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1. George D. Londres : novembre 2015.

Il tournait comme un ours en cage Il sentait que ça tournait mal. Plus les semaines filaient, plus il avait du mal avec moi. Lui, Paul Stephen dont le vrai prénom était Fadi, ce que je lui rappelais régulièrement, perdait pied. Je le quitterais quoi qu’il soit et lui, qui avait tant misé sur moi, était affolé. 

-Tu t’enfermes beaucoup trop.

-Tu me l’as déjà dit vingt fois ces trois derniers jours.

-On a des sorties en vue : des spectacles, des amis. Ne refuse pas tout.

-Je ne refuse pas tout, je sélectionne. Je n’en ai rien à faire de cette comédie musicale dont tu me rebats les oreilles.

-Parfait ! Que dira Elton John ? Il compte sur toi.

-C’est un de ses poulains qui a créé le spectacle, je sais. Je l’ai déjà appelé. Je ne serai pas disponible ce soir-là. Il l’a bien pris quand il l’a su.

- Il devait être de bonne humeur. Bon, chez Kate, dans trois jours ?

-Oui.

-Ah, elle, la belle cover-girl, tu l’aimes bien, hein !

-Elle n’est plus mannequin. C’est le tour de sa fille. Elle a le même corps splendide que sa mère…

-C’est vrai…Donc tu seras là. Et ensuite ?

-Je ne sais pas. Il y a beaucoup d’invitations…Je vais faire le tri.

- Oui et invite, toi-aussi…

- Mais, c’est ce que je fais !

-Tu trouves ? On ne voit personne…Enfin, autant ne pas polémiquer.

-Oui, sans polémique, c’est mieux.

-Je viendrai te voir le jour de Noël. Tu le sais ?

- Oui, j’en serai heureux.

- La veille, tu seras avec tes sœurs ?

- Pas sûr.

- L’une d’elle au moins, celle dont tu apprécies le mari…

- Elle m’a parlé d’un petit dîner, oui…

- Va la voir, ne reste pas seul.

-Paul, épargne-moi cette insistance.

-Mais c’est pour toi que je te dis ça. Je pourrais aussi rester seul ici, bien tranquillement…

- Et te faire livrer ?

- Paul ! On n’embraie pas sur ce sujet !

-Tu devais arrêter avec ces « livraisons », il me semble…

- J’ai ralenti.

- Ah bon ? Pas avec… Comment il s’appelle déjà ? Celui qui t’envoie ce type à tête de bouledogue…

- Il est Français et c’est vrai, il a une tête de chien. Ralentir encore ? Oui, je vais y penser.

-Et ça te fait rire !

-Mais oui !

-Ne me réponds pas comme ça. Je suis ton compagnon.

-Tu l’es, c’est vrai et tu me protèges de moi-même…Tu as raison, Paul, tu as raison. Tu sais ce qui est bon pour moi. Mais à ce compte-là, ce n’est pas chez moi que je devrais passer les fêtes de Noël mais plutôt dans une de ces délicieuses cliniques où j’ai passé des semaines mémorables.

-Ces cures étaient nécessaires. Le médecin dit que tu…

-Que je ?

-Dois prendre soin de toi.

-Mais c’est ce que je m’emploie à faire ! Allez-laisse-moi.

-Tu veux que je parte ? Je parle de l’alcool que tu ingurgites, de ces saloperies de poudre, de pilules qu’on vient te vendre jusqu’ici et je dois partir ?

-Eh bien, je…Oui…Pars…

-Mais pourquoi ? Je suis arrivé il y a très peu de temps. Ce n’est pas juste d’agir ainsi, George. Ton état n’est pas brillant. Il faut qu’on passe un bon moment ensemble.

-Oui, passons un bon moment.

-Tu dis ça sur un ton…

-Prenons un verre, enlaçons-nous, allons dans ma chambre. Ta définition du bon moment.

-Pas la mienne, celle de centaines de gens qui aiment la vie, sont heureux de retrouver l’être aimé, de passer des heures et des heures avec lui dans la complicité, dans la tendresse.

-Faisons-cela.

-Tu es sûr ?

-Oui.

-Noël est dans trois semaines. Tu me promets que le 24, tu seras en famille ou avec de bons amis ? Le 25, je m’occuperai de toi toute la journée. J’ai déjà toutes sortes d’idées. Ce sera gai. Georges, tu promets ?

-Oui. Je te donne ma parole que j’aurai un Noël joyeux.

-Très anglais ?

-Oui, je pense.

-Suis ton traitement médical et limite l’alcool, George et pour l’amour du ciel, oublie toutes ces bonnes adresses, tous ces gens…

-Ne t’énerve pas autant ! Tu ne drogues pas, toi ?

-Occasionnellement. Tu sais très bien que ça n’a rien à voir ! Ce type, je lui casse la gueule si…

-S’il revient avec « des provisions » ? Oui, tu te fais très bien comprendre et tu serais bien capable de le faire.

-C’est que tu nous fais peur.

-« Nous » ? Ah oui, je vois. J’ai fait mon testament, tu sais et j’ai bien réfléchi. Il ne va vous inquiéter. Je vais bien.

-Non. C’est faux.

-Chut, Paul, calme-toi….

-Tu ne vas pas bien. Ne les laisse pas tourner autour de toi comme ça. Arrête, arrête avant qu’il ne soit trop tard. George, écoute…

-Chut, chut, voyons…Allons, allons, revenons à ta définition du bon moment passé ensemble. Souris-moi…Voilà, c’est bien. Viens dans mes bras.

-Tu promets ?

-Je promets.

-Tu vois, je t’ai embrassé. Maintenant, retourne dans la maison que je prête, à Hyde Park. La femme de ménage est déjà réglée. Tu veux un chèque ?

-Non, je...

-Tiens, prends.

-C'est beaucoup...

-Non, enfin si. Prends. Les fêtes approchent et tu as besoin de t'amuser.

-A bientôt alors ?

-A plus tard.