c'est cela ? De toute façon, vous ne voulez pas qu'il vous résiste ! Vous finiriez même par lui parler de nos anciennes tractations...

-Jamais de la vie !

-Mais bien sûr que si. La réalité, vous ne l'aimez pas alors vous transformez tout.

-C'est faux.

-C'est vrai. Paul revenait vraiment vers vous mais vous préférez vous dire que, finalement, vous ne l'aimiez plus. Et ce jeune du Montana, il était certainement amoureux de vous mais vous laissez le temps passer et ses espoirs devenir petits.

-Je ne comprends pas.

-S'intéresser à moi et à lui est tellement plus motivant !

-Là, c'est vous qui interprétez. Et puis, on ne parle pas de cela. Vincent, j'ai été maladroite parce que tout est faussé. J'étais vous, on échangeait des paroles d'amour...Tout cela m'a mis dans une grande confusion.  Mais je vais m'expliquer avec lui et il ne sera question que du livret.

-Non, vous ne vous expliquerez pas avec lui.

-Je ne comprends pas. Pourquoi?

-Il ne le désire pas. Il vous aurait appelé sinon.

-C'est vous qui lui interdisez...

Il soupira.

-Il m'a donné ce recueil et s'il l'a fait c'est pour que je le lise. Je l'ai fait. C'est très joli mais ça l'embarrasse. Vous l'embarrassez.

-Je le comprends, Vincent, vous savez.

-Oh ! Encore mieux. Vous fouillez dans ses affaires. Vous le regardez dormir. Vous êtes prête à prendre l'initiative...Il sait tout cela. Isée, c'est de la folie, pas de la compréhension.

-Il ne s'est rien passé, il ne se passera rien.

-Vous redescendez sur terre. Quelle joie !

-Ce n'est pas comme cette Kate. Il...Il couche toujours avec elle!

-Je sais. Autre chose?

-Il a des tas d'aventures.

-Et alors?

-Vous lui faites du mal, je pense. Vous le dominez.

-Vous pensez cela parce que je vous ai fait jouer un rôle étrange. Je voulais qu'il revienne et j'ai pris ce biais-là. Il était retors, ça je vous l'accorde mais ça a fonctionné.  Maintenant, de ce qui nous lie car nous sommes liés, vous vous en êtes rendue compte, vous ne savez rien et de toute façon vous en resterez là.

-Mais qu'est-ce qui se passe? Ce sont de petits textes, des hommages...

-Il ne les a pris comme tels. Il vous a emmenée danser. Vous êtes forcenée, vraiment après lui. A Paris, vous étiez après moi. Et tout cela en vain.

-J'étais après vous car je vous admirais passionnément. C'est toujours le cas. Mais vous êtes tellement au-dessus de moi ! Lui, il est maladroit comme moi.

-Pas comme vous, non.

tête de jeune fille

 -Vous ne pouvez me parler ainsi. Vous m'avez invitée !

-C'est vrai. Je pensais que vous aviez l'imagination vive et envie de vous ancrer dans une autre réalité. Mais pour vous, il n'y a que l'imaginaire. Vous êtes comme une enfant devant une vitrine de Noël. Vous attendez, vous rêvez...Comme cette préadolescente nue du tableau de Paul Chabas, si mièvre en fait...

Je m'étais levée, mal à l'aise.

-Il faut que je lui parle.

-Non. Il vous reste quelques jours à passer ici. Retournez chez ma mère et organisez vos journées.

J'étais livide.

-Mais ça ne peut être ainsi.

-Si. Donnez-moi les clés de son appartement. J'y prendrai vos affaires et vous les porterez. Je suis accessible. Pas lui. C'est comme ça.

J'étais comme une voleuse et je dus bien obéir non sans m'être plainte encore.

-Il est désarçonné mais il comprendra et me contactera.

-Non.

J'allais seule dans l'appartement de sa mère et m'abstins d'appeler le jeune homme qui désormais m'était interdit. Il le ferait, lui, qui aimait tant passer outre les ordres…