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Elle voulait aller en faculté de lettres. Il était à l’école vétérinaire. Pour lui, c’était naturel puisque son père exerçait cette profession. Il avait de la chance puisqu’il vivait dans une ville où une école de ce type était implantée. Pour elle, ce serait différent car elle devrait aller à Paris et donc faire des allers et retours, ce qui, dans la région parisienne est très envisageable mais souvent pesant. Elle ne craignait pas l’agression verbale ou physique car elle vivait dans les beaux quartiers mais le temps perdu et la fatigue. Et elle se posait des questions.

Il lui a demandé ce qu’elle comptait faire au terme de ses études de lettres, l’enseignement lui semblant une voie imparable. Elle se souvient d’avoir dit ne pas être intéressée. Aux questions qu’il lui a posées ensuite sur sa carrière, elle a répondu évasivement et il n’en a pas pris ombrage. Après tout, c’était l’été. Ils discutaient et dansaient encore et encore. Lui, ce jeune étudiant de dix-neuf ans aux sourcils épais et elle, la jeune lauréate, dans ses vêtements blanc et rouge, ballerines au pied et bracelet doré au poignet.

Ils ont encore bu de la sangria, elle s’en souvient, et tard dans la nuit, il s’est contenté de lui caresser la joue en disant qu’il prendrait bien un café avec elle. Son cœur s’est mis à battre follement dans l’attente de ce moment. Elle a escompté qu’il serait proche mais le doux étudiant vétérinaire, en réponse à sa question, a répondu par la négative. Ses parents possédaient une maison en Castille où il irait en juillet et au mois d’août, il se rendrait en Angleterre pour rejoindre son grand-frère et son épouse, l’un et l’autre travaillant à Manchester. Voilà, il ne serait pas là. Mais il promettait un café en septembre. Marianne y a d’abord cru très fort puis, son propre été la conviant en Normandie, aux sempiternelles vacances familiales entre la grand-mère d’Honfleur, la tante de Deauville et la maison paternelle à Cabourg, elle a commencé à se résigner. Egrenant le sable de la plage entre ses doigts, les jours où le climat capricieux de la Normandie permettait de le faire, elle a attendu puis a été triste. Inscrite dans une université parisienne, l’automne venant, elle a été  surprise d’un courrier de Bruno, lequel courrier faisait état d’un café à honorer. Elle s’est revue lors de cette soirée ensoleillée, troublante des ces vêtements plein d’apprêt et l’a revu lui, charmant et gauche. Sa rancœur évanouie, elle a accepté un rendez-vous.

De celui-ci elle se souvient très bien. Ils sont tombés amoureux en même temps. Amour chaste des mois durant puis consommé. Amour profond mais pudique. Pour l’un comme pour l’autre, le premier et le dernier.

Du reste, vingt ans après, il est toujours là. Intact.

Du premier effleurement de sa main sur son bras, elle se souvient comme elle garde en mémoire la façon dont il l’a mal embrassée au départ et s’est repenti devant elle d’être si maladroit. De semaine en semaine, l’amour la tenaillant, elle a affronté leurs maladresses ; puis lui est venue l’idée de consulter ses amies dispersées et d’autres qu’elle s’était faite dont une, plus délurée que les autres. Des réponses reçues, verbales ou écrites, elle a déduit que l’audace lui reviendrait puisque son amoureux n’en disposait pas. Et de fait, elle l’a petit à petit conduit à l’amour physique contre lequel sa sévère famille l’avait probablement mise en garde.

Elle sait la première étreinte, le dénudement des seins, la main glissée dans sa culotte, des explications précises à mi-voix, étant données.

Elle sait l’érection naissante qu’elle veut maintenir, la pénétration imminente et le devoir qu’elle a de la rendre lente. Elle sait et elle essaie avec un partenaire juvénile qui d’abord ne sait pas.