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Laure, jeune fille immature, décide de combler son retard en

ayant des amants...

Le premier amant vient sans qu’elle le trouve dangereux et c’est bien car la violence de son père et ses frasques amoureuses l’ont bien plus marquée qu’elle ne l’a avoué. Commence une brève liaison où Il s’avère que le plaisir sexuel est pour elle difficile. Elle, ce qu’elle veut, c’est câliner, entourer, écouter. Les caresses sur les seins, les baisers, la pénétration, elle les sait nécessaire mais pour elle, ce sont des actes pesants. Le jeune amant vite averti de sa réserve cherche à la faire changer ; voyant qu’elle est insensible, il la quitte. Triste les premiers temps, Laure se console vite car elle n’a plus ou à refuser et se justifier de le faire ou à accepter des étreintes qui la laissent insatisfaite et un peu apeurée.

Vient un deuxième amant, puis un troisième. Ils finissent par prendre le chemin du premier et laissent Laure à sa solitude. Celle-ci pour répondre à ses amies qui s’étonnent des fins brutales de ses liaisons, se compose un personnage de jeune fille détachée, autonome, à qui « on ne la fait ». Après tout, les trois garçons qu’elle a connus étaient étudiants donc plus privilégiés qu’elle mais sans salaire. Elle gagne peu mais s’en arrange et ne souhaite pas prendre en charge des jeunes gens qui dans quelques années seront bien plus nantis qu’elle.  Cette argumentation plait assez et on la croit, on l’estime même de ne pas être naïve. Et puis, elle a le temps car sa vie commence. Une des amies du groupe est déjà mariée et enceinte et cela leur procure une certaine inquiétude comme si le modèle de cette jeune femme déjà en couple et bientôt mère était à éviter. Une vie comme ça est tracée : à trente cinq ans, trois enfants, un mari qui gagne peu et des factures qui s’empilent. Rien de bien alléchant…Elles, elles veulent s’amuser. Et elles le font pendant les deux années qui suivent, allant danser ensemble, se retrouvant au cinéma, à la patinoire ou dans des cafétérias, louant des gites à dix ou quinze pour passer des week-ends amusants où on joue à des jeux de société, fait du sport le matin et cuisine ensemble. Elles se passent des fiches de régime, échangent des vêtements et comparent leurs maquillages bon marché. Encouragée par ce sentiment fort de l’amitié partagée, Laure devient presque jolie : elle est certes un peu petite mais elle a perdu du poids et grâce aux conseils reçus, elle s’habille mieux et se maquille joliment. Elle joue de ses atouts : ses mains sont gracieuses, son sourire est chaleureux, des cheveux nouvellement colorés de mèches plus claires, mieux coiffés. Elle porte du bleu et du gris car ces couleurs lui vont bien et elles jouent sur des notes de couleur. Elle noue autour de son cou en hiver des écharpes rouges ou jaunes, laquent ses ongles de couleurs inattendues pour sortir et se parfume à peu de frais en forçant sur la vanille et le muguet qui sont des signes de fraicheur et de jeunesse. Elle s’inscrit à un cours de gym douce puis se met à courir le matin avec deux amies. Elle va bien. Elle va même très bien. Au magasin, elle est devenue experte dans la composition de bouquets raffinés où elle a l’audace d’ajouter des éléments incongrus : grosse coccinelle en plastique, ourson en peluche, figurines de terre ou étoiles en papier argenté. On adore ses idées et son patron, d’abord jaloux de sa créativité, ne peut que se féliciter de l’avoir comme employée car, grâce à elle, sa clientèle augmente. On veut de nouveau le bouquet naissance bleu et blanc enveloppé de papier or ou le centre de table mariage où dominent les grands lys blancs. On aime aussi lui donner des idées et elle garde sa créativité pour une soirée où toutes les décorations florales seront blanches ou mauves ou encore pour un cocktail où devront dominer dans les bouquets le rouge et l’orange.

Dans cette période harmonieuse qu’elle traverse, Laure oublie son corps. Plus d’amants gémissant au lit, plus de demandes avec cette voix que le désir change et qu’elle déteste, plus de main sur ses seins pour les pétrir et lui demander si c’est bon, plus de bouche suçant l’un après l’autre ses mamelons pour les rendre saillants. Et pas non plus de suggestion comme celle d’enlever sa culotte, de s’allonger et d’ouvrir les jambes. Sans parler des autres…

Il reste en fait ce qui pour elle est le vrai corps : celui qui permet de se lever, d’aller travailler, de prendre des poses, de s’alimenter, de se délester. En somme, dans ce cas-là, tout est à sa place : la bouche, les yeux, le nez et les oreilles remplissent leurs rôles. Le buste, les jambes et les bras en ont d’autres à tenir et ils le font. La poitrine se fat oublier et l’entrejambe est limité à ses fonctions basses. C’est bien ainsi.

Quelques amies de Laure tentent de lui faire remarquer qu’elle se transforme en petit soldat. Elle est devenue jolie mais au lieu de s’ouvrir au temps des caresses et de l’amour, elle se replie sur elle-même. La jeune fille ne s’offusque pas mais rit doucement en disant que rien n’est vrai.

Plus prosaïquement, Christian et Marie tentent de la sonder : à son âge on peut faire des expériences à condition d’être prudente. Cela peut vous construire psychologiquement et sexuellement et ce n’est pas à négliger. Le mieux selon eux est une vraie rencontre amoureuse où le don de soi trouve son épanouissement. Bien sûr, ils ne sont pas des modèles et ils ont l’un et l’autre connu un échec matrimonial mais ils se sont trouvé et s’entendent bien. Léo, épanoui et rieur, en est la preuve formelle. Et puis, qui sait, elle va peut-être trouver d’emblée un compagnon stable. Si l’erreur est humaine, rien ne dit qu’elle est transmissible. Elle est jeune, elle a la tête sur les épaules. Alors, elle peut trouver un homme bien.

Laure répond qu’elle est d’accord. Elle se veut prudente et réfléchie : il est donc normal qu’elle prenne son temps. Ses parents, soulagés, lui font promettre qu’elle trouvera quelqu’un qui l’aime. Elle promet.