PUB-SURREALISME-MONCLER-2016

Perspectives 4

 Elle et l'amant. Discussions.


Quelquefois, nous avons des discussions sérieuses et nous nous regardons comme si nous étions deux adultes se connaissant à peine et s’efforçant d’être très clairs et très explicatifs. Nous ne sommes pas du même pays. Il est donc logique que nous aimions les comparaisons.
Votre pays est celui du consensus ; le mien est bien plus contrasté. Vous vous étonnez que nous discutions autant et sur tout alors que chacun de vous doit se prononcer au moment d’un vote dans un système de démocratie directe qui semble vous ravir.
Sur ce terrain, la constatation des différences est pour moi plus parlante que leurs commentaires. Je vous écoute et j’acquiesce.
Je préfère de toute façon aborder un terrain plus personnel. Celui de nos différences, par exemple.
Nous sommes opposés : j’aime la chaleur et le soleil alors que vous êtes né dans un pays de montagne où l’hiver est rigoureux. Vous aimez le ski. Enfant, vous faisiez de la luge. Vous parlez de la montagne en connaisseur, avec passion. Moi, j’aime la couleur de l’Océan indien, les bandes de poissons tropicaux, les coquillages ramassés au bord de l’eau et la beauté vivante des coraux. Dans mon pays, je cherche les blés murs, les raisins en septembre et la douceur de vivre. Dans ma maison, je ne sais pas réparer mais je sais arranger, mettre en valeur. Je sais que vous êtes industrieux. Là, où vous vivez, dans une ferme familiale transformée par vos soins, vous chauffez au bois, ce qui vous demande une belle organisation et je sais que l’eau que vous buvez vient d’un puits. 
Vous êtes très terrien. Vous êtes pragmatique. Cela ne vous coûte pas.
Moi, je le suis par la force des choses. Ce n’est pas pareil. Evidemment qu’il faut donner sa place à la réalité. Evidemment qu’il faut savoir compter, agencer, prévoir, être avisée. Je le suis car il est nécessaire de l’être.
Vous, vous n’avez pas besoin de vous forcer.
Quand on se retrouve, on est dans un espace et un temps précis.
C’est concret car je prends un train puis un avion et encore un train pour changer de pays ou seulement un train quand on se voit à Paris. En même temps, la façon dont nous nous rencontrons n’est pas pragmatique. L’hôtel efface les contraintes matérielles et délivre d’un quotidien que nous connaissons ailleurs. On ne fait pas de courses, on ne tient pas une maison. Aucune urgence. Aucun plan.
Cela aide à la liberté.