Erotique 1

Chapitre 2 : Prisonnière.

Anna Destien n'obéit qu'à elle-même quand elle se rens chez Bernard Dandle-Defort. Il devient son maître et elle sa soumise. 

Un soir, il y a presque deux ans, Anna Destien arriva chez moi et devint Nuit 26. Plusieurs mois durant, elle fut recluse et l’accepta. Dire qu’elle en fut joyeuse serait mentir. Le reste du temps, elle sortit. Jamais seule. J’étais là, toujours. Nuit, devenue mon esclave, fut livrée à d’autres autant qu’à elle-même. Elle avait au début une parole mais celle-ci se perdit. Elle abandonna, du reste, toute préséance en s’abandonnant elle-même. Je ne crois pas qu’elle en souffrît comme on peut souffrir d’une situation injuste qui rend votre existence précaire. Elle souffrit bien sûr mais m’avait bien avant son arrivée fait comprendre ce qu’elle voulait de moi de sorte que le « délicat tortionnaire » qu’appelaient ses rêves, trouva en ma personne une matérialité.

Je lui dis de me rejoindre une fin d’après-midi en taxi et elle quitta, sans mot dire, le bel espace que je lui avais offert dans cet appartement des grands boulevards. A l’entrée de mon immeuble, elle dût avoir peur. Elle était dans une situation romanesque et, en bonne littéraire, cela, lui convenait. Pensez donc : après avoir été si bien préparée, rejoindre un homme respecté et espéré et s’apprêter à vivre chez lui ! Pour Anna, c’était un grand moment et je l’imagine répétant mentalement le code d’entrée de mon immeuble avant de le taper vraiment, comme si le dire et le redire était un gage, une certitude de bonheur. Une fois dans le hall, elle dut passer une deuxième porte et pour cela me contacter sur l’interphone.

-Bonsoir Monsieur, c’est moi…

-C’est-à-dire ?

-Anna

-Tu te t’appelles plus ainsi. Tu es Nuit 26. Je t’ouvre. Ascenseur. Dernier étage.

Je ne sais ce qu’elle pensât. Je venais de la choyer beaucoup. Elle ne se rendait pas compte de ce qui se passait : tout restait conforme à ses chères idées romanesques sur la soumission…Elle allait être à moi, me servir, m’honorer. Elle y passerait tout son temps et je serais comblé, oui, c’est bien cela, je verrais tout ce qu’elle faisait…

Je crois que ces idées lui emplissaient la tête tandis qu’elle montait vers moi et que ses certitudes étaient bien en place avant que je n’ouvris la porte. Ensuite, évidemment, elle changea.

J’étais vêtu de noir et mon beau salon était discrètement éclairé. Anna posa son sac à demande et s’immobilisa au milieu du salon.

-Mets-toi nue et attends.

Elle ôta le manteau d’hiver bien coupé, la jolie robe brune qu’elle portait et resta un moment en sous-vêtements. Sans proférer une parole, elle défit l’attache du beau soutien-gorge incrusté de dentelle noire et enleva la culotte haute assortie, que je lui avais offerts. Elle frissonna mais resta coite tandis que je m’écartai d’elle pour aller dans un secrétaire prendre un objet : c’était un beau collier de cuir, bien large et habilement travaillé. Il y avait là un tressage qui mêlait le cuir et de petites pièces d’argent au motif d’as de pique. Je ne pense pas qu’un chien sur cette terre n’ait jamais été doté d’un tel collier ! A fortiori, une chienne…Il avait été créé pour un être humain et je l’avais acquis sur un site de vente par correspondance dont la clientèle était spécialisée. D’emblée, il m’avait plu.

Je dus convenir et elle aussi qu’un objet ciblé et bien choisi peut vraiment transformer une personne. Certes, pendant nos jeux dans le studio, Anna avait déjà porté un collier de chienne mais je ne m ‘étais guère mis en frais, me contentant d’une simple acquisition dans une animalerie. Le cou marqué de rouge, elle rejoignait bien un clan mais aussitôt qu’elle l’enlevait, il me semblait qu’elle l’avait quitté. Et à elle aussi. Là, c’était différent. Chez moi et de manière solennelle, elle recevait un objet qui la mettait à part, la marquait en l’isolant et en me la réservant. Intelligente comme elle l’était, elle fut d’emblée saisie par la force symbolique de ce don. Elle en fût intimidée…

Je lui fis revêtir une longue tunique et une ample jupe de lainage et je lui donnai des sandales en cuir. Je la conduisis dans la salle de bain réservée aux invités et lui fit ôter son maquillage. Revenu au salon, j’inspectais son sac de voyage pour en extraire tout ce qui ne me convenait pas. Il lui resta quelques vêtements, aucun produit de beauté et aucun objet personnel. Elle n’objecta rien à mes façons de faire. Je sentais bien que le fait d’être chez moi la troublait et qu’elle brûlait d’envie de regarder à droite et à gauche mais elle n’en faisait rien. Sans vouloir me vanter, j’ai beaucoup de goûts et je vis dans un lieu dont l’architecture est certes belle mais que j’ai rendu extrêmement élégant. Entre les fauteuils de cuir clair, l’ample canapé, les chinoiseries, les tableaux d’artistes que j’aime et les revues d’art, il y a de quoi faire…Je suis tout de même le fils de deux esthètes et j’ai vécu longtemps avec une femme artiste…Bon sang ne saurait mentir ! Anna fut donc bien estimable. J’avais énormément de livres qu’elle aurait adoré parcourir. Elle le devina mais se tut.

Je la conduisis à l’endroit où je voulais qu’elle vive. Je la tenais par le bras et je n’étais pas doux. Je la poussai à l’intérieur de la chambre où j’allais la reléguer plus que je l’y introduis et je la vis se raidir.

C’était une pièce plus longue que large. Les murs en étaient tendus de blanc. Ils ne comportaient aucune décoration : ni encadrements, ni miroir. Le mobilier confinait à l’austérité : un petit lit de fer, une table de nuit, une petite armoire et un bureau doté d’une chaise. Il n’y avait pas de porte pour accéder à la salle d’eau et celle-ci consistait en un lavabo, de petites étagères et une douche. Le linge de toilette était blanc. Contrairement aux autres salles de bain, celle-ci ne permettait pas de se voir.

Erotique 2

Anna avait de quoi être surprise.

-Nuit, tu vas vivre ici. Je vais te laisser bientôt et te donner un exercice. Je viendrai le prendre dans deux heures. De ce que tu m’auras répondu dépendra ton sort. Tu vivras beaucoup ici le jour et sera quelquefois au salon, pour mon plaisir. La plupart des pièces de cette maison te sont interdites. Une partie de ma vie te sera parallèle. Si des amis viennent, tu devras rester silencieuse dans l’espace que je t’ai réservé. Si des ouvriers font une quelconque réparation, il en sera de même. Tu as compris ?

Elle hocha la tête.

-Ce n’est pas une réponse correcte. Applique-toi.

-Oui, Monsieur.

-Ta vie sexuelle est ce que je veux en faire. Tu vis l’abstinence depuis quelques semaines. Ne crois pas être satisfaite bientôt. Je t’interdis de toucher une quelconque partie de ton corps et bien entendu de te donner du plaisir. Là encore, la façon dont je vais agir va dépendre de tes réponses et tu en sauras plus demain.

- Oui, Monsieur.

-Tu es nuit 26. De la nuit tu as le coté ombreux, l’opacité et le mystère. Mais tu es aussi inscrite dans la nuit, c’est-à-dire dans l’ombre. Tu n’es pour le moment, rien.

-Oui, Monsieur.

-Tu seras attachée et tu me serviras. Je vais te laisser. Tu as de la lecture et un questionnaire. Sois très attentive.

Elle le fut.

La « lecture » que je lui donnais dût la surprendre : il s’agissait de l’inventaire des tâches ménagères que je lui confiai dans la maison. Il n’était donc question que d’aspirateur, de chiffon et de produits nettoyants..

Quant au fameux exercice, il paraissait simple : elle devait privilégier trois points qu’elle estimait être très importants pour son éducation. Dès le premier soir, elle s’attela à la tâche et me répondit :

- Abaissement.

-Contrôle de la sexualité.

-Vénération.

Une semaine de servitude la fit changer. Elle lava, dépoussiéra, astiqua et resta longuement à mes pieds. Elle me regarda manger et lire sans être autorisée à bouger. Je ne lui parlais pas. Elle se tut par obéissance distraite d’abord puis par crainte.

Au deuxième questionnaire, elle répondit :

-Education

-Offrande

-Silence.

Elle fut attachée dans sa chambre et les tâches domestiques redoublèrent ; j’ajoutai la cuisine, ce qui lui donna un travail fou et des remarques blessantes en grand nombre. Je ne l’autorisai souvent pas à s’assoir et pour cela, l’entravait. Elle n’avait pas de lecture et pas de dialogue possible puisqu’elle ne voyait que moi qui ne lui parlait pas.

Elle remplit encore le même questionnaire et écrivit :

-Education par la privation

-Apprentissage du silence et du néant

-Justice du Maître

Je la battis. Elle eut des fessées violentes. Elle fut entravée plus longtemps. Je lui tirai les cheveux. Je l’humiliai.

Elle ne répondit rien à la quatrième présentation du questionnaire. Elle pleura beaucoup dans sa chambre.

Je lui fis porter une ceinture de chasteté.

Enfin, je lui soumis un texte qui disait en substance ;

-Sexualité : dilatation et gros objets.

-Sexualité : fantasme de prostitution.

-Obéissance totale. Exhibition.

Elle pleura.

Elle dit oui.

Avait-elle raison de répondre comme elle l’avait fait ?

Oui.

Simplement, je la dominais et pouvais donc me permettre de passer outre. La cruauté, qui dans d’autres types de relation aurait paru répréhensible pour ne pas dire choquante, trouvait ici un bon terrain d’expression.

Cela me satisfaisait.

Elle-aussi. Malgré tout.