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Chapitre 7

Elle trouva dans la boite aux lettres toutes sortes de lettres d’admirateurs : fidèle à ses jeunes années, il adorait en recevoir. Il lui avait étourdiment donné l’autorisation de les ouvrir et elle le fit. Elle venait à peine de revenir et d’aérer l’appartement et sa surprise fut sans mélange. Oui, il y avait de nombreuses lettres d’admirateurs – à croire qu’on aimait encore dans ce pays- mettre un timbre sur une enveloppe…Mais il y en avait d’autres, qui le menaçaient. Les mots « Vendu » et « Traitre » étaient écrits en gros caractères. Anna n’en revenait pas. Avec la Perestroïka et le Glasnost, l’URSS et les pays satellites avaient amorcé un grand virage…Le communisme était mort. Krystian, dont elle avait douté à un moment, avait fait le bon choix ! Il ne pouvait en être autrement. Elle se souvint de Waklaski, dont son futur époux ne voulait pas qu’elle prenne de nouvelles. Elle avait conservé son adresse et son numéro de téléphone à Genève et le contacta.

-      Krystian reçoit des lettres de menaces !

-     Oui, moi-aussi et ceci depuis des années ! On s’y fait. Dites-moi, c’est que ça avance bien avec lui. Il va vous épouser ! Ben, dites-donc, on en a fait du chemin !

-     Comment ça, vous-aussi ?

-     Les lettres ? Oui, c’est comme ça que ça se passe...Et ils ne signent pas tous. Le pire, c’est ça : on t’insulte et ce n’est personne. Mais, bon… J’aurais dû insister. Tu faisais ta sainte nitouche. Ah, j’étais trop saoul, aussi ! Tu l’aurais retirée, ta culotte ! Ah, ça m’apprendra !

-     Vous êtes ivre ?

-    Pas du tout. La froideur excite les hommes, tu ne peux l’ignorer. Tu as beau faire ta sainte-nitouche…Tu penses avoir gagné le gros lot ? En tout cas, pas au lit ! Il n’est pas terrible de ce point de vue-là. D’où je le sais ? Les mecs, ça reçoit ce genre de confidence. Viens en Suisse. Je te verrai dans un hôtel. Je ne suis pas de première jeunesse mais ça ne veut rien dire, ça ! Allez, allez…

-     Pourquoi le menace –t’on ?

-     Ce n’est pas en l’épousant que tu en sauras plus. Là, tu ne risques pas ! Il te dit que je ne suis pas quelqu’un de bien ? Ben voyons. Je suis un « vendu » ? Lui-aussi. Il y a toujours des gens qui ont de la rancune. On s’est doré la pilule à l’ouest pendant que tout un tas de gens en bavaient là-bas, dont des artistes !

-     Répondez-moi !

-     Non. Tu viens à Genève et je te fais l’amour bien autrement que lui. Tu ne sauras même plus comment tu t’appelles ! Tu es une grande petite fille et il est urgent que tu changes de mode de vie ! Non, mais je n’y crois pas. Tu aimes Jerensky…

-     Je ne viens ni à Genève ni ailleurs !

-     Dommage, petite. En ce cas, ne compte pas sur moi pour les confidences…

-     Pourquoi…

Il  raccrocha. Trois jours après, elle cédait et prenait le train. Il était clair qu’elle ne souhaitait que parler et le rusé Polonais se montra tout d’abord obéissant. A sa demande, ils prirent un simple verre dans un café ancien, plein de boiseries.

-     Qui vous menace ?

-     De petits maitres chanteurs, des jaloux. Je n’ai pas peur d’eux.

-     Que  veulent-ils de vous ?

-     De l’argent, une protection…

-     Et vous cédez ?

-     Eh bien, je négocie le plus souvent avec eux. Céder d’emblée, c’est délicat. Vous le faites une fois, vous le ferez encore et encore.

Elle se souvint alors que Krystian, une des dernières fois qu’il avait évoqué devant elle ce lointain témoin de sa jeunesse, avait, avant de clore le sujet, signalé qu’il se livrait à beaucoup de trafic.  Contrairement à lui, Waklaski se rendait souvent en Pologne. Qui sait ce qu’il y faisait …

-     Vous n’avez pas l’air effrayé…

-     Il ne faut pas se fier aux apparences.

-     Alors, Krystian ne doit pas s’inquiéter non plus ?

-     Oh, qui peut lui en vouloir ? Quelques grincheux qui n’ont pas osé se sauver alors qu’ils en ont eu l’opportunité à un moment ? Quelques jaloux de sa belle carrière ? Une ou deux pianistes à qui il aura donné des conseils et qui estiment mourir d’amour pour lui  sans qu’il ne leur adresse jamais la parole !

-     Pourquoi pas ?

-    Rien de grave pour lui. D’ailleurs, vous voyez, ces lettres, vous les lisez ! Si c’était sérieux, il agirait autrement…

-     Vous êtes sûr ?

-     Certain. Ces pourritures qui m’arrivent par la poste, moi, je les garde pour moi…

Il la convia dans un restaurant suisse de très bonne tenue et veilla à ce que son verre de vin blanc ne resta pas vide. Une sorte de torpeur s’emparait d’elle. Cet homme la voulait d’une façon très ambiguë mais bizarrement, elle n’en prenait pas ombrage. Jusqu’à la fin du repas, de toute façon, il ne lui vint même pas à l’idée qu’elle pourrait céder. De petite taille, Tomasz avait du ventre et il était loin de l’élégance vestimentaire de son « rival ». Elle fut donc surprise, quand celui-ci lui dit avoir réservé une chambre au- dessus du restaurant, de s’entendre dire qu’elle voulait la voir. Tout fut rondement mené. Waklaski n’était certainement pas beau mais c’était un amant. Il embrassait bien, savait caresser et déshabiller et faisait l’amour avec adresse. En outre, il était bien plus endurant qu’elle ne l’avait imaginé et une fois en elle, il put la prendre longuement, la mobilisant toute entière dans le plaisir. Tandis qu’il allait et venait en elle avec une légèreté que démentait pourtant son corps massif et rond, elle revit le visage des hommes aimés. Aucun ne lui avait fait beaucoup d’effets sexuellement, ce qui ne l’avait pas empêchée de tenir à eux. En somme, ses pratiques solitaires avaient été les plus épanouissantes pour elle. Qu’elle ait un premier orgasme violent avec de Polonais qui s’y prenait décidemment très bien la surprit beaucoup. Ce fut une révélation. Couchée sous lui, elle n’en revenait pas de l’intensité du plaisir qui l’envahissait et s’étonnait qu’il continue de la pilonner. Il n’avait pas joui lui-même et comptait la faire crier de plaisir une ou deux fois encore. Il le lui dit et aussitôt, elle se mobilisa pour lui obéir. La volupté revint vite et la traversa plus violemment encore. Il se répandit en elle en poussant cris et gémissements et elle le trouva, quand il se fut retiré d’elle, assez laid. Il n’en demeurait pas moins qu’elle était aimantée. Il fut brutal en paroles mais tout ce qu’il dit lui parut fondé :

-     T’as voulu faire plaisir à papa, toi et ça a duré longtemps. Tes hommes, ils ne devaient pas valoir tripette au lit et le dernier ne dépare pas. Ils devaient être gentils, te rassurer quoi que pas tant que ça. Avec Jerensky, tu as une belle façade ! Avec moi, tu rencontres celle que n’as jamais voulu voir en toi. T’es une femelle et t’aimes jouir. C’est normal, tu sais ! C’est bon et c’est bien ! Tu ne seras pas toujours avec lui et on pourra se voir. Je coucherai avec toi.

-      Je suis à Paris.

-     Oui et alors ? Je viendrai. Chez vous, tien. Je sais y faire, tu l’as remarqué…Et tu viendras à Genève.

Elle ne savait pas ce qu’elle devait penser. Il alla se doucher et elle pensa qu’il en avait fini mais il la fit se rallonger, lui tint les jambes bien écartées et la lécha intimement avec une adresse telle qu’elle eut encore trois petits orgasmes. De nouveau, elle eut l’impression de basculer et de ne plus savoir qui elle était. A cette perte d’identité s’ajoutait son questionnement sur les deux hommes. Ces menaces, Waklaski avait-il raison de ne pas les prendre au sérieux ou mentait-il ? Et Krystian, se pouvait-il qu’il fut l’objet de jalousies bégnines ou était-ce plus grave ?

Il lui tint compagnie jusqu’au soir où il fit monter un diner léger puis partit. Un homme qui part comme ça alors que sa maîtresse va dormir seule, c’est qu’il a quelqu’un. Il lui avait affirmé être resté seul après la mort de son épouse mais c’était un sanguin et un affectif. Il ne lui avait pas tout dit. Elle faillit lui poser des questions mais se retint. En partant, il l’embrassa longuement et tint un moment dans ses mains ses seins nus. Ils convinrent d’un rendez-vous à Paris et elle insista pour un hôtel. Il céda.

De retour à Paris, elle demeura seule quelques jours et se sentit indécise. Quelque chose n’allait pas, elle le sentait.

Krystian revint plus tôt que prévu. Il avait pris froid et se sentait fatigué. Il avait annulé plusieurs concerts, son médecin s’étant montré favorable au repos. Elle fut avec lui absolument charmante. Ils s’entendaient vraiment très bien. Liz étant resté en bons termes avec son ex-mari, il arrivait qu’elles bavardent toutes deux au téléphone. Quant à Isabella, elle revint avec son petit ami et ils passèrent ensemble des journées heureuses.