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Guillaume. Toronto. 25 Décembre 2016.

Les hommages se multiplient : la presse se met en quatre et la télévision aussi. Elise tient dans ses bras notre petit Valentin. Sur l’écran, des visages de star. Andrew, son compagnon d’aventure du début, quand ils chantaient pour les petites Anglaises, est ravagé par l’émotion. Les fans vont et viennent devant chez lui. Les bouquets de roses et de lys sont innombrables. Ses admirateurs arrivent par le métro ou à pied…Et les hommages se poursuivent.

-Je n’ai pas fait de grands efforts pour le connaître…

-Tu étais mécontent à cause d’Erik car il était moins ami avec toi ! Mais n’exagère pas. Vous avez parlé longuement ensemble à plusieurs reprises. Seulement, sa façon d’être gay ne te plaisait pas beaucoup et ses addictions te mettaient mal à l’aise. Tu reconnaissais la valeur du chanteur mais l’homme te dérangeait. Guillaume, c’est humain, ça, après tout.

-J’aurais pu…

-Tu aurais pu, oui, être moins fermé mais tu n’as jamais été agressif avec lui. Tu ne peux rien te reprocher. Et tu as acheté son dernier opus, que tu adores…

 -Mais ça ne me suffit pas cela ! Quel imbécile j’ai été…

-Tu étais froissé, jaloux. Il est mort en paix. C’est le plus important. Tu te souviens ? « White lights » : « Etait-ce la musique qui m'a sauvé ? Ou la façon dont vous avez prié pour moi ? ». Quoi, tu mets ce texte en cause ? C’est impossible, Guillaume. Il a choisi sa mort et elle a été paisible.

 

Carolyn. New York.  3 Janvier 2017.

« Quand la musique vient du cœur, c'est une déclaration artistique, tout comme une peinture ou un livre. » Il a dit ça en journaliste en 2014.

Round here : chaque fois que j’essaie de quitter cet endroit, quelque chose à l’intérieur de moi me dit que je peux faire mieux. Laissez-moi vous montrer l’endroit où je vis…

Mon cœur, à l’annonce de sa mort, s’est empli d’une immense reconnaissance. Qu’il ait trahi et malmené par l’univers du disque, ça ne faisait pas l’ombre doute mais il avait tenu bon des années durant et ceci, malgré des impasses. C’est cela que j’ai retenu et non ses difficultés avec la police, sa toxicomanie et toutes ces horreurs qu’on avait pu dire sur lui. Au fond, il m’a rendu très heureuse malgré le pincement de cœur que j’ai eu et j’ai été fière, très fière de l’avoir connu. J’ai réécouté « Heaven ». Ce paradis dont il parlait si mélodieusement, il y était désormais installé et c’était le mieux qui ait pu lui échoir.

Si j’avais été à Londres, je serais allée déposer un modeste présent devant chez lui. Je sais que Nicholas et Jonathan l’ont fait. Moi, je lui aurais offert des roses rouges ; Je les achetées et je les ai laissé sécher chez moi pour lui. Je leur avais adjointe une petite lettre. Et sur le contenu de celle-ci, je ne dirai rien. Comme mes amis éparpillés dans le monde, ceux avec qui je m’étais tant plu dans la villa, j’ai réécouté son œuvre, l’ai commenté sur la toile et ai été éberluée par la masse de témoignages qui arrivaient…Tous ces anonymes dont il avait sans le savoir traversé la vie s’épanchaient et admiraient. J’ai repensé à cette belle chanson « Tu as été aimé ».

Elle prend la route de derrière, et le chemin
Passant devant l'école, qui n'a pas changé durant tout ce temps
Elle se souviens lorsque son garçon était petit
Et de toutes ces batailles qu'elle a gagnées
Rien que pour lui donner la vie
 
Cet homme
Elle l'a aimé cet homme
Durant toute sa vie
Mais maintenant, nous nous retrouvons pour lui porter des fleurs
Et Dieu seul sait pourquoi
 
Alors à quoi servent nos mains en prière
Tandis que des enfants s'éteignent dans les bras de leur mère
C'est un monde cruel
Nous avons tant à perdre
Et ce que nous devons apprendre, nous le choisissons rarement
 
Donc, si c'est bien Dieu qui a pris son fils
Cela ne peut pas être celui qui vit dans son esprit
 
Prends soin de toi mon amour, lui dit-elle
Ne crois pas que Dieu est mort
Prends soin de toi mon amour, lui dit-elle
Tu as été aimé

Et si j’avais à penser quelque chose de George Daniel, c’est bien qu’il avait été celui qu’on aime et ceci en dépit des années noires qu’il avait pu traverser.

Tu as été aimé ? Oui ! Oh que oui !

Et puis il m’est revenu à l’esprit que pour compenser cet amour perdu et si rêvé, il avait peut-être eu la tentation d’un autre qui serait lui-aussi difficile et éthéré. Erik aurait bien pu être celui-là…Lui-même était plus dans les airs que sur terre ! Non préparé à lui, n’ayant pas les mêmes valeurs, mon beau danseur s’était laissé troubler sans réellement accepter. Enfin, jusqu’à maintenant… De la brève liaison que j’avais eue avec lui, je restais heureuse. Aucune femme ne pouvait en vouloir à quelqu’un comme lui, si doux et si rare ! J’ai juste espéré qu’il ne soit pas trop triste. J’appartenais désormais à une troupe de théâtre solide et ne cessais de travailler…Oui, ce devait être cela les amours immatérielles…Je devais être bien trop terrestre pour les connaître…

Il devait, je n’en doutais pas, être dans un grand désarroi, et si j’ai envoyé des messages aux autres et en ai reçu en retour, je n’ai rien tenté le concernant. Tous n’avaient pas eu la même idée. Pour l’instant, il ne donnait pas suite aux mèls reçus et aux messages sur son répondeur. L’idée m’est venue de couper court à sa tristesse. Je suis allée le voir et lui ai offert un ours en peluche consolateur. C’était puéril, je le savais, mais il a aimé. Dans la relation qu’il avait eue avec George Daniel, il y avait eu quelque chose d’enfantin. Il le savait sans parvenir à l’exprimer. En ce sens, je l’ai aidé. Enfin, je crois.