Peinture surrealiste Cyril Orlando

 

PERSPECTIVES

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Exercices donnés et réflexion

sur la soumission. 

 

Si je savais peindre ou dessiner, je le ferais pour vous et il irait de même si je savais sculpter. Ça me plairait bien que vous ayez avec vous une petite sculpture de femme, je ne sais pas, disons en bois ou en terre. Elle serait de petites dimensions et vous pourriez l’avoir de temps à autre dans la poche de votre veste ou de votre imperméable. Ce serait bien, non ? Atteindre ce corps miniature à l’innocente nudité, le caresser, le percevoir comme une promesse : celle de mon retour et de nous retrouvailles…Voilà qui serait magnifique.
Mais je ne sais rien faire de cela et vous ne pourrez ni garder dans un album ou un livre un dessin ou un collage de moi ni conserver un objet que j’aurais fabriqué et qui serait une image de moi.
Alors, puisque je ne sais rien du dessin et puisque je ne tire du bois ou de la terre que des formes misérables, je me rappelle à vous autrement.
J’écris.
C’est bien, je crois.
J’ai vite senti qu’un lien plus fort serait créé si je vous envoyé des textes à part. On dialogue beaucoup, bien sûr, mais ça ne peut passer par là. Les échanges journaliers que nous avons sont pleins du ressenti de nos journées. Que feraient là ces fantasmes qui nous ont rapprochés ? Quelquefois, nous avons bien essayé de les introduire dans nos entretiens du soir, mais vous, comme moi, sentez la maladresse qu’il y a à le faire.
Alors, autant vous écrire.
Quand vous donnez des thèmes et êtes précis, je fais les exercices demandés et cherche des photos qui les accompagnent. J’ai ainsi travaillé sur la présentation de la nudité, les postures de l’attente, les visages de la soumission, le ressenti par rapport aux liens. C’était des exercices brefs, à envoyer rapidement. Ça m’a plu, bien sûr mais, à vrai dire, ce n’est pas ce que je préfère. Ce n’est pas là que je vous parle le plus intimement peut-être parce que, finalement, je reste un peu convenue, me limitant à des situations attendues et à leur commentaire qui l’est peut-être un peu aussi…
J’aime vous faire des journaux de voyage avec des pages sans texte pour que vous y placiez vos réflexions et des pages où j’ai placées des écrits personnels ou des textes que j’aime. Quand vous étiez en Amérique, je vous ai écrit un texte intitulé « Jour et nuit » où j’ai fait le décompte du temps qui me séparait de vous parti si loin. Quand vous étiez en vacances au Japon, je vous laissé un texte aussi.
Je me souviens de vacances que j’ai passées grâce à vous et pour vous dans votre beau pays et des livrets que j’avais préparés. C’était un temps d’été pour de merveilleuses journées d’amour, de tendresse et d’errances. Revenant à ces livrets, je veux évoquer le dernier d'entre eux. Je n’ai vu aucun obstacle à l’appeler « Sans encombre ». Chacun avait le sien. Chacun devait le compléter pour l'autre. Encore aujourd’hui, je regarde ce que vous avez écrit à cette époque pour moi alors que vous gardez les commentaires que j’ai rédigés pour vous. 
L’écriture comme pensées croisées et comme expression de l’amour.
Oui, c’est cela.
C’est vraiment mon dessein.
Alors mes textes vous accompagnent. Ils vous entourent. Je ne sais si quelquefois vous les trouvez difficiles ; Je ne pense pas en fait.

Pendant cette semaine d’hiver où je suis avec vous, avant ou après les jeux qui nous occupent, je contemple des photos que j’ai choisies pour un nouveau livret et je rédige des commentaires.
Les jambes.
Les regards.
La nudité.
Celles de femmes « soumises ». Le sont-elles maladivement à un homme, adroitement à l’idée du couple ? Sont-elles tributaires de leur sensualité ou prisonnière de leurs besoins sexuels ? Aiment-elles leur corps ? Sont-elles en admiration devant celui de l’amant ?
C’est ce que je cherche et ce que j’écris, pensant à vous.
Bientôt, on se verra.
Bientôt, vous opposerez vos commentaires aux miens.
On se sera perplexes et on se sourira.
Ce sera bien.