5-nuances-de-bdsm-pour-en-explorer-les-subtilites-nsfw-340193

Luen, l'homme virtuel (1). Fraîchement divorcée, Sabrina a quarante-sept ans. Elle se lance dans une quête frénétique du plaisir et s'inscrit sur un site spécialisé. Vive, assez belle, elle est vite très demandée et se laisse faire. 

Je venais de divorcer. Enfin, les choses étaient faites ! Je me souviens de cette période comme celle d’un grand soulagement et d’une envie frénétique de m’amuser et de retrouver le goût de la vie. Mon mariage avec François avait duré dix-sept ans. La fin en avait été saumâtre. Si tant est  que certains magazines présentent le divorce comme une étape « certes difficile mais qui peut et doit être dépassée pour aller vers une nouvelle sérénité », et bien, je peux dire que ce discours ne s’adresse manifestement pas à moi ! A la fin de mon mariage, j’étais laminée et après des mois de procédure, consciente d’avoir fait disparaître de mon dictionnaire personnel le mot « sérénité ». Heureusement, alors que j’avais passé des années en Bretagne avec un nantais, j’eus la possibilité de vivre à Nice quelques mois, dans une maison prêtée par une amie et là, je fis une formation professionnelle. Il y avait une opportunité qui s’était offerte et puis j’avais récupéré de l’argent et je pouvais me débrouiller. En fait, je voulais depuis longtemps être sophrologue et, dans une ville nouvelle pour moi, dans un décor différent et un climat méditerranéen opposé à l’ambiance atlantique à laquelle mon mariage m’avait contrainte, je renaissais. Je faisais des stages et j’étudiais. Et je recevais de la visite. J’avais eu, avec François, une fille qui avait maintenant vingt-deux ans et avait intégré une école d’architecture. Elle n’avait rien contre la Bretagne et étudiais à Nantes où elle avait toujours vécu. Quand elle vint me voir à Nice, je la sentis très partagée d’abord puis séduite. Ça sentait l’Italie et je fus heureuse de la voir autant sourire. Pour elle aussi, le temps de la séparation de avaient été un temps redoutable, plein de non dits d‘abord puis de disputes violentes dont elle avait été, à plusieurs reprises, l’involontaire victime. Il était donc très important pour moi de la sentir si gaie et détendue quand nous marchions sur la Promenade des Anglais où allions au marché traditionnel.

Mais ce n’est ni de mes études à Nice, ni de mes retrouvailles avec ma fille ni du contentement né d’un équilibre enfin retrouvé que je veux parler. Non, je veux en fait parler de la façon dont j’ai renoué avec la séduction et la sexualité.  J’aimerais rassurer le lecteur en lui expliquant qu’après une période dure de séparation et d’abstinence forcée, je retrouvai un compagnon stable. Car ne ce fut pas du tout le cas. J’aurais, en le faisant, tout à fait répondu à ce qu’on attendait de moi car j’avais été une jeune fille un peu hautaine et très sage ; mais je pris le contrepied.

En fait, je m’inscrivis sur un site de rencontres. Pas n’importe lequel. Un site libertin.

Je ne ressentis à le faire aucune crispation, ni aucune gêne mais je crois que je me rendais pas compte du sens de ma démarche. A la réflexion, je vois bien que j’avais un compte à régler avec la sexualité. Autant pendant ma jeunesse, elle avait été contrôlée, autant elle l’était restée tout le temps de mon mariage. En somme, j’avais vécu dans la monotonie et sans être épanouie…

Avoir trouvé ce site et vouloir y adhérer était une sorte de revanche et je franchis le pas facilement. On ne peut pas demander à quelqu’un d’être toujours responsable et conscient de ce qu’il fait ; en tout cas, pas à moi à cette époque-là. M’inscrire sur ce type de site dut m’apparaître comme un geste à la fois audacieux et léger. Je me sentis résolue.

Je complétai un profil que je me gardai d’accompagner de photos personnelles et m’attaquai à une description de moi-même, à travers mes fantasmes. Je dis que j’étais mature, sensuelle et joueuse car il me semblait que cette présentation, bien que fausse, collerait avec ce qu’on attendait de moi.  Il n’était en effet pas difficile de constater que chacun et chacune faisaient son possible pour mettre en avant sa sexualité débridée et qu’il était de bon ton de se vanter de son manque de tabous ! Je n’aurais pas eu l’air malin de me décrire comme réservée et pudique, ce que j’avais toujours été …Donc, je jouai le jeu. Il me fallut cocher des cases dans une liste et je choisis « sensualité » et « érotisme ». Il me fallut choisir une orientation et je me limitai à « hétérosexuelle », les autres possibilités me semblant erronées et totalement inaccessibles à la personne inhibée que j’étais. Enfin, ayant bien relu et les questionnaires d’entrée et le descriptif de moi-même, je réglai le montant de l’adhésion et envoyai le tout. Ah, avant de passer à la suite, je dois préciser qu’on me fit choisir un pseudo : j’avoue que j’hésitai entre Laura 49 et Isabelle70, en référence à un film et une actrice que j’aimais mais je m’aperçus vite que mes hésitations étaient sans fondement : les deux pseudos étaient déjà utilisés. En fin de compte, je me décidai pour Antonella 99 et ce pseudo fut immédiatement accepté. Antonella était le nom d’un magasin de vêtements dans ma rue à Nantes et je me souvenais d’y avoir fait beaucoup d’achats. Quant à « 99 », je me référai à une année maintenant lointaine mais qui avait été heureuse pour moi. J’avais, à cette époque là, pu séjourner grâce à des amis, plus de deux mois dans le golfe de Naples et il me restait le souvenir de somptueux paysages, de belles soirées et de diners arrosés de Chianti. Alors, cette ouverture sur l’Italie me plaisait.

Je fus rapidement avertie que mon profil était accepté et je reçus même les félicitations d’une dénommée Aphrodite.

Ainsi, fut bien vite en piste la brune quadragénaire sensuelle, mince, bien dans sa peau et prête à séduire les hommes qu’était cette « Antonella 99 ».

Voici quelques exemples des premiers messages que je reçus :

Un certain Antoine 612, originaire de Paris, et âgé de trente-deux ans, eut le privilège de passer en premier dans la liste, qui allait s’étendre, de mes lecteurs. Il avait utilisé un message préfabriqué pris dans une sorte de banque de données mise à la disposition des adhérents. Je devais, par la suite, recevoir bon nombre de ses messages mais, à l’époque, je ne connaissais rien du fonctionnement de ce site. Je lus donc avec une surprise mêlée de perplexité ce que ce jeune homme essayait de me dire :

« Je voudrais être au service de tes plaisirs, que mes mains, ma langue, mon corps et mon âme soient à ta dévotion. J'aimerais que tu joues de mon corps et de mon être pour assouvir tous tes désirs. Je voudrais être ton jouet sexuel, ta poupée humaine, ton humble serviteur. Voudrais-tu de mes services? Alors, envoie-moi un message et je viendrai répondre à tes ordres. »

Toute fraiche, encore, je répondis que Paris et Nice me semblaient très éloignés et que certains des mots employés dans ce message ne pouvaient s’adresser à moi. Pour moi, un homme ne pouvait être un « jouet sexuel » avec lequel on « assouvir ses désirs ».

Je ne pense pas que le dénommé « Antoine 612 » trouva cette réponse à son goût car il ne réapparut pas. Il fut vite remplacé, cependant, par un certain Yogi 12 qui, comme le précédent, prit un message qui lui plaisait dans la même banque de données. Il m’écrivit :

« La lecture de ton annonce évoque en moi beaucoup de sensualité et d'érotisme. J'aimerais pouvoir partager avec toi un échange basé sur la découverte de nos fantasmes. Ou à défaut de les vivre, que ce soit d'abord le virtuel de nos courriers qui sublime nos désirs et envies communes. »

Je restai perplexe mais répondis.

Je répondis beaucoup d’ailleurs pendant des semaines. Cela me convenait assez. Je n’utilisai le site que pour cela. Pour le reste, je travaillais assidument, entre les cours, les stages, les devoirs, les synthèses, et je me renouvelais, je guérissais. Pourtant le moment vint où la simple « correspondance » ne me suffit plus. Je me lassai, pour d’évidentes raisons, de lire des messages souvent similaires que leurs auteurs n’avaient le plus souvent pas même pris la peine de rédiger. J’oscillai encore d’un extrême à l’autre, comme en témoignent ces deux messages :

« Bonjour , jai beaucoups aimer ton profil jaime bien entrer en contact avec toi , jattend de tes nouvelles , au plaisir de tecrire , de telire , de tecouter de te sentir de te toucher et peut etre plus . xxx ters tendrement et ou tu le veux. »

Et :

« Bonjour à toi, je viens de découvrir ta fiche et je suis obligé d'admettre que mes doigts se sont lancés sur le clavier pour t'envoyer ce premier contact. Comme je ne suis pas V.I.P. (pour le moment), c'est avec ce message d'introduction que je viens tenter ma chance. Tu as tout le loisir de consulter ma description sur ma fiche et si tu es tentée par une aventure câline-coquine, viens me laisser un message. Nous pourrons pousser plus loin ce début de conversation. Bisous à toi. »

Puis, je finis à prendre mon parti. Que ce soit des prises de contact comme celle, toute maladroite, d’un certain Soleil 1999 ou encore celle, stéréotypée, d’un dénommé Gabriel XX, le résultat était le même : je tournais en rond. Je ne souhaitais ni être celle qui « Les yeux bandés, agenouillée, les mains dans le dos, soumise au désir d’un homme dominant, craintive mais excitée, s’abandonnerait au plaisir » pour démarquer une invite j’avais reçue au moins quinze fois, ni celle qui contenterait un homme comme l’indiquaient souvent les letrtes gracieuses que je recevais : « Mes mains caressent ton visage, mes doigts ouvrent ta bouche, j'approche mon pénis et l'introduis lentement, cm par cm, jusqu'au fond de ta gorge. Tes lèvres collées à mon ventre, ma queue bande dans ta bouche et je commence un va-et-vient, comme si je baisais ta chatte… »

Un peu lassée, je me tournai tout d’abord vers le chat où je me mis à discourir comme les autres…On avait tous des pseudos, bien sûr, et on se parlait. Oui, bien sûr  de l’extérieur, ce type de dialogues paraît assez hallucinant. Mais moi, ça me plaisait de ne pas trop savoir qui se cachait derrière tel ou tel pseudonyme, qui cachait son agressivité, qui la mettait en avant et de tenter bien sûr, d’en savoir plus. J’avais toujours vécu dans la réalité, moi, d’abord dans une famille sarthoise qui avait des principes stricts de morale et d’éducation et ensuite mariée à un médecin spécialiste austère et rigide. Naviguer dans les eaux peu tranquilles de l’irréalité me séduisait. J’étais Antonella 99 et sur ce salon virtuel, je devenais une sorte d’entité…