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Luen,l'homme virtuel(3). Sabrina, cadre en quête de sensations fortes, rencontre Luen sur un site spécialisé. Je fus hésitante un moment et pensai à résilier mon abonnement au site quand je reçus une lettre de Luen. Il s’y présentait comme un amateur de plaisir et avait aimé mon profil qui sortait de la vulgarité ambiante. N’ayant pas gardé son premier message, je ne peux malheureusement pas, en restituer le contenu. Je dus le trouver intéressant car je répondis. Quoi exactement ? Là, non plus, je n’ai pas de trace.

Par contre, de sa nouvelle prise de contact, j’ai pris bonne note et la voici :

«Bonjour Antonella 99, je me permets de vous contacter en ce si beau salon littéraire ou l'on cause  et où la finesse de l'échange s'allie à la profondeur de la pensée.  Nous avons brièvement échangé : sachez que j’en suis heureux. Toutefois, je  ne vous dérange pas longtemps  car je suis persuadé que vous être fort occupée au milieu de cette cohorte d'hommes en rut qui va se jeter sur vous dès que vous leur adresserez quelques lignes…Juste pour vous dire que votre recherche même non annoncée est bien légitime et qu'aucun plaisir n'est inavouable bien évidemment. J'ai aimé cette poésie et ce mystère que vous affichez : denrées rares par ici.  Prendre plaisir et surtout ne pas se prendre au sérieux dans le cheminement de ce site! Respect et bonne humeur, j'y souscris des deux mains! Cela changera de tous ces demandes contrites de soumission et d'étalage de pseudo philosophie de domination : de l'air, de la gaité, de l'insouciance, du naturel.

J'aime découvrir les autres à travers les échanges et la sensualité.   Se laisser aller, à dire, parler sans retenue...entièrement, librement et sans jugement. S'en remettre. Se donner en confiance. Difficile recherche.

Voilà désolé de la banalité de mon propos mais votre profil si bien écrit a suscité ma curiosité.
Je suppose que vous allez demeurer mutique - un grand classique par ici  - mais je vous dis quand même : au plaisir de vous lire !

Luen »

Cette lettre me subjugua. Je répondis que je souhaitais en savoir plus mais ne donnai sur moi pas grand renseignement. Je fis comprendre que j’étais néophyte.

Luen me répondit de nouveau :

«Bonjour Antonella,

Merci donc d'avoir pris le temps de me répondre; j'imagine en effet que si votre boite aux lettres est remplie d'envois de toute sorte cela doit être long et fastidieux d'en faire le tri et plus encore d'y répondre. Mais,  il est vrai que les hommes sont beaucoup moins sollicités et que donc leur activité épistolaire est moins prégnante.

Bref,je ne viens ici que pour découvrir, comprendre à travers l'échange mes propres motivations. L'aspect D/S est quelque chose qui m'attire même si ma pratique n'a pas été plus loin que quelques jeux érotiques.J’ai  envie d'en savoir plus, d'aller plus loin.Voilà pourquoi je me suis permis de m'adresser à vous.

Si vous me le permettez je vous recontacterai, ce n'est pas facile pour moi de monologuer comme cela.

Bien à vous.

Luen »

Comme la précédente, la réponse de Luen me plut. Je la trouvai délicate, pleine de prévenances. Comme un message suivant m’apprit qu’il affectionnait assez quand il avait le temps un salon avec webcam où je ne m’étais pas encore aventurée, je maintins mon abonnement et me décidai à franchir le pas. Je fus décontenancée que prévu par ce qui se passait sur ce salon et les visages que je pus y voir me rassurèrent plus qu’ils ne m’inquiétèrent. Je fus polie et discrète, consciente qu’il fallait du temps pour se faire accepter. Secrètement, je l’attendis. Et, comme pour me plaire, il vint.

Je sais que vous allez sourire ! Allons, un tel était d’esprit sur un salon virtuel où l’on parle de punitions et de récompenses, où l’on énumère les moyens de punir (martinet, petit fouet…) et ceux de faire jouir l’autre le plus vite et bien, où l’on se pare quand on est une femme, pour mieux se dévoiler !

Et bien, oui, je fus paradoxale.

Je vis son beau visage en cam et le trouvai distingué bien qu’un peu las. Je le lus à défaut de l’entendre parler. Il était en connivence avec un petit groupe de personnes avec qui il plaisantait beaucoup et pour les autres, il était courtois. Il apparaissait dans la rangée du haut comme le font les Dominants tandis que, lors de mes furtives apparitions, je me tenais sagement en bas et dans un petit coin. Il avait de l’aisance alors que j’étais maladroite. L’idée qu’il avait menti en disant qu’il avait peu de connaissances dans le domaine de la Domination et de la soumission m’effleura bien mais j’étais dans un processus de séduction et je ne voyais pas de danger à ce que Luen eût modifié la réalité.

Nous étant vus un petit moment sur ce salon où je demeurais encore stupéfaite de l’aisance des femmes à se mettre partiellement ou totalement nues et de la facilité des hommes à obtenir ce qu’ils voulaient, Luen et moi nous sentîmes en confiance. Il m’expliqua qu’il habitait Marseille, ce qui me fit bondir de joie et qu’il voulait en savoir plus sur moi. Je vis une preuve de son sérieux dans le fait qu’il me parlât régulièrement sur le salon et sur une messagerie privée sans chercher à obtenir de moi un quelconque assentiment à des jeux qui nous auraient impliqués. Nous parlions bien sûr du BDSM et il avoua tardivement y avoir une certaine science. Il était sélectif cependant et pas dans la situation de certains membres du site qui se contentaient de la première venue. Non, lui, il prenait son temps. Il m’appréciait et aimait me parler. Je lui avouai bien sûr qu’il en était de même pour moi.

Vint bien entendu la première rencontre, dans un studio qu’un « ami » lui avait prêté dans le quartier du Prado. Luen me fit mettre nue d’emblée et aucun de ces ordres ne fut négligé. Il me pénétra une première fois alors que j’étais à quatre pattes et me tira légèrement les cheveux en allant et venant en moi. Je le laissai se répandre librement en moi et en éprouvai une grande satisfaction. J’étais honorée. Il me fit jouer encore puis me sodomisa. Il avait un membre fin et dur, très endurant, redoutable dans son opiniâtre quête de la jouissance. Il me fit tout de suite comprendre que c’est à lui que j’étais assujettie et de fait, quand je le vis, je demeurai souvent à genoux, les mains dans le dos, le regardant me parler nu, sa queue à hauteur de ma bouche.

Luen fut très autoritaire et direct.

Il me domina totalement sur le plan sexuel et très vite le voir, le servir et coucher avec lui, au terme de longs jeux d’humiliation, fut ma prérogative.

Je m’étonne aujourd’hui d’avoir à écrire cela mais je fus pour la première fois de ma vie totalement dépendante d’un être et surtout de sa demande sexuelle.

Je ne veux pas du tout décrire ici les séances que Luen mit en place pour moi ni quels enjeux s’y trouvèrent placés. Il y a sur ces sujets beaucoup de littérature déjà et même si celle-ci ne présente pas que des chefs d’œuvre, elle peut être précise et instructive. Donc, je ne saurais concurrencer les habiles descriptifs déjà établis…

Sachez que Luen me séduisit avec une grande rapidité et que je garde une intense nostalgie de ces face à face avec lui, de ces corps à corps…

Les larmes, le sperme, mes sécrétions, mes mains, ma langue, ses doigts et sa queue longue et dure…

Que de souvenirs !

Mais quelle fin !

Pour des raisons que j’ignore, Luen ne vint pas à un rendez-vous qu’il m’avait donné et me laissa l’attendre. Je lui téléphonai et appris de lui qu’il était « dubitatif ». Il avait de l’expérience, pas moi et il craignait de m’abimer en passant à des étapes supérieures de mon « éducation ». J’avoue que je ne le compris pas quand il me parla mais je le suppliai de ne pas rompre, ce qui mit le débat non sur une relation Maitre / soumise mais sur un lien amant/ maitresse. Cette dérive dut lui déplaire. Il disparut.

Oui, vous avez bien lui, il disparut. Plus personne dans le studio dont je n’avais pas la clé, ni au téléphone, ni sur internet. Marseille est grand…

Quant à interroger les membres du salon, je m’abaissai à le faire et l’on me renseigna : il ne venait plus pour l’instant. On le disait parti pour plusieurs mois aux Etats-Unis. Il m’avait dit aimer ce pays et je l’avais senti assez aisé financièrement. Ce n’était pas impossible.

Vous serez étonné que je n’aie pas grand-chose de concret à dire sur lui. Je savais juste qu’il était divorcé, avait un fils d’une vingtaine d’années et avait hérité de sa famille d’un complexe hôtelier qui lui rapportait de l’argent.

Rien de plus.

Je demeurai comme anesthésiée pendant quelques mois durant mais je terminai ma formation et quittai Nice.

Aujourd’hui, je suis sophrologue et vis à Aix en Provence.J’ai un compagnon qui ne vis pas avec moi mais que j’aime beaucoup.

Il ne me séduit pas.Luen me séduisait.

Qu’est ce qui est le mieux ?

La réponse n’est pas simple mais elle existe. Cependant,je ne la donnerai pas.

 

Ecrit de France-Elle.