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2. Liens

Bien avant de faire ses premières armes, Bernard Dangle-Lefort avait déjà des goûts particuliers qui le portaient à faire souffrir autrui et à le dominer...

Je viens de lire cette définition du terme « bondage » et je vous la livre : « Le bondage est une pratique sadomasochiste qui consiste à attacher son partenaire lors de relations érotiques ou sexuelle ».

C’est un mot d’origine anglaise et c’est cette fois rien moins qu’un chercheur du CRNS qui en propose diverses traductions. Il en répertorie dix-sept mais je vous ferai grâce de la liste. Je tiens cependant à souligner la présence de termes tels « esclavage », « dépendance », « servitude », « captivité », « emprisonnement » et « chaînes ».

Que ces mots n’aient aucune résonnance positive chez bon nombre de personnes, c’est de l’ordre de l’évidence. Elles iront s’imaginer qu’on maltraite qui ne sait pas se défendre et qu’on la renvoie ainsi à ces périodes inhumaines où des êtres humains en considéraient d’autres comme du bétail.

Je suis habituée à ces considérations et ne leur accorde que le peu de crédit qu’elles méritent. Elles émanent de gens qui se disent normaux et n’ont de la relation à l’autre et de la sexualité que des images stéréotypées. Contre cela, il n’y rien à faire.

Pour moi, tout est différent et du reste,  pourquoi n’aurais-je pas le droit de penser comme je le fais ?

Non, toute pratique sadomasochiste basée sur l’emprisonnement et la captation n’est pas répréhensible pour qui sait voir ce qu’elle a de merveilleux pour le « tortionnaire »  comme pour la « victime ».

Je sais cela depuis longtemps. Depuis tout le temps, en fait…

Enfant, dans la lointaine Lisieux de mes jeunes années, entre Michèle, mon élégante et déterminée mère au luxe bohème et Francis, mon père autoritaire et homme de décision, tout a dû commencer. Après tout, je ne suis pas si différent de bien des autres qui ont eu la même éducation bourgeoise que moi, le même accès à la culture et en même temps, le même bouillonnement intérieur sous une apparence très polie.

Je ne vais pas flagorner mais je ne vais pas non plus mentir : les supplices m’attiraient. Oh, je peux vous citer de bonnes références qui ont, comme moi, vécu très tôt les étranges vertiges causés par la contemplation de certaines images.

Commençons par Sacher- Masoch qui n’a pas hésité à déclarer :

«Déjà, enfant, j’avais, pour le genre cruel, une préférence marquée, accompagnée de frissons mystérieux et de volupté…Je dévorais les légendes des saints et la lecture des tourments endurés par les martyrs me jetait dans un état fiévreux… »

On ne pourra pas dire que je ne commence pas par une référence et je peux d’ailleurs poursuivre par d’autres. Je me souviens d’avoir trouvé chez Michel Foucault des références à des supplices dont la contemplation provoquait autant d’émoi que d’horreur. Ne cite-t’il pas le supplicié François Billiard qui, condamné au supplice, se poudra, se fit friser et s’offrit une paire d’escarpins neufs avant de marcher vers sa punition ? Il précise aussi que durant celle-ci, le coupable qu’il était remarqua que l’écriteau qu’il portait sur sa poitrine s’était dérangé et qu’il en rectifia lui-même la position, afin de donner de lui-même un meilleur spectacle…

Et Théodor Reik aussi, abordant l’extase des premiers chrétiens, n’a-t-il pas montré que l’autopunition a pu être le moyen d’augmenter une souffrance physique débouchant sur l’extase ? On sait que l’Eglise a été amenée à défendre des pratiques expiatoires trop sévères parce qu’elles aboutissaient fréquemment à la satisfaction sexuelle…Mais je vais arrêter là mes digressions sous peine de transformer ma réflexion en catalogue.

J’étais jeune, nous étions à Lisieux. A la fin des années cinquante, il ne suffisait pas d’être libre penseur pour assumer dans une ville de province à la mentalité étriquée une indépendance de vie et d’esprit qui aurait pu compromettre la belle carrière de mon père et les fêtes organisées par ma mère. Qu’ils le veuillent ou non, ils devaient composer avec la bourgeoisie locale, dont ils avaient besoin et de ce fait, j’ai reçu une éducation catholique dont je me souviens qu’elle a eu sur moi des effets surprenants et contradictoires. Je n’ai jamais « cru à rien » et le ciel est demeuré peuplé. Si ce n’est, évidemment, que ce sont plus les mêmes créatures qui le peuplent mais là, j’ironise. Je crois que nous allions dans les églises et que nous nous rendions même souvent dans la basilique où régnait cette Thérèse si souvent représentée comme une enfant radieuse ou une religieuse souffrant en silence…Le martyr.

J’ai gardé des impressions violentes de cette période-là : comment le contraire serait-il possible ? Moi aussi, je connaissais ces vies de saints vite interrompues, ces supplices et ces morts terribles. Les religieux qui m’enseignaient faisaient grand cas du courage dans la mort de ces jeunes hommes et femmes aux visages exaltés. Eux, ne parlaient pas du plaisir dans le supplice mais de l’accomplissement de la Parole de Dieu, du voyage vers un autre monde et du peu d’importance de la vie terrestre quand on a la certitude d’entrer en Paradis.

Certainement, ces idées- là ont dû me plaire et j’ai d’ailleurs toujours une grande estime pour les religieux de Lisieux qui ont fait mon éducation première. Jamais, je n’ai cherché à ternir leur image. Mais il est clair que j’ai pris d’autres orientations…

Je crois que c’est à Paris, alors que j’étais un peu plus âgé, que le goût m’est venu d’infliger des supplices. Très rapidement, j’ai fait ce que j’ai pu. Vous savez, les jeux d’enfants peuvent être pernicieux. A mon époque, on jouait aux cow- boys et aux indiens. Pensez un peu ! Il fallait courir après des ennemis du même âge que nous mais de l’autre bord. Ils se vêtaient de pyjamas rouges, se peignaient le visage avec des fards gras ou des crayons de maquillage et se piquaient des plumes dans les cheveux. Il n’était pas difficile de les désarmer et ensuite de les attacher à un arbre, à une porte, à un meuble lourd…On les interrogeait ensuite car il fallait bien qu’ils parlent, qu’ils disent où étaient les autres. Ce n’était pas la vraie guerre bien sûr, mais c’était déjà, dans ces affrontements factices, la nécessité du supplice.

Je me souviens d’avoir laissé attacher Michel, le frère de mon grand ami d’alors, Frédéric et d’avoir trouvé de solides raisons de l’avoir fait…Bien sûr, il s’est plaint à sa famille que je l’aie ficelé à un arbre et abandonné à lui-même un long moment. De grosses larmes roulaient sur ses joues, sa voix était tremblante lors de son récit et il fut demandé des comptes à mes parents. Ceux-ci adoptèrent cette fois- là comme à bien d’autres occasions une attitude mêlant la surprise innocente et un léger dédain. Allons, ce n’était pas si grave ! J’étais certainement bagarreur et aimait l’autorité dans les jeux : qui pouvait m’en blâmer ? Quant à ce petit Michel, il était temps pour lui de se prendre davantage en charge. A courir si lentement, à être essoufflé si vite dans l’effort, à tout prendre au tragique, il ne fallait pas s’étonner qu’on le perde de vue lors d’un pique- nique, qu’il panique pendant une baignade en mer car il perdait ses moyens dans l’eau ou, dans ce cas, qu’il soit jugé apte à jouer le vilain prisonnier indien de service ! Qu’il ait fait dans son pantalon était regrettable bien sûr mais c’était à lui de devenir plus fort !

Ce petit Michel, je le revois encore ! Il m’en a voulu longtemps. Moi, j’ai oublié et quand le souvenir m’en est revenu, je n’ai rien vu de mal à ce que j’ai fait. « Il n’avait qu’à être plus fort » !

Je savais, je savais déjà. Il est bon de guetter une proie, de lui donner l’illusion qu’elle a une marge de manœuvre et de lui faire perdre cette illusion. Enfant, on trouve des subterfuges : tu as oublié de prévenir untel, tu ne sais pas ton mot de passe, tu as perdu ton sauf-conduit, tu t’es écarté des autres.  Tu seras puni : tu resteras attaché, tu devras parler de gré ou de force.

Et il y avait le cirque aussi. On y allait en famille car, à l’époque, c’était un divertissement prisé. Il en venait à Lisieux comme ailleurs. J’aimais bien le dompteur, les écuyères et les équilibristes. Je raillais le clown au gros nez rouge qui ne faisait que des sottises et trouvais logique qu’il fût moqué par l’autre clown, le « noble », celui qui était tout en blanc. C’était la fête. On riait beaucoup et tout le monde se réjouissait. Chez nous, on la prolongeait, cette fête : on y jouait. Mais les données étaient différentes. Le cirque, le nôtre, pas le vrai, c’étaient des cordes qui attachaient de manière compliquée des « trapézistes »  qui n’auraient pas fait de leurs tentatives une profession, des « équilibristes » qui faisaient leur possible …On passait des liens autour de leurs corps pour qu’ils puissent se balancer, tête en bas, ou avancer sur un fil de fer sans faire de violente chute. En fait, on jouait au ligotage et je crois bien que j’étais très doué. J’ai des souvenirs très nets de cela : les cordes, les liens…

Nos parents riaient. Nous aussi on riait. Ce n’était pas un vrai spectacle de cirque. Bien sûr, on répartissait les rôles pour que ça fasse vrai. L’une de nous faisait la présentatrice, l’autre le dompteur, un troisième le fameux clown blanc et bien tendu, on finissait par en trouver un qui endossait le rôle du mauvais clown, celui qui a une perruque rouge, se fait détester de tous y compris des jolies vendeuses à l’entracte et bien entendu a besoin qu’on le rappelle à l’ordre.

Je trouvais des « Petits Michel », le premier en titre s’étant dérobé à nos jeux.

J’avais onze, douze  ans.

Je savais, je savais déjà. Il est bon de guetter une proie, de lui donner l’illusion qu’elle a une marge de manœuvre et de lui faire perdre cette illusion. Enfant, on trouve des subterfuges : tu as oublié de prévenir un tel, tu ne sais pas ton mot de passe, tu as perdu ton sauf-conduit, tu t’es écarté des autres.  Tu seras puni : tu resteras attaché, tu devras parler de gré ou de force. Et ainsi de suite.

Un jour, j’ai su que mon enfance était finie. Une adolescence fébrile lui a succédé. Physiquement je suis devenu, à ce qu’on m’a dit « joli garçon ». A l’intérieur de moi, le même feu est resté. Mais, bien sûr, il a brûlé différemment. Plus de cow- boys et d’indiens ; plus de cirques. Fini les jeux à plusieurs, l’escouade de garçons et de filles (surtout de garçons) qui avaient marqué  mon enfance. Est venu le temps des secrets…

Je n’ai pas envie de parler de tout cela. J’étais bon élève et j’avais compris combien la façade est importante. Bien vêtu, bien coiffé, je n’étais pas désagréable à regarder et je voyais bien qu’on me le faisait sentir…Il importait bien plus qu’avant qu’on me pensât sociable, disert, intelligent, bref fréquentable et je m’employais à travailler cette image. Je faisais du tennis, je nageais beaucoup et j’étais en même temps un gros travailleur et un fort en thème. Si tant est que je me vante certaines fois, je dois dire qu’ici, ce n’est pas le cas : j’étais et je reste très cultivé. A l’époque la culture scientifique marquait encore le pas sur la culture humaniste et j’avais pour cette dernière un grand engouement. Les plaintes de Catulle, les discours pleins de hauteur de Sénèque et de Tite-Live, la merveilleuse douceur de Virgile, rien de tout cela ne m’échappait. J’aimais les grecs aussi et le Grand Siècle qui s’est tant tourné vers les auteurs antiques. Je lisais sans cesse et des « choses très sérieuses », de celles qui construisent une culture. J’étais donc un adolescent tout à la fois studieux et sportif ; en moi, régnait un bel équilibre et tous s’accordaient à louer mon brio.

Il existait bien sûr un autre moi –même en quête de connaissances plus secrètes et plus passionnantes.

J’avais grandi. Départager avec quelques amis dans mon genre qui seraient les américains parcourant les grands espaces et qui seraient ces indiens primitifs dont il était évident que les « jours étaient comptés » (je mets cette expression entre guillemets car je n’ai jamais tué personne) ne m’intéressait plus depuis longtemps. J’avais tout de même compris que les cow boys n’avaient sans doute été héroïques que dans les films où John Wayne en avait joué quelques une et que les indiens avaient été sacrifiés à la rage d’un peuple conquérant, nonobstant leurs chefs à l’évidence prestance et leurs convictions écologiques et je ne voyais plus là grande gloire à tirer. Quant aux cirques, il s’en maintenait dans ma jeunesse et les spectacles qu’ils proposaient ne manquaient pas d’éclat. Seulement, je n’avais plus le moyen de transformer ce que je voyais quand j’y allais –car j’y allais encore- en terre à fantasmes.

Dans l’un et l’autre cas, ce qui m’avait plu, c’était de punir des victimes.

Devenu grand, il me fallut trouver d’autres terrains.

Je ne trouvai d’abord rien mais je gardai le souvenir tenace du plaisir que j’avais pris à faire souffrir et du mélange de honte et de contentement qui, parfois, avait envahi le visage de mes « victimes » après leur capture. Que le lecteur ne se méprenne pas, je ne dis pas que ces garçonnets et ses fillettes devenus depuis des médecins, des vétérinaires, des ingénieurs ou des pilotes étaient sournoisement masochistes ! Non, je dis seulement qu’à l’évidence, si j’aimais dominer, eux aimaient souffrir. Certains d’entre eux, du moins. De ces amitiés enfantines, il ne m’est quasiment rien resté mais je ne serais pas surpris d’apprendre que l’un ou l’autre de mes anciens camarades de courses poursuite aient conservé un jardin secret où il se livre à des jeux d’une surprenante férocité. Et je ne parle pas de ceux qui ont dû passer à l’acte.

Je savais que j’aimais faire souffrir. Comme je l’ai dit, j’en gardais le souvenir et en avais toujours le goût. Ce que j’avais pressenti et expérimenté enfant ne demandait qu’à rejaillir. Il fallait juste trouver comment faire.

Des lectures vinrent : d’autres lectures.

Qui me prêta un volume du marquis de Sade, je peux encore vous le dire. C’était un  condisciple du très chic lycée Charlemagne où j’étais élève de première. Bien sûr, ce n’était pas une lecture conseillée par mes enseignants ! La langue de cet auteur encore aujourd’hui, selon moi, mal lu me plut particulièrement. En découvrant page après page cette Justine dans « Les infortunes de la vertu », je fis en face d’un univers extraordinairement foisonnant où le mal trouve une place juste et heureuse. Personne n’est vulgaire. Tous parlent une langue merveilleuse.

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Je peux citer ce passage en exemple :

«Juliette, enchantée d’être sa maîtresse, voulut un moment essuyer les pleurs de Justine, mais voyant qu’elle n’y réussirait pas, elle se mit à la gronder au lieu de la consoler, elle lui dit qu’elle était une bête et qu’avec l’âge et les figures qu’elles avaient, il n’y avait point d’exemple que des filles mourussent de faim ; elle lui cita la fille d’une de leurs voisines, qui s’étant échappée de la maison paternelle, était maintenant richement entretenue par un fermier général et roulait carrosse à Paris. Justine eut horreur de ce pernicieux exemple, elle dit qu’elle aimerait mieux mourir que de le suivre et refusa décidément d’accepter un logement avec sa sœur sitôt qu’elle la vit décidée au genre de vie abominable dont Juliette lui faisait l’éloge. »

L’innocence est vraie et parle juste mais elle est faite pour être pervertie. Je mentirais en disant que j’avais tout compris de Sade à dix- sept ans mais j’avais repéré un univers dans lequel je m’étais partiellement reconnu. Et j’avais compris une chose importante. Il existe bien des dominants et des dominés et chacun d’eux, s’il n’est en contact avec l’autre, s’en trouve mal et le cherche puisqu’il faut bien être apparié dans ce monde étrange. Ensuite, des jeux se déroulent et chacun, quoi qu’il en dise, les accepte. Que ses jeux fassent crier de douleur ou de plaisir, qu’ils concernent plutôt le corps que l’esprit ou l’inverse, qu’ils soient simples ou complexes, l’important est qu’à coup sûr il scelle un lien.

Ce lien, je le vis clairement chez Sade et je le retrouvai chez d’autres auteurs, dont plus tard je parlerai. Je ne résiste pas au plaisir d’évoquer encore Les infortunes de la vertu ou plus exactement une des héroïnes :

«Juliette corrompit entièrement ses mœurs dans cette seconde école et les triomphes qu’elle vit obtenir au vice dégradèrent totalement son âme ; elle sentit que née pour le crime, au moins devait-elle aller au grand, et renoncer à languir dans un état subalterne qui en lui faisant faire les mêmes fautes, en l’avilissant également, ne lui rapportait pas à beaucoup près le même profit. Elle plut à un vieux seigneur fort débauché qui d’abord ne l’avait fait venir que pour l’aventure d’un quart d’heure, elle eut l’art de s’en faire magnifiquement entretenir et parut enfin aux spectacles, aux promenades à côté des cordons bleus de l’ordre de Cythère ; on la regarda, on la cita, on l’envia et la friponne sut si bien s’y prendre qu’en quatre ans elle mina trois hommes, dont le plus pauvre avait cent mille écus de rentes. »

Toujours protégé par mon apparence charmante, mon aura d’élève brillant et ma bonne éducation, je demeurai l’adolescent qu’on invitait facilement et dont il aurait été difficile de deviner les turpitudes. Cependant, je cherchais quelqu’un dont les mœurs fussent corrompus, pas dans le sens de Juliette qui est là pour séduire, s’emparer et dilapider, mais dans le sens de l’abaissement et du service. Car c’est moi qui voulais dilapider…

Je finis par la trouver, la jeune femme que je cherchais et je fus très surpris de la rencontrer là où je ne pensais pas qu’elle pourrait se trouver : elle était dans le même lycée que moi.

Elle s’appelait Sophie Gomez-Laffite et je ne l’aurais certainement pas remarquée si elle ne s’était pas débrouillée pour que je la voie. Elle avait un an de plus que moi, ce qui lui donnait dix- huit ans. Je ne pourrais pas dire qu’elle était belle car outre le fait qu’elle était petite, elle avait un visage d’un ovale imparfait ou deux yeux bleus assez beaux étaient surmontés de sourcils épais , trop arqués et surtout se rejoignant presque. Avec cela, elle avait une bouche aux lèvres trop minces et un teint assez terne. Sa silhouette souffrait d’une dichotomie : si son buste, ses hanches et ses jambes étaient d’une impressionnante minceur, sa poitrine était trop développée et formait avec le reste de sa personne un contraste déplaisant. Bref, Sophie n’était pas attirante et le savait. En outre, elle parlait peu.

Vous devez vous demander comment cette jeune fille au demeurant effacée et banale se rapprocha de moi. Elle m’écrivit. Je reçus d’elle, par l’intermédiaire d’un camarade de classe qui nous connaissait tous deux, un petit carnet de notes à pages blanches et belle couverture rouge et une lettre dans laquelle elle m’incitait à la connaître. Je ne sais pourquoi je sentis immédiatement que quelque chose se passait. Un frémissement se fit en moi. Je sentis une alerte.

Quand je parlai avec elle, la première fois, elle me fit comprendre qu’elle n’était pas de ces jeunes filles qui cherchent un attachement des plus conventionnels mais qu’elle voulait servir et obéir. Je vois que cela n’est pas crédible à vos yeux car un profane ne peut imaginer qu’une jeune fille se comporte ainsi. Elle vivait avec sa grand-mère, cette Sophie Gomez-Lafitte et celle-ci vivait tout de même dans un appartement de cent mètres carrés en plein quartier du Marais. A priori, elle n’avait plus ses parents mais sa grand-mère la traitait bien. Elle n’était ni prisonnière ni isolée. Les vacances se passaient à Madrid ou à Rome et l’argent ne manquait pas. En outre, bien que d’un physique un peu disgracieux, Sophie était intelligente, déjà polyglotte et cultivée. Elle aurait sans difficulté trouvé un petit ami conventionnel, peut- être pas très beau mais poli et de bonne famille. Elle me choisit moi !

Ce fut une période étrange. Je fis attendre la jeune fille en lui faisant comprendre que j’étais conscient du caractère de sa demande. Celle-ci exigeait une importante prise en charge et je me devais de bien réfléchir. Je lus encore et encore. Je tentai d’organiser ma pensée. Je me dis que c’était peut-être une aubaine pour moi mais qu’une fille plus belle pouvait apparaître…Je lui fis comprendre que je n’étais pas sûr de lui répondre et en même temps, je la testai. Je lui demandais de s’habiller de telle ou telle manière, de se coiffer de telle ou telle façon et de ne manger que certains aliments certains jours. Elle le fit.

Je lui fis écrire des textes sur des thèmes variés, comme celui de l’appartenance ou de l’abandon. Elle le fit, avec une certaine naïveté je dois vous l’accorder, mais aussi avec une franchise et une détermination qui, aujourd’hui encore, m’effraient un peu. Les textes de Sophie, je les ai malheureusement perdus : ils étaient brûlants.

Elle m’écrivait par exemple

«Vous aurez de moi tout ce qui peut être donné, à commencer par mes seins et mes trois orifices. Vous en userez jusqu’à plus soif, vous qui êtes celui à qui je me remets… »

Et d’autres choses dans le style.

Enfin, elle me convainquit. Elle était vraiment en attente. Physiquement, elle commençait à m’intéresser. Intellectuellement, elle m’avait donné assez de marques de sa docilité et de sa perméabilité pour que je puisse lui faire confiance.

Je vins la voir. Sa grand-mère lisait dans une autre pièce dont elle ne sortit pas. Je la fis retirer son corsage et la laissai un moment en soutien- gorge à m’écouter la commenter et l’humilier. Mes paroles la faisaient rougir de telle façon qu’elle baissait les yeux. Je m’entends encore lui dire :

-«Tu as vraiment de très gros seins. Tu sais, dans ton cas, on peut parler de mamelles ! »

J’ajoutai :

-Que dois-je faire de seins pareils ? Ils sont presque difformes ! Tu veux que je les touche, leur fasse du bien ? Tu crois que je peux en avoir envie ?

Elle fit « oui » de la tête de sorte que je la fis caresser puis pétrir ses seins avant de le faire moi-même. Je me mis ensuite à les pincer et à les frapper en continuant de me moquer d’elle et je vis qu’elle commençait à être excitée. Il m’était difficile d’ailleurs de cacher mon propre trouble et elle s’en rendit compte en baissant les yeux. Mon pantalon était devenu étroit.

Sans lui demander quoi que ce soit, cette fois,  je relevai sa jupe et baissai sa culotte jusqu’à mi-cuisse. Elle avait le pubis velu, recouvert d’une toison épaisse et brune. J’explorai d’une main puis d’un doigt une intimité encore dérobée mais très suintante et je continuai de mal lui parler d’elle. Il ne me fut pas difficile de constater que mes paroles assez méprisantes provoquaient une excitation physique forte en elle et qu’au bout du compte, elle mouillait abondamment ma main qui la fouillait.

Elle me suggéra de l’insulter de nouveau  et je le fis.

-Tu te laisses facilement mettre la main au soutien-gorge et à la culotte. On dirait bien que tu en as l’habitude ! Dis-moi, serais-tu une petite putain ?

-Oui…

-Tu es une petite putain, une traînée, alors ?

-Oui

-Et qui donc t’a fait faire des choses ?

-Des hommes dans le quartier…

-Tu as fait ta putain avec des hommes du quartier ! Tu as fait ça !

-Oui, avec deux hommes. Bien plus âgés que moi, des hommes qui ont l’habitude…

-De prendre une putain…

-Oui

Je vous épargne la suite. Sachez que je ne pus que me réjouir de lui avoir obéi car elle devint fontaine et se mit à couler beaucoup plus encore.

Je la mis nue et la palpai. Elle gémissait et remerciait. La faisant s’appuyer contre une table qui lui servait de bureau, la fis se cambrer ; Je voyais son dos maigre. Sa jupe était relevée. Ses fesses s’écartaient naturellement et ses jambes tremblaient un peu.

Je me défis pour libérer un membre si raidi qu’il m’en faisait mal. Je n’avais pas d’expérience et ne peux dire que, ce jour- là, je fus brillant mais m’approchant d’elle en tenant mon membre d’une main, je cherchai de l’autre l’orifice par où l’introduire et le trouvai. Je l’enfonçai là avec une certaine rudesse et cherchai ensuite à aller et venir de la manière la plus commode. Elle m’aida comme elle put, s’ouvrant autant qu’elle pouvait et je me maintins bien raide en elle un bon moment. Puis, je me répandis.

Elle cria un peu, se retint, me laissa me retirer et attendit que je l’autorise à changer de position.

Ensuite, je la laissai nue et debout tandis que je me relaxai sur son lit de jeune fille. Bien sûr, il me  vint à l’esprit d’une part qu’elle n’était plus vierge et de l’autre que j’avais déchargé en elle qui était fécondable mais je n’eus aucune inquiétude. Cela me vint après. Je venais de trousser et de prendre une fille qui était certes absolument consentante et heureuse qu’on la traite de putain certes, mais elle était de bonne famille et dans le même lycée chic que moi ! Il fallait quand même faire preuve de prudence.

Evidemment, elle était bizarre. Concernant, les hommes expérimentés qui l’avaient prise, elle ne mentait pas même si je ne savais rien d’eux. Et concernant ses dispositions à la servitude sexuelle, je ne pouvais que me féliciter de l’avoir rencontrée, toute laideronne qu’elle fût.

Je compris ce jour- là que je devrais chercher ce type de femmes car il existait de ces créatures qui avaient besoin d’être ainsi traitées, ce qui était extrêmement prometteur pour mon avenir…

Je sentis vite qu’elle ne m’accompagnerait pas longtemps et elle aussi, je crois, en fut vite consciente mais nous restâmes « dans l’instant ». Cet instant-là dura tout de même un an. Elle fut très vicieuse et je fus très exigeant. La grand-mère ne se montrait que rarement et nous prenions le thé. Le reste du temps, j’attachai ma petite putain pour la faire jouir. J’ai des images d’elle très perverses :

A genoux, les mains dans le dos, elle ferme les yeux et me suce, avec des expressions de petite chatte précautionneuse.

Allongée sur son petit lit, elle me laisse m’installer sur elle. Nous sommes nus. Lentement mais sûrement, je la sodomise. Elle est un peu étroite mais délicieuse et réceptive. Au fur et à mesure que je l’encule, elle dit des petits « oui » et à la fin, quand je suis à fond, prêt à décharger, elle dit « c’est bien, il faut jouir maintenant »…

Assise sur une chaise, son chemisier ouvert sur ses très gros seins, elle lève une chambre et en laisse retomber une autre. A ma demande, elle se caresse avec un objet oblong qui d’abord est un objet usuel, une règle par exemple puis devient plus trivial, un ustensile de cuisine dérobé à la hâte.

Du reste, je pince les bouts de seins de cette décidemment très délurée Sophie avec des cuillères en bois assemblées – c’est elle qui m’en donne l’idée _ et la fais se mettre à genoux sur une règle de bois.

Mais je n’en finirais plus si je racontais tout ce que nous fîmes pendant un an. Elle eût comme moi d’ailleurs des orgasmes très violents et à répétition et je me remplis de tout ce qu’elle était autant qu’elle prit de moi tout ce qui pouvait lui servir.

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Quand l’été vint, douze mois étaient passés depuis la première rencontre et la confrontation avec ses très gros seins.

J’avais en tête une « autre fille dans son genre » dont je lui parlai longuement en laissant entendre qu’il en serait bientôt fini avec elle des fessées méritées ou non, des mains attachées dans le dos et des fellations aussi raffinées qu’on peut les imaginer à cet âge-là, c’est-à-dire, bien moins élaborées que plus tard…

Elle comprit vite. Je la quittai avec goujaterie cependant pour être sûr de lui faire mal et je sus plus tard que j’avais réussi mon coup.

Ne croyez pas que je sois fier de mon attitude car les choses ne se font pas ainsi…

La « nouvelle fille » que j’avais annoncée m’échappa et je restai bredouille. Sophie, toutefois, n’en sut rien.

Adroitement, elle me le fit savoir trois ans plus tard alors que la croisai dans Paris. Enveloppée dans un grand manteau dont elle avait relevé le col, elle marchait vite et je la bousculai Place des Vosges.

 Elle était dans ses pensées, moi dans les miennes : nous nous reconnûmes brutalement.

-Oh, dis-je, Sophie ! Que deviens-tu ?

-Je suis en licence de lettres classiques. Et toi ?

-En classe préparatoire.

-HEC…

-Oui, ce genre -là. Enfin, façon de dire…

Je la regardai avec curiosité, attendant manifestement sur un autre aspect de sa vie ; Je ne doutais pas, la voyant, qu’elle eût gardé les mêmes « penchants » et moi-même, je n’avais pas dévié…

Ouvrant le col de son manteau, elle défit l’écharpe qui entourait son cou, un carré Hermès coûteux que je m’étonnai un peu de voir à son cou, non qu’elle n’eût pas les moyens d’en acheter un mais parce qu’elle était sans élégance…

Elle portait un gros collier de cuir, un collier qu’un chien puissant aurait pu avoir autour du cou. Des anneaux y étaient attachés et des clous aussi.

-J’appartiens, dit-elle.

Je fus bizarrement étonné et, je dois le dire, un peu jaloux. Elle était restée assez laide, je dois le dire mais elle avait un aplomb que je ne lui connaissais pas. Sans que je lui aie demandé quoi que ce soit, elle ajouta :

-Il habite sur cette place. C’est quelqu’un d’important, tu sais.

Je ne savais rien du tout, si ce n’est qu’elle ne mentait pas. Elle posait sur moi des yeux presque inquisiteurs, brillants de défiance et d’amusement  et de toute évidence, elle était prête à subir un interrogatoire. Je n’étais pas assez fou pour lui en faire subir un car c’est moi qui aurais subi. Je tergiversais en employant ce ton un peu supérieur qu’autrefois j’avais employé avec elle.

-Tu es donc sa chienne.

-Oh, il en a plusieurs et je ne suis pas la Favorite. C’est un homme de goût, vois-tu !

Elle ne m’avait tutoyé qu’au début. Je saisis donc son évolution. Elle qui m’avait beaucoup respecté, me parlait avec un léger dédain…

-Tu es une fille têtue. Tu aimes te soumettre. Il doit le savoir et estimer cela et…

Elle se mit à rire et me demanda où j’en étais.

J’avais moi aussi quelqu’un mais sentant le danger qu’il y avait à lui en dire beaucoup, je me bornais à dire que c’était une femme un peu plus âgée que moi et relativement expérimentée.

Sophie parut ignorer ma réponse et me fit savoir que son Maitre était sévère.

-Il me cravache pour mon bien, tu sais.

Quelque chose n’allait pas et je la sentais, bien qu’elle voulût paraître cassante et moqueuse, prête à s’accrocher à moi. Je hochai la tête pour signifier que j’approuvai grandement ce Maitre avisé puis ajoutai :

-Tu m’excuseras…

Je tournai les talons. Elle ne me retint pas. Je reçus pourtant d’elle, à quelques semaines de là, une brève lettre disant qu’elle avait été heureuse de me revoir car cela la renvoyait à une époque révolue. Elle ne vivait plus en effet chez sa grand-mère que la maladie avait gagnée et qui était en maison de repos. Après un bref passage dans une chambre d’étudiante, elle logeait chez « Monsieur » qui la traitait comme elle le méritait : en esclave. Elle me dit que d’un homme pareil, elle était prête à tout accepter, y compris de se raser la tête et de vivre nue, été comme hiver, un gros collier autour du cou et une laisse pendant à son cou. Comme témoignage de son « bonheur », elle joignait une photo. Je reconnus ses gros seins presque hypertrophiés et les vis marqués de rouge : c’était les coups de cravaches de Monsieur et les coups avaient dû être portés peu avant.

Je ne répondis pas mais gardai la photo. Contrairement à ce qu’on peut attendre, elle ne m’excita pas mais provoqua chez moi une sorte d’effroi ; cette jeune fille était prête à l’extrême et je ne doute pas que l’homme puissant de la place des Vosges ne fut prêt à lui offrir.

Sophie. Cette Sophie- là était désormais très loin de moi. Vous le verrez, je ne suis pas si absolu. D’elle, je veux garder le souvenir de cette année partagée. Elle m’ouvrit une route. Elle me servit docilement.

Je n’ai aucun regret la concernant. Je l’humiliai bien et la fis jouir : vous voyez que les deux sont liés…

Ensuite, nous n’allâmes pas vers les mêmes rivages…