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Chapitre 7. Berlin se reconstruit, après la chute du Mur. Sylvie vit avec Andréa et Gunther et l'étrange Mylène meurt mystérieusement...

Un an après la chute du mur, elle était allée avec Paula aux célébrations de la réunification. L’esplanade de la Porte de Brandebourg était noire de monde. Sylvie était encore très incertaine de son futur. Elle l’était nettement moins désormais. Financièrement, elle s’en tirait très bien. Affectivement, elle était aux abois.  A croire que le mur qui avait déchiré cette ville avait été mis en pièces, elle en avait reconstruit un pour son usage nombriliste et personnel. L’intelligence de Gunther la mettait sans cesse en cause. Ce matin-là, sans qu’elle sût pourquoi, il en avait après la France :

-Il est malin, ton président !

Il était de mauvaise humeur. Elle ne voulait pas abdiquer.

-Il y deux ans, les Berlinois ont renversé le Mur. Un an plus tard RFA et RDA se sont réunifiées. Le retour d’une Allemagne unie a constitué un bouleversement majeur dans la géopolitique européenne, ça, je peux te l’affirmer !  L’équilibre des puissances a alors été grandement modifié. Pour éviter le retour d’une Allemagne hégémonique, François Mitterrand a négocié la création d’une zone monétaire unique comme condition de la réunification. L’objectif étant d’arrimer définitivement l’Allemagne à l’Europe et de reprendre la main sur la politique monétaire européenne, le Franc étant à l’époque affaibli par rapport au Deutsche Mark.

-Ça a bien fonctionné, non ?

-L’immense tâche de « remise à niveau » de la RDA n’est pas terminée et le coût de cette réunification est estimé à mille cinq cent milliards d’euros…Si tu appelles cela « bien fonctionner »…C’’est vrai, l’Europe entière a subi l’ajustement allemand mais les sommes engagées ont été énormes. Je ris quand je lis que l’Allemagne est bien « méchante » de ne pas aider les pays du sud de l’Europe.

-Ça ne va pas si mal pour l’Allemagne, Gunther, tu exagères ! Si ce n’est que pour créer l’Euro, il fallait stabiliser les taux de change ! Les  Européens n’ont pas eu grande marge de manœuvre : bien obligés de faire de même. La remontée des taux a entraîné une asphyxie de la croissance, et une augmentation du chômage : à ce rythme- là, en 1993, on sera à dix pour cent ! Ce sont les autres pays qui subissent votre politique monétaire non coopérative !

-Dis-donc ! Quelle championne !

-Tu m’as demandé de m’intéresser à la gestion et à l’économie, je l’ai fait !

-Je parlais de l’hôtellerie !

-J’ai vu plus large, Gunther ! Concernant ton beau pays, j’ai autre chose à ajouter. Au début, tous les experts pensaient que l’Allemagne de l’est serait un boulet pour l’ouest. En réalité, elle est devenue un atout pour l’industrie allemande. Les entreprises de l’Ouest ont pu après avoir acheté leurs consœurs de l’Est profiter des liens que celles-ci avaient tissés avec les pays d’Europe de l’Est, car leur implantation y a été facilitée. L’Allemagne s’est alors constituée un véritable Hinterland, à la fois débouché à l’export et zone de production pour les pièces détachées ensuite assemblées en Allemagne. L’industrie allemande a ainsi accru sa compétitivité-coût. Les succès de l’économie allemande ne sont donc pas étrangers à la réunification du pays…

-Allez, ma belle, « Ich bin ein Berliner » …

-Kennedy, 1963. Tu ne veux pas continuer cette discussion ?

-Tu t’es abonnée à trop de revues sur l’économie. Je ne suis pas de taille !

Evidemment, il plaisantait. Elle avait terminé la formation qu’il lui avait conseillée et était désormais cadre au « Die Sehnsucht », hôtel de luxe dont le nom français « La mélancolie » aurait pu faire fuir tout touriste parlant un tant soit peu le français. A vrai dire, ils étaient surtout allemands ou anglophones (ils y avaient même des sud-africains !)  Et personne ne commentait le nom d’un établissement si ravissant, inattendu et confortable qu’on ne pouvait qu’en dire du bien. Les plans conçus par Andréa avaient permis de revoir tout l’aménagement intérieur, des chambres au grand hall d’accueil, en passant par les deux restaurants et les cuisines. Une terrasse panoramique permettait d’avoir une vue merveilleuse sur le palais et la belle avenue qui y conduisait. Le Mur n’existait plus depuis deux ans et là où elle vivait, c’était à croire qu’il n’avait jamais eu la moindre influence. Tous prospéraient ou cherchaient à le faire…

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Des amis anciens, elle n’avait pas de nouvelles. Birgit et Hans-Herman avaient eu son revirement vers l’hôtellerie et ne l’auraient admis que si, de nouveau, elle avait besoin d’eux. Jürgen avait fini par la recontacter. Une lettre avait suivi. Il y avait juste que les quelques écarts qu’il avait faits avaient mécontenté sa femme. Tenant à la garder, il ne pouvait rien faire de plus pour cette gentille Française rencontrée un soir d’exception. Quant à Mylène, elle en eut, au bout de nombreux mois de bien- étranges nouvelles :

« Mademoiselle Benoît, je suis Pierre-François Delalonge. J’ai épousé Mylène, qui était votre amie, et l’ai emmenée avec moi à Moscou où j’étais attaché d’ambassade. Au départ, mon épouse s’est montrée enthousiaste, apprenant le russe et jouant, à merveille son rôle d’épouse de diplomate. Elle avait pris, suivant mes conseils, du recul par rapport avec les paradis artificiels qui l’ont, un temps, accaparée. Toutefois, utilisant le passeport diplomatique que ma fonction et mon statut lui conférait, elle a quitté Moscou et vraisemblablement l’ex-URSS. Sa famille et ses amis, tant en France qu’en Allemagne ou en Russie, n’ont aucune idée de ce qui a pu lui arriver. Un avis de recherche est lancé. Mon inquiétude est extrême. Si toutefois, vous aviez une piste pour la retrouver, je vous serais extrêmement reconnaissant…Votre dévoué P-F-D. »

Sylvie fut surprise. Mylène disparaître ? Elle n’y croyait pas. Peut-être se contentait-elle de modifier le scénario prévu ? Dans un Moscou en proie à l’effondrement du bloc soviétique, elle  avait dû voir venir à elle tous les vendeurs de paradis artificiels que cette ville pouvait compter, st tant est qu’elle se droguât. Qui sait si l’un d’eux ne l’avait pas envoutée ?  Ou bien, ce brusque éloignement des décors habituels dans lesquels elle évoluait (Lille, Berlin…) l’avait-elle déstabilisée  au point qu’elle avait décidé de momentanément disparaitre ? L’affaire paraissait grave mais Sylvie, échaudée par la façon hautaine dont son ancienne amie l’avait traitée peu de temps auparavant répondit avec beaucoup de légèreté et de façon presque frondeuse. Quand elle le fit, elle ne se doutait pas qu’elle le regretterait. Elle ne négligea pas, cependant, d’indiquer sa nouvelle adresse berlinoise.

Le vrai lien solide que la jeune femme conservait à Berlin était Paula Foster mais l’attirance qu’elle avait pour ces deux hommes  faisait garder ses distances à la sympathique Américaine. Sylvie le regrettait vraiment d’autant qu’elle tenait tête à ses hôtes. Elle se formait, faisait de longs trajets et étudiait beaucoup. Dans son dressing, elle privilégiait les vêtements qu’elle avait achetés en France ou réussissait à acquérir aux élégants tailleurs qu’ils mettaient en évidence pour elle. Il était de même des parfums coûteux qu’elle trouvait dans sa chambre ainsi que des bons qui l’incitaient à de merveilleuses heures dans des centres de thalassothérapie ou des instituts de beauté. Elle les laissait de côté. Les invitations dans des « Eros center » venaient toujours d’Andréa et elles étaient sans cesse malicieuses. Le magnum de champagne rosé qui était au frais pour les délicieux tête- à tête qu’ils auraient ensemble était le fait de Gunther. Elle ne faisait que s’en amuser ne voulant, à aucun moment, donner le sentiment qu’elle cédait aux avantages d’une vie facile.

Tout se passa bien des semaines durant. Les deux hommes, de façon discrète, lui firent comprendre qu’ils appréciaient son attitude. Puis, elle reçut de mauvaises nouvelles. Son père devenait cardiaque. Sa mère était morose malgré la présence constante du jeune frère qui, sans cesse, allait de l’un à l’autre. Ne pouvant le laisser seul, elle retourna à Dijon. Tout mourrait. Ils mourraient. Pas au sens propre car des années durant, ils resteraient plus ou moins dans leurs rôles mais la vie les désertait. Sylvie savait que la mort de leurs idéaux en était la cause. Le moins qu’on puisse faire était de respecter ce en quoi ils avaient cru. Elle aida son frère à les faire déménager d’une maison encombrée d’étages et à leur trouver un  appartement. Simple et propres : ils n’aimaient pas l’ostentation.  A son père, elle acheta un doux chien tranquille qui lui faciliterait les promenades à pas lents, recommandées par son médecin. A sa mère, elle offrit des stages de dessin dont elle avait toujours rêvé. Comme son frère voulait se marier avec une jolie « Agnès, elle offrit la robe de mariée. Elle ferait, bien sûr, un saut pour le mariage. En attendant, elle passa des heures à écouter ses parents évoquer Lénine, Staline, le parti communiste français et tous les acteurs de cette époque brillante aujourd’hui mal jugée.

Au retour, elle vit qu’Andréa et Gunther avaient l’air embarrassé. Un fairepart de décès l’attendait. Mylène Delalonge, née Lehman, avait été retrouvée morte à Annecy, dans une voiture de location. Les causes réelles du décès étaient soigneusement éludées. C’était une nuit très froide… Sa famille ainsi que celle de son époux conviaient tous ceux qui étaient ses amis à des obsèques dont la daté était révolue. Il y avait à peine quatre  mois que Delalonge lui avait écrit. La blonde Française était enterrée depuis dix jours ! Eperdue, Sylvie chercha des réponses sur le visage de ses « amis ».

- Vous avez ouvert ce fairepart ! Vous ne pouviez pas m’appeler en France ?

-Il était arrivé hier. Sylvie, nous ne savons rien de plus.

-Pourquoi ! Pourquoi !

-Son mari et sa famille ont tardivement voulu t’avertir…

Elle pleura beaucoup sur cette fille étrange, sur son passé, sur le Mur, sur les murs. Déambulant dans le vaste appartement Gunther et Andréa, l’entendaient, impuissants,sangloter. A leurs yeux, elle avait réussi l’exploit de transformer la fade et mièvre jeune femme qu’elle était en une femme maîtresse d’elle-même. Elle gérait l’hôtel à merveille, passait d’une langue à une autre sans efforts excessifs et restait sur son quant à soi. Elle basculait dans la caricature, travaillant sans cesse en évacuant toute vie personnelle. Deviendrait-elle une de ces  « femmes de tête » qui, à l’époque, envahissait les écrans américains et autres ? Elle finissait par leur ressembler. La fragilité dont, soudain, elle faisait preuve, les émouvait. Ils ne pouvaient ignorer ce doux effondrement.

Les paroles réconfortantes de Gunther eurent peu d’effet sur elle mais Andréa finit par la toucher :

-Ecoute, c’était une femme encore jeune qui jouait avec le feu. Il y a des gens qui s’enfuient tout le temps. Ils le masquent parce qu’ils sont beaux et sûrs d’eux mais ils sont comme des lièvres face à un chasseur…

-Pourquoi Annecy ?

-Qu’est-ce que j’en sais ! Ne pleure pas. Ne pleure pas.

-Mais qu’est-ce qu’il a eu ?

-Drogue ? Dépression, Un nouvel amour décevant ? Il y avait peut-être de lourds secrets de famille ou qui sait le mari bon chic bon genre était peut-être un  grand déséquilibré ?  Ce n’est pas à nous, qui la connaissions peu de tirer la moindre conclusion. Tu veux contacter son mari ou sa famille ?

-Oui.

-Ça risque de faire de nouveaux dégâts. Ils ne te diront rien.

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Il avait raison. Pierre-François essayait de survivre à un tremblement de terre. Il fut glacial quand il reconnut la voix de la jeune femme. Celle-ci en demeura triste des semaines durant. Elle s’emporta encore et agressa Gunther :

-Vous mentez en ce qui la concerne ! Elle a eu une liaison avec chacun d’entre vous, elle me l’a dit.

-On s’est croisés et cela ne suffit pas à établir « une liaison ».

-Elle vous indifférait ?

-Elle nous voyait comme de beaux objets. On a fait de même.

-Et toi, Andréa, tu es d’accord comme d’habitude !

-Je l’ai peut-être vue trois fois. Elle était arrogante et précise dans ses demandes. Cela ne signifie pas que j’aie eu une relation personnelle avec elle. Sylvie, comprends-nous. Nous n’avions aucun lien et ne pouvons que déplorer la disparition d’une femme encore jeune sur cette terre…

Elle resta meurtrie puis décida de se reprendre en main.

Elle demanda  à passer quelques vacances en France où tout d’abord tout alla bien. Elle s’amusa beaucoup à Nice et à Menton, ayant retrouvé de lointains amis de faculté. Mal lui en prit ensuite d’assister au mariage de son frère en Bourgogne. Ce ne fut pas le jeune couple qui s’en prit à elle, ni la grande ferme auberge louée pour la circonstance qui lui déplut. Non, ce furent ses parents. Ils lui firent une sorte de procès. Elle se mariait pas, n’avait aucun projet en ce sens, resterait sans enfant et pour comble de malheur, elle n’avait rien trouvé de mieux de cohabiter avec un couple d’homosexuels ! Elle reniait tous ses jeunes années et de leurs idéaux à eux, vivant dans un splendide appartement et travaillant dans un hôtel de luxe. Aux réprimandes parentales, la jeune femme opposa un demi-sourire. Elle pensait réellement que leurs remarques étaient sans impact. De retour à Berlin, elle comprit qu’il n’en était rien. De nouveau, elle parut très affectée. A Gunther, elle déclara qu’elle avait désormais de bonnes références et qu’il serait préférable qu’elle ait un emploi ailleurs. Il refusa de la licencier et la fit revenir de justesse sur sa décision. Elle gérait quasiment l’hôtel elle-même désormais. Il avait les coudées libres pour redonner vie à un nouveau restaurant, ayant revendu deux autres. Elle insista alors pour déménager, le fit et s’ennuya tant qu’ils n’eurent aucun mal à la faire revenir. A partir de là, elle parut se reconstruite. Pendant toute une période, Andréa fut très absent. Elle ne posa pas de question, ayant depuis longtemps compris qu’ils ne lui répondaient que par des pirouettes. Elle fut souvent seule avec Gunther et elle finit par le sonder :

-Tu m’as dit que tu étais bisexuel. Je ne te vois qu’avec des hommes.

-Tu me vois avec Andréa. Les autres, tu ne sais pas de qui il s’agit.

-N’empêche…

-Ah ? Mais dis-moi, ce serait « oui », désormais. Tu changerais d’idée ?

-C’est oui.

TERESA PALMER

 

Elle ne fut pas ravie d’emblée de la liaison qu’elle eut avec lui. C’était un homme très éduqué qui l’emmenait dans les meilleurs restaurants et salles de spectacle de Berlin. Il connaissait l’étendue de son pouvoir et elle comprit bien plus qu’elle n’avait pu le faire que ses rivaux se méfiaient beaucoup de lui. Il ne la présentait pas exactement comme sa compagne mais il la mettait adroitement en valeur. Elle portait désormais les beaux vêtements qu’il avait achetés pour elle. Bien vêtue, bien coiffée, elle n’était plus la même. Pour la première fois de sa vie, elle constatait qu’on la trouvait jolie. Gunther la conseillait pour ses bijoux et ses parfums. Ensemble, ils allèrent acheter des bas de soie, d’élégants escarpins et un luxueux sac à main. Sylvie constata que le personnel de l’hôtel avait compris qu’elle était la maitresse du grand patron. On la traitait avec plus de respect de de déférence. Extérieurement, elle ne se plaignait de rien. Il était toujours très poli avec elle et veillait à ce qu’elle fût respectée. C’est dans l’intimité qu’elle ne se trouvait pas si bien. Il était trop racée, trop fin, trop beau pour elle. Elle ne pouvait nier qu’il lui faisait très bien l’amour mais elle se sentait gauche avec lui. Elle était mince, c’est vrai, mais n’avait pas une si belle poitrine, le haut de ses cuisses étaient trop forts et son visage manquait d’équilibre : front trop petit, lèvres trop fines, nez un peu trop long. Quand elle plaquait son buste contre le sien, elle se sentait maladroite et pensait qu’il cachait son jeu. Comment ne l’aurait-il pas fait ? Elle admirait son corps : épaules solides sans être trop fortes, buste glabre et fin, belles hanches étroites d’homme et jambes fuselées, à peine couverte d’un duvet blond. C’était le même blond sous ses aisselles alors qu’il était plus clair pour les mèches de ses cheveux. Sa peau était uniformément claire, douce et souple. Il avait un beau visage aux pommettes hautes, de belles lèvres très pleines et des yeux d’un bleu soutenu. Combien de peintre, au dix-neuvième siècle aurait recherché un pareil visage ? Combien de photographes auraient, au vingtième, voulu capter ce mélange d’arrogance et de douceur ? Elle en chavirait, n’ayant connu que des hommes au physique terne ou agréable. Elle se sentait coupable, pas à la hauteur, sans qu’il lui fit jamais la moindre remarque. Il dormait souvent avec elle et même au réveil, il était fin et racé. Elle finit par s’émouvoir qu’il se montrât si immuablement aimable avec elle

-Tu crois que je joue la comédie ?

-De l’amour ?

-Non, de ce côté-là, je suis clair. C’est Andréa.

- Alors, c'est « Je t’aime bien »…

-Oui et je te veux du bien. Tu es droite, j’aime ça. Tu regardes droit devant toi. Et puis tu changes. Tu vas de mue en mue, pleurant quand il le faut mais souriant après. Le mépris, Sylvie, je n’aime guère. Peu d’êtres le méritent vraiment.

-Tu crois que je ne te regarde pas ? C’est faux. Tu es là, Sylvie, tu es là !

Elle ne le crut pas des semaines durant puis elle se rendit compte qu’elle avait un retard de règles. C’était la seconde fois…Andréa arriva sur ses entre-faits. Il venait de séjourner en Italie et il avait adoré Rome. Des raisons de son voyage, il ne dit rien. Tous trois burent du champagne en riant. Elle portait une robe fleurie, très élégante et décolletée, un collier en or et une montre prestigieuse. Ses regards allaient du beau visage d’ange florentin d’Andréa à celui, plus sculpté de Gunther…Elle commençait à comprendre : ils la plaçaient au centre d’une liberté extraordinaire, ils ne la jugeaient pas.

Dehors, le Mur s’émiettait, les beaux tags qui en avaient fait la splendeur allant disparaissant. Les statues des dignitaires du parti tombaient les unes après les autres et une nouvelle jeunesse s’émerveillait de ne plus rencontrer la moindre barrière dans cette éternelle ville de la nuit qu’état Berlin.

De son étrange histoire, elle le savait, la ville saignait. Elle retourna seule à la Porte de Brandebourg puis se dirigea vers le Reichstag. Son cœur était en berne et pourtant elle savait qu’elle ne pourrait pas vivre ailleurs.

Elle appela Paula :

-Je suis enceinte de Gunther …

-Oh Darling…Il le sait ?

-Non.

-Magnifique ! Magnifique ! Dis-le-lui.