DOUANIER 1

Brutalement rejetée par l'Américain qui l'avait invitée à New Yor, Isée, jeune femme fantasque et fragile, préfère rêver...

Quand me décidai-je à écrire un nouveau texte dans lequel toutes mes expériences se mêlaient? C'était deux jours après cette scène. J'écrivis tout d'une traite et ne me posai aucune question.

Elle vient d'entrer dans le tableau. C'est une forêt tropicale aux arbres étranges. Souvent leurs branches sont dépourvues de feuilles et se dressent vers le ciel en d'étranges contorsions. Les fleurs tropicales sont énormes. Leurs couleurs sont extrêmes et leurs feuilles sont démesurées. Il est facile de se dissimuler derrière elles car bien que claires et dentelées, elles sont opaques.

Au départ, elle est sans peur et quand elle s'approche d'un plan d'eau, elle est ravie. Elle s'étonne vite cependant que des mammifères marins y pullulent. Les dauphins sont nombreux et ils s'ébattent en eau douce sans éprouver de malaise, ce qui la surprend. Elle constate aussi que des baleines s'ébattent joyeusement dans un espace qui lui apparaît maintenant bien plus vaste que prévu. Tout ceci est étrange malgré tout et quand elle se comprend que des humains se baignent en même temps que ces grands mammifères, elle s'interroge. N'est-ce pas dangereux? Elle se retourne alors vers la foisonnante végétation tropicale dont la densité ne lui a pas échappé quand elle est entrée dans le tableau puis elle prend peur. Parmi les arbres aux branches contournées et les fleurs aux immenses calices circulent des animaux dangereux : longs serpents noirs aux anneaux nombreux, panthères lascives aux yeux d'or, lions à la crinière flamboyante et hyènes à l'étrange démarche. Jusqu'alors silencieux, le paysage s'emplit de bruits. Les fauves feulent, la hyène rit sauvagement et le serpent émet un sifflement lancinant. Elle hésite à se lancer dans un univers si inquiétant mais en se retournant vers l'étendue d'eau, elle découvre que celle-ci est devenue noire et que les bienveillants mammifères qui la parcourait ont été remplacés par des serpents de mer, des murènes, des araignées géantes et des poissons tropicaux venimeux. Tenter d'entrer dans l'eau est désormais impossible. Elle se décide donc à aller dans la forêt. Elle découvre bientôt que nul ne fait attention à elle. Les animaux, quels qu'ils soient, la laissent circuler sans l'inquiéter. Ils ne tuent que leurs congénères. Elle reste longtemps seule, sans voir la moindre trace d'être humain mais au moment où elle se désespère et cherche le moyen de sortir du tableau, des yeux apparaissent sur toutes les feuilles des arbres, les troncs des arbres et les pétales des fleurs. Ils sont très ronds avec une orbite blanche et une pupille noire. Les paupières sont inexistantes et les yeux n'ont pas de cils. Ils sont mobiles même s'ils ne ferment jamais. Ils la cherchent: elle met du temps pour le comprendre puis elle l'intègre. Elle se dit que ne pouvant répondre à tous les signaux, elle doit choisir les plus pertinents. C'est peine perdue puisqu'ils sont tous identiques. Elle en choisit alors deux au hasard et les suit. Ils agissent comme des signaux qui s'enchaînent et ils la conduisent à une grande clairière où évoluent des hommes à têtes de monstres mythologiques. Leurs traits évoquent ceux des Gorgones. Ce sont des masques à la bouche hurlante et au regard fixe dont les cheveux sont des serpents entrelacés qui bougent et sifflent. Le corps de ces monstres est d'un noir velouté. Ils possèdent une longue queue couverte de fourrure) poil ras, la même qui est sur leur corps. A ce qu'elle voit, ils ont des flûtes dont ils se servent pour jouer des mélopées étranges et disgracieuses. Les monstres tournent autour de victimes sans défense. Ce sont de jeunes hommes ou de jeunes femmes qui sont allongés nus sur le dos, les bras et les jambes enserrés dans des liens qui les maintiennent au sol. Quelques-uns d'entre eux sont éviscérés avec les épieux qu'utilisent les monstres noirs tandis que d'autres sont laissés intacts tant qu'il y a délibération. En effet, les créatures noires s'assemblent en jury. Au bout du compte, quatre d'entre eux sont libérés et sommés de s'enfuir le plus vite possible dans la nature. Les autres meurent. Sidérée, je reste cachée et n'ose bouger de la grande clairière où j'ai vu les monstres. Je constate que l'une des victimes y revient en hurlant et que la créature maléfique qui la poursuit lui promet la vie sauve s'il accepte une sodomie sauvage. Le fuyard l'accepte mais son violeur le tue. Il en est de même de la seconde victime. Une fois dans la clairière, il subit les assauts d'une créature monstrueuse qui se révèle être de sexe féminin. Elle le chevauche, prend son plaisir et tue sa victime en l'éventrant, comme l'avait fait le précédent.

DOUANIER AUTRE

Il reste deux fuyards qui, un long moment sont introuvables. Les yeux ont disparu des feuilles et des pétales et la lumière a beaucoup descendu. La jungle est désormais très bruyante car les animaux se réveillent ou sortent de leur léthargie. Ils ont soif et veulent chasser. Leur comportement vis à vis des monstres noirs à tête de Gorgone se modifie et ils leur deviennent peu à peu hostiles. Des attaques éclatent, des embuscades sont tendues. Les deux victimes me frôlent car ils veulent se cacher près de moi, sachant que désormais, la clairière est sûre. Il y a toute jeune femme blonde aux petits seins et aux cheveux bruns et courts et un jeune homme blond, grand, mince mais athlétique. Je vais les protéger jusqu'à la sortie du tableau...La jeune femme, au moment où elle s'élance pour sortir, est transpercée par une lance. Le jeune homme recule. Il était lié à la malheureuse et se penche sur son cadavre. Je crie pour qu'il se hâte et enjambe le cadre du tableau mais un des monstres réapparait brutalement. Il se précipite sur le pauvre jeune homme et l'égorge. Je prends mon élan et, sans état d'âme, je sors.

Je terminai le séjour seule et dans l'avion, je pleurai.