FEMME ET BOITE

Perspectives 3.

Le plaisir...

Vous m’avez vite pénétrée ce matin, sans préparatifs comme hier. Vous trouvez en général vite votre place en moi mais là, vous avez forcé l’entrée, ce qui ne vous est pas habituel. Mon corps ne vous refusait pas, au contraire mais vous lui demandiez d’être vite prêt. Vous avez joui et êtes resté sur moi, un long moment. Je me souviens qu’ensuite, côte à côte et nus, nous avons ri pour je ne sais quelle raison.
Ensuite, nous sommes sortis et nous avons marché dans la ville. A votre demande, je portais un collant à même la peau et à l’entrejambe, je sentais son doux contact. Je n’éprouvais aucune honte mais un grand contentement. L’absence de sous vêtement a cessé de me gêner. Dans une île ensoleillée où j’ai vécu, je portais des robes d’été à fines bretelles sous lesquelles souvent je n’avais rien. Ici, l’hiver est froid et l’été bref. Le plus souvent, j’ai un soutien-gorge mais je porte collants ou bas sans rien en dessous. Au fond, c’est une invite secrète et je recherche le dévoilement. Je dois avoir pris cela dans ces fantasmes qui me traversent la nuit et me laissent sur des visions de moi, troussée, palpée, renversée, inspectée. Des mains relèvent ma jupe ou ma robe. Mes fesses sont caressées et commentées, ma chatte est observée et ouverte. On m’encourage à me donner. 
Dans mes nombreux rêves, les hommes tournent autour de moi.
Dans la réalité de ce jour-là, il n’y a que vous.
J’aime que vous ne sachiez ainsi vêtue car vite dévêtue. En effet, il suffit de glisser la main dans le collant pour approcher la douceur de mon sexe tiède et mon soutien-gorge se défait facilement. Je porte une robe en laine, un manteau d’hiver et des bottes. Dehors, je suis cette citadine prudente qui parcourt avec vous les rues froides d’une ville bien connue, où, étudiant vous aimiez déjà certains restaurants et certains cafés. Dès que nous serons à l’abri, je serai cette amante que vous dénudez vite et que vous ferez jouer et jouir ou jouir tout de suite. Quelquefois, je le sais, c’est si immédiat que vous-même en êtes surpris. Alors, vous commencez souvent par m’exciter, me provoquer. Nous jouons. Nous nous regardons. Nous nous caressons.
Nous jouissons ensuite.
Souvent en décalé, c’est vrai mais toujours heureux.

Nous sommes toujours en promenade.
Dans le café où nous allons, nous commandons un café noir qui fume doucement dans les tasses.
Il y a dans la salle un grand arbre de Noël tout blanc entièrement garni de décorations rouges.
Un chat assez gros vient nous regarder et s’allonge devant vous, vous contemplant sans mot dire.
Je mange un chocolat, un seul et vous me regardez le sortir de son enveloppe comme s’il s’agissait là d’un présent de grand prix, d’un met très fin que je dois absolument consommer avec précaution. Il est excellent en effet et je vous souris tandis que je le déguste.
C’est un tout petit plaisir déguisé en grand.
C’est une métaphore du plaisir, en fait car nous ne faisons rien de grand même si l’ordinaire se transfigure.

Plus tard, je suis nue, renversée sur vous et vous me fessez méthodiquement. IL n’y a, à cette fessée, aucun raison et vous dites-vous- même ne pas punir. Je vous connais bien. Ce que vous ne faites pas, c’est trouver un mobile. Ainsi vous ne me direz jamais que vous me punissez pour avoir été gourmande, distraite, négligente ou impolie. Si je suis parfois oublieuse avec vous, je ne suis jamais incorrecte sans doute parce que nos rapports sont pleins de respect. Je ne froisse d’ailleurs pas ou rarement et jamais de façon délibérée.
Une prochaine fois, quand vous vous saisirez de moi comme vous le faites à cet instant, vous n’aurez en tête aucune vengeance. Vous frapperez de manière rythmée, en veillant à une bonne gradation des coups et en appréciant la soudaine coloration de ma peau parce que c’est ainsi que les choses doivent se faire.
Vos fessées ne sont jamais violentes ni terribles. J’en sors indemne. 
Vous ne placez pas votre honneur dans la douleur que je ressens. Vous cherchez ce qui est juste et ce qu’il l’est c’est d’être ainsi nue et vulnérable, dépendante, contrainte de vous présenter cette partie de mon corps que vous souhaitez soumettre et à laquelle vous imposez, avec une retenue et une détermination qui vous honorent, votre marque. C’est une marque visuelle et sonore. Physiquement, elle s’efface vite certes mais elle me reste en mémoire. En fait, elle est bien le signe d’une dépendance et d’une acceptation.
Quand vous me fessez, en dominant que vous êtes, vous ne vous occupez pas de mon regard et vous n’entendez de moi que des geignements ou des cris.
Quand vous estimez que le temps de la fessée est terminé, vous me laissez allongée ou à quatre pattes, sans possibilité de vous voir. La main qui frappait se fait fureteuse. Je suis ouverte et fouaillée. Je suis caressée.
Vous me branlez.
Je reste celle qui ne pense ni ne réfléchit. Celle dont la pensée a moins d’importance que cette petite portion de peau que vous faites se renfler pour aller  au plaisir. Je suis ces deux trous que vous sollicitez avec vos doigts.
Je suis ce spasme que vous faites naître et durer.
Je suis réductible à cette femme qui doit porter un collier de chienne car la tenir en laisse est la protéger d’elle-même.
Voyez donc sa posture.
Les fesses hautes et dressées, les jambes écartées, les grandes lèvres dilatées et les petites toutes pleines encore de l’orgasme qui les a traversées.
Pas de regard, pas de visage, pas de parole.
Une posture, une jouissance.
Un cri modulé.
Un apaisement.
Quand tout est fait, nous nous retrouvons comme nous l’étions. Vous me parlez, encore nu et je vous réponds en souriant. Nous nous embrassons comme des amants heureux et nous restons longtemps enlacés.
Bientôt, nous sortons encore.
Le jour était encore gris et brumeux quand vous êtes arrivé et voilà qu’il fait nuit quand nous nous séparons.
Encore demain, demain et demain à se revoir.