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Samuel est un compagnon épisodique ; Deux, trois fois par an, il appelle Julien pour aller en Belgique et le reste du temps, il fait cavalier seul. Beaucoup plus âgé que les autres, il a perdu toute jeunesse et toute prestance physique. Déterminé, il est aussi pragmatique. Il affirme : «Dans une relation, faut faire des concessions, si je n’étais pas allé avec des prostituées, mon ménage n’aurait pas duré : ma femme n’accepte pas tout, j’y vais trois fois par semaine et je passe ça en notes de frais. Je vous assure :on passe dans des coins où il y a des flopées de nanas. Elles sont bien arrangées, jolies, elles ont des belles poitrines et hop ! » Julien n'aime pas vraiment Samuel car il le soupçonne, à juste titre, d'être violent. Or, si Axel, Paolo, Clément et lui-même ne sont pas des saints, ils ne maltraitent pas. Bien sûr, leur langage, quand ils évoquent les prostituées, n'est pas expressément poétique. Mais il y a une marge ! Un soir que Samuel dînait avec eux, il s'est mis à parler à tort à travers et a déclaré : «  On va tous voir des putes, hein, mais on est différents et c'est normal ! Il n’y a pas de client type  puisqu’il y a tous les âges, tous les milieux sociaux et toutes les personnalités. Mais là où ça se complique, c'est qu'on entre dans deux catégories. Vous, vous êtes dans celle des pas méchants. Vous êtes bien polis avant, pas brutaux pendant et vous vous en allez vite ensuite sans un mot, méprisant et un peu honteux. Et il y l'autre catégorie : celle des violents. Vous savez, ceux qui semblent prendre leur pied à faire mal, à brutaliser, à malaxer la poitrine sans ménagement. Devant la gêne des autres, il a fanfaronné : Quoi ? Il y a les femmes et les « filles" ! T’es une femme, je te respecte, mais je ne peux pas te coller contre le mur comme ça ! Avec une pute tu peux faire ça et hop ! Par rapport à tes moyens tu peux faire ce que tu veux ! C’est un service sexuel, tu paies. Il y a un échange équitable ! Pourquoi se priver ? Pourquoi se poser des questions ? D’ailleurs quand tu manges de la viande, tu pourrais aussi te poser des questions qu’on tue un animal ? Pas d'accord, les gars ? "Devant ce discours, tous sont restés circonspects. Comment dire à cet homme qu'ils ne se sentent pas du même bord que lui ? Surtout quand il est si railleur et si sûr de lui ? De fait, ils l'emmènent de temps en temps à Anvers et se montrent ravis qu'il aille voir ailleurs.

Au fond, ils se disent qu'un jour, ils ont payé une femme pour une relation sexuelle, par curiosité ou solitude, parce qu’ils étaient puceaux, ou bien un pari entre copains, une sortie bien arrosée entre potes, après « on rigole ».Ils doivent bien s'avouer qu' ils n’ont pas été très satisfaits. Malgré la frustration, malgré la honte, ils ont vite compris qu'ils avaient quatre chances sur cinq de recommencer. Pourquoi ? Parce que « l’interdit c’est excitant, c’est tabou ! Il y a le mystère de la prostituée aussi. Et puis elles sont là pour ça. Tout jeune, ils y sont retournés car ça devenait comme une drogue  et ensuite, ils ne se sont pas débarrassés de cette addiction. Au fond, qu'ils aient été mariés ou s'apprêtent à le devenir, qu'ils aient ou non des enfants, ils ont tous cette attraction en commun, et aussi, le même système de défense. Ils se diront : « C’est mieux que d’avoir une maîtresse qui peut causer plein de problèmes » ou encore : « On a des fantasmes, qu’on peut avoir avec une pute, mais pas avec sa femme ! ». Ils affirmeront : « Là, c’est rapide, avec une femme. Faut l’inviter au restaurant, lui offrir des cadeaux etc. Quand même, ça coûte ! D’ailleurs 95 % des relations avec les femmes c’est basé sur l’argent ! » . Et ils renchériront : « les media montrent qu’avec de l’argent on peut s’envoyer qui on veut. Le sexe est un bien de consommation comme un autre, un objet comme un autre, tout dépend de son pouvoir d’achat ! » A Lille, Julien De Lannoy continue de tenir sa brasserie. Il emmène régulièrement Lise en baie de Somme et tous deux font du vélo. Quand il en a envie, il file en Belgique et claque pas mal d'argent. Dans les bars à champagne qu'il aime bien, il lui arrive de payer trois cents euros la bouteille mais il s'en fout. Contrairement à d'autres, qui ont du mal avec le relationnel, il n'a pas l’illusion de rencontrer des femmes « normales », et de nouer un semblant de relation avec elles. De toute façon, ensuite, il monte avec elle et débourse cent cinquante euros pour trente à quarante-cinq minutes. Il se confie, drague mais n'est pas dupe. Ces relations sont factices et les filles sont de bonnes actrices ! »

Sa vie lui plait. Il est jeune, très séduisant. Ses amis sont identiques à lui. Il n'y aucune raison de se mettre en cause...

 

Écrit de France