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NOVEMBRE :

Depuis quelques temps, l’appartement d’en face est occupé alors qu’il était vide depuis mon emménagement. La fenêtre de mon salon donne directement sur  celui d’en face. J’ai vu deux ou trois fois des silhouettes aller et venir ; de toute évidence, il s’agit d’un jeune couple. Ils ont dans mes âges. Lui, est un assez beau mec, grand, bien fait, le genre sportif. Il est certainement narcissique car je le trouve très bien habillé, bien coiffé, rasé de près et ainsi de suite : bref le genre de type qui sort d’un magazine et qui me renvoie à mes vieux pulls informes et à mes jeans éternels. Elle, par contre, est une jolie blonde naturelle, vêtue avec élégance mais discrétion. Elle est maquillée, joliment coiffée mais sans cet apprêt qu’il a, lui. Ils ont l’air d’être amoureux. Ils vont bien ensemble, en tout cas.

Pendant plusieurs semaines, je les vois quand je jette un œil par la fenêtre. Quand nos regards se croisent, on se salue. Rien de plus. Puis, un soir, ça change. Alors que je lis tranquillement allongé sur mon lit, je sens que quelque chose se passe et me lève pour regarder à l’extérieur. Mon regard est attiré par une ombre. La fenêtre de l’appartement d’en face est fermée mais le rideau est tiré. Se tenant droite, les mains le long du corps, la jeune fille regarde dans ma direction et de toute évidence, attend. Je ne la connais pas, je ne l’ai même pas croisée dans le hall d’entrée. Je me souviens juste d’avoir vu deux noms de famille sur la boîte aux lettres et d’avoir cherché lequel pouvait être le sien. Entre Sabatier et Rivelli, j’ai choisi le second patronyme car il sonne bien. Evidemment, j’ai déjà été marqué par sa beauté discrète mais comme ça, sans y accorder d’importance. Ou plutôt si, parce qu’elle est blonde, cette fille et que Solveig l’était aussi, quoiqu’avec une teinte de cheveux bien plus claire et pas la même coupe non plus, mais bon…

Je mets du temps à comprendre que si la fille est là, c’est qu’elle veut attirer mon attention. Je ne percute pas vite car, jusqu’à maintenant, je ne l’ai jamais vue sans lui. Il semble qu’ils soient sans cesse ensemble, le soir. Un vrai binôme…Mais là, de toute évidence, elle est seule. Et déterminée à communiquer avec moi…Elle me regarde encore et encore.

La pièce dans laquelle elle se trouve est plongée dans pénombre relative, à cause des éclairages indirects mais je devine les épaules, la taille, les hanches et les seins de la belle inconnue. Je me rapproche de la fenêtre pour essayer d’en voir un peu plus. Sous l’étoffe d’une ample tunique blanche, la poitrine est ronde, généreuse et très perceptible. Comme elle recule légèrement, je la vois en pied : elle ne porte en fait que cette tunique. Je devine donc la cambrure de son dos, une chute de rein appréciable et des fesses bien galbées. Cette vision d’un corps jeune et radieux m’excite d’autant plus que la jolie voisine est tout à la fois proche et inaccessible.

Nous nous contemplons longuement et de toute évidence, je sens, de sa part une invite informelle mais forte. Je ne peux m’empêcher de te faire un petit signe de la main, entre le salut formel et la promesse de rendez-vous. Je vois alors la jeune fille s’écarter de la fenêtre et éteindre les lumières pour disparaître. Me sentant stupide et surtout frustré, je guette longuement un retour de sa part. En vain.

Le lendemain vers 10 heures, je descends chercher mon courrier. On est samedi et une éreintante semaine s’achève.  En ouvrant ma boite, Je trouve au milieu d’une pile de factures, une jolie enveloppe mauve avec une adresse manuscrite : la mienne. Mon nom est bien présent : Nicolas Weber. Elle m’a écrit, la jeune fille. Elle dit : « Ce soir, de nouveau ». Elle indique son nom et non seulement son prénom. Julia Rivelli. Ah, je ne me suis pas trompée pour le nom de famille et le prénom est parfait. Un vrai plaisir. Je rejoins un copain informaticien amateur d’échec et nous jouons. Enfin moi, je joue avec conviction car lui semble plus motivé par les bières et la conversation. Il a des problèmes avec sa petite amie et me le dit encore et encore. C’est une après-midi un peu bizarre mais ce gars est sympa. Ce n’est pas à négliger ! Le soir, je file m’acheter une pizza aux anchois et regarde un DVD tout en jetant un œil sur la fenêtre du salon d’en face. A peu près à la même heure, c'est-à-dire, vers vingt-deux heures, je vois apparaître la silhouette de Julia et je retiens mon souffle. En effet, elle est nue, ma belle voisine et son corps est ravissant. Nous nous contemplons et commençons à sourire. Je m’exprime par signe et refuse de trouver cela ridicule. De fait, Julie a l’air content. Elle se tourne et se retourne, va régler l’éclairage pour que son corps soit très visible, lève les bras, renverse la tête en arrière et secoue agréablement son buste pour montrer ses beaux seins. Je me gorge de cette vision jusqu’à ce qu’elle y mette un terme. Quand elle disparaît, je suis radieux et totalement excité. Je suis seul pendant la nuit à plusieurs reprises et au matin, je suis fatigué mais très joyeux.

Les soirs suivants, je connais des heurts et des malheurs. En effet, le compagnon ou fiancé a fait une réapparition et je ne fais qu’entrapercevoir Julie. Cela me semble interminable. Enfin, vient une autre enveloppe mauve et une autre promesse pour le soir même. De nouveau, vers vingt-deux heures, je la vois apparaître, superbe et nue, ses cheveux blonds couvrant ses épaules. Elle se place face à moi et son corps ondule lentement, tandis que  ses mains caressent lentement sur sa poitrine puis descendent sur ton ventre. Son corps est vraiment parfait. Ses seins ronds me font envie. Ses mains caressent maintenant son sexe. Elle semble prendre beaucoup de plaisir à le faire et, de fait, moi aussi car, me déshabillant, je passe ma main sur mon sexe, en éprouve la dureté et me mets à le presser doucement pour le garder en tension. Nous nous masturbons ainsi jusqu’à atteindre chacun notre plaisir, sans que rien ne vienne freiner notre ardeur. Je me rends compte qu’elle met en place un rituel du plaisir qui m’étourdit et me rend dépendant d’elle mais à aucun moment, il ne me vient à l’idée que cela puisse être bizarre ou pervers. Je me fiche de son copain qui a la bonne idée de ne pas être là. Je me dis que je plais à cette fille, qu’elle me juge sensuel et que pour le moment, nous nous rejoignons ensemble dans le plaisir. Ce soir-là, nous jouissons presque ensemble. Puis, la jeune fille se glisse dans l’ombre et je retourne à ma solitude ; je la trouve heureuse et m’endors serein.

Les semaines suivantes sont pleines d’enveloppes mauves. Les rendez-vous se succèdent. Nous jouissons face à face, sans nous atteindre et sans nous rejoindre.

C’est beau mais le temps passant, je veux vraiment me rapprocher de Julia. Du reste, son compagnon semble s’être volatilisé. Voilà un événement qui me rassure.

Comme rien ne bouge cependant, je décide d’écrire à la belle jeune fille. Je lui demande de porter, le soir de notre rencontre, une jupe noire et un chemisier blanc qui laissera deviner la naissance des seins. Il n’y aura pas de soutien-gorge et ceux-ci pointeront avec effronterie. Il faudra que Julia ait un sourire plein de malice et un léger parfum enivrant. Le rendez-vous pourra être placé à minuit, heure plus romantique que les traditionnels vingt-deux heures trente. Je viendrai chez elle car ce sera plus inattendu et je la prendrai avec raffinement. La porte devra être laissée entrouverte de façon à ce que puisse rentrer appartement et la découvrir allongée, nue, sur son lit. En me voyant, elle se lèvera, allumera une bougie, éteindra la lumière et se rapprochera de moi. La lumière de la bougie se reflètera sur son corps. Je sentirai alors monter en moi le désir. Elle se lèvera, et me 
déshabillera. En un instant je me retrouverai nu et  ne pourrai plus cacher mon excitation. Je sentirai l’odeur de ton sexe. Tes seins seront durs. Elle se mettra contre moi et posera sa main sur mon sexe. Doucement elle s’agenouillera et commencera à lécher mon membre. La chaleur de ta bouche fera monter un moi un frisson de plaisir et nous ferons très vite l’amour. Après une première fois, très intense, nous reprendrons nos jeux érotiques. Je lécherai longuement ma belle compagne, je l’honorerai. Nous connaîtrons une vraie fête.

Je mets du temps à écrire cette lettre et la place dans une enveloppe mandarine avec le nom de la jeune fille à l’encre violette. Quand je place le tout dans la boite aux lettres, je suis bien conscient que tout cela est un peu bébête mais n’ai aucune inquiétude.

Nous sommes le 30 novembre.

 

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DECEMBRE :

L’appartement d’en face est fermé. Je n’ai aucune réponse. Je rêve beaucoup et même éveillé et je rédige même des textes. En voici un.

« Soudain tu t’arrêtes, me prends par la main et m’entraînes vers ton lit. Tu t’allonges la première et m’attires sur toi. Ta peau est humide. Tu me permets enfin de plonger dans ta poitrine. Ma langue parcourt ta poitrine et descend jusqu’à ton sexe. J’enfonce ma langue dans ton sexe chaud et mouillé. Tu gémis. Ton bassin ondule au rythme de ma langue. Ton souffle se fait plus fort.

Tes bras attrapent mes épaules, tu me tires vers toi. Naturellement mon sexe pénètre le tien. Mon premier coup de reins te fait tressaillir. Ta bouche se resserre légèrement. Tes mains s’agrippent à mes fesses. Tu accélères le rythme. Tes gémissements se font plus forts. Mes mains sont sur tes seins. Tu ne peux te retenir de pousser un petit cri. Je sens que je ne vais plus pouvoir me retenir longtemps. Je veux te faire jouir. 
Je te relève légèrement les jambes et passe mes mains sous ton bassin. Mes coups de reins se font plus forts. Tes gémissements m’indiquent que tu n’es pas loin du plaisir ultime. Dans un dernier effort je vois ton visage se crisper. Ton corps est secoué par de petits tremblements. Tu serres tes bras autour de mon corps. Au même instant je sens mon sperme jaillir en toi. Tu fermes les yeux et m’embrasses. Je peux enfin découvrir le goût de tes lèvres… »

Il y a beaucoup de textes comme ça. Je les écris et m’excite. Je jouis seul assez vite et souvent.

L’appartement reste fermé. Je ne sais où sont passés Julia et son ami ; je ne sais même pas si elle a eu mon invitation. Je me sens un peu stupide et repense à Solveig. Quand les fêtes approchent, je vais en Alsace.

 

 JANVIER :

Je suis rentré. L’appartement est ouvert. Il y a un camion de déménagement, enfin, plutôt une camionnette. Le beau garçon est là, avec des copains à lui. Elle, je ne la vois pas.

Enfin, le dernier jour où ils ont tout enlevé, je la vois sur le trottoir. Elle porte une veste d’hiver très élégante et un pantalon en lainage. Elle est joliment maquillée et coiffée et je la vois sourire aux uns et aux autres. Ils sont tous là, leurs amis. Comme je m’approche d’eux pour prendre ma voiture, je croise son regard. Il est absolument impersonnel, le regard qu’on lance à un inconnu sur un quai de gare ou dans un bus. Je n’y vois rien qu’une indifférence dénuée du moindre mépris. Je passe devant elle et pars à mon travail.

Je tremble un peu au volant.

Le temps passe ensuite et je repense à mon amoureuse danoise. L’autre, Julia Revelli, je ne sais même pas si je l’ai rencontrée…