Bouddha et jeune homme en colère

Zacharie, dont je commençai à connaître le style épistolaire, s'emporta.

Cet enfant de putain t'a mis à la porte car tu as écrit des textes comme ça sur son petit ami ! Est-ce que tu te rends compte? Il n'y a pas un mot irrespectueux dans tes textes, même le désir que tu éprouves est sublimé.  Ce sont des caves, Isée, ils sont malsains. Te laisser seule les trois derniers jours pour ça ! Tu me dis que tu as fouillé dans les affaires de Vincent, et alors? Il t'y poussait de toute façon et l'autre qui t'a demandé des comptes après ce qu'il t'avait fait faire ! Non, je t'assure, ils ne valent pas la peine que tu pleures.

Et je pleurai beaucoup moins. J'avais hérité d'une bonne somme donnée par mes parents et le studio près des Invalides était désormais à moi. Je ne réfléchis guère, donnai ma démission à l'école et décidai d’avoir une autre vie. Bien sûr, je ne pouvais quitter ni mon emploi ni Paris aussi vite mais au début du mois d'août, il fut décidé que je serais pour deux mois à Billings, dans le Montana. Zacharie et moi, on ne se promettait rien. Il avait trouvé une petite maison pour moi et j'avais réservé une voiture. Il travaillait mais trouverais du temps pour faire des randonnées et m'initier à la pêche. Je pourrais même faire du cheval. A cette idée je ris beaucoup car j'avais toujours eu une peur irraisonnée de ces beaux animaux mais c'était, je le reconnais, une proposition séduisante.

Les semaines passèrent et j'arrivai ainsi à la veille du départ. J'avais quelques temps plus tôt joyeusement fêté mon départ de l'école de langue, dîné ça et là avec mes amis et libéré le studio que, désormais je louais. J'avais mis de l'argent de côté car je ne voulais pas dépendre de Zacharie et en attendant de m'envoler, je séjournais une dizaine de jours chez mes parents. C'est là, au moment même où je sentais s'ouvrir une nouvelle vie que je reçus un étrange message de Vincent.

Bonjour, Isée. Tu es sortie vivante du tableau. C’est bien. Tu t'es heurtée à un homme de désir et ça, c'est toujours difficile. Je suis désolé. C’est sincère. Vincent.

Désolé de quoi? Il ne le disait pas. Et il ne précisait pas non plus si l'homme de désir c'était lui ou l'autre. A y bien repenser, c'était Phillip, l'homme de désir. Toute mon histoire avec lui me revint en mémoire et bien sûr, tout ce que j'avais vécu d'intime et d'intense avec lui. Mais refusant à toute autre lecture, je me dis que j'avais été folle et imprudente de m’approcher d’un être aussi charismatique et aussi double. Je ne devais pas oublier la leçon reçue. Quant au fait que Vincent ait pu m’écrire car il était enfin au courant de l’étrange rôle que j’avais joué en lui parlant comme si j’étais son amant, j’écartai vite cette probabilité. Il ne m’aurait jamais recontactée dans ce cas. Cela signifiait que son compagnon ne lui avait jamais rien dit là-dessus. Il devait regretter, Vincent…