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Je viens de lire cette définition du terme « bondage » et je vous la livre :

« Le bondage est une pratique sadomasochiste qui consiste à attacher son partenaire lors de relations érotiques ou sexuelle ».

C’est un mot d’origine anglaise et c’est cette fois rien moins qu’un chercheur du CRNS qui en propose diverses traductions. Il en répertorie dix-sept mais je vous ferai grâce de la liste. Je tiens cependant à souligner la présence de termes tels « esclavage », « dépendance », « servitude », « captivité », « emprisonnement » et « chaînes ».

Que ces mots n’aient aucune résonnance positive chez bon nombre de personnes, c’est de l’ordre de l’évidence. Elles iront s’imaginer qu’on maltraite qui ne sait pas se défendre et qu’on la renvoie ainsi à ces périodes inhumaines où des êtres humains en considéraient d’autres comme du bétail.

Je suis habituée à ces considérations et ne leur accorde que le peu de crédit qu’elles méritent. Elles émanent de gens qui se disent normaux et n’ont de la relation à l’autre et de la sexualité que des images stéréotypées. Contre cela, il n’y rien à faire.

Pour moi, tout est différent et du reste,  pourquoi n’aurais-je pas le droit de penser comme je le fais ?

Non, toute pratique sadomasochiste basée sur l’emprisonnement et la captation n’est pas répréhensible pour qui sait voir ce qu’elle a de merveilleux pour le « tortionnaire »  comme pour la « victime ».

Je sais cela depuis longtemps.

Depuis tout le temps, en fait…

Enfant, dans la lointaine Lisieux de mes jeunes années, entre Michèle, mon élégante et déterminée mère au luxe bohème et Francis, mon père autoritaire et homme de décision, tout a dû commencer. Après tout, je ne suis pas si différent de bien des autres qui ont eu la même éducation bourgeoise que moi, le même accès à la culture et en même temps, le même bouillonnement intérieur sous une apparence très polie.

Je ne vais pas flagorner mais je ne vais pas non plus mentir : les supplices m’attiraient. Oh, je peux vous citer de bonnes références qui ont, comme moi, vécu très tôt les étranges vertiges causés par la contemplation de certaines images.

Commençons par Sacher- Masoch qui n’a pas hésité à déclarer :

« Déjà, enfant, j’avais, pour le genre cruel, une préférence marquée, accompagnée de frissons mystérieux et de volupté…Je dévorais les légendes des saints et la lecture des tourments endurés par les martyrs me jetait dans un état fiévreux… »

On ne pourra pas dire que je ne commence pas par une référence et je peux d’ailleurs poursuivre par d’autres. Je me souviens d’avoir trouvé chez Michel Foucault des références à des supplices dont la contemplation provoquait autant d’émoi que d’horreur. Ne cite-t’il pas le supplicié François Billiard qui, condamné au supplice, se poudra, se fit friser et s’offrit une paire d’escarpins neufs avant de marcher vers sa punition ? Il précise aussi que durant celle-ci, le coupable qu’il était remarqua que l’écriteau qu’il portait sur sa poitrine s’était dérangé et qu’il en rectifia lui-même la position, afin de donner de lui-même un meilleur spectacle…

Et Théodor Reik aussi, abordant l’extase des premiers chrétiens, n’a-t-il pas montré que l’autopunition a pu être le moyen d’augmenter une souffrance physique débouchant sur l’extase ? On sait que l’Eglise a été amenée à défendre des pratiques expiatoires trop sévères parce qu’elles aboutissaient fréquemment à la satisfaction sexuelle…Mais je vais arrêter là mes digressions sous peine de transformer ma réflexion en catalogue.

J’étais jeune, nous étions à Lisieux. A la fin des années cinquante, il ne suffisait pas d’être libre penseur pour assumer dans une ville de province à la mentalité étriquée une indépendance de vie et d’esprit qui aurait pu compromettre la belle carrière de mon père et les fêtes organisées par ma mère. Qu’ils le veuillent ou non, ils devaient composer avec la bourgeoisie locale, dont ils avaient besoin et de ce fait, j’ai reçu une éducation catholique dont je me souviens qu’elle a eu sur moi des effets surprenants et contradictoires. Je n’ai jamais « cru à rien » et le ciel est demeuré peuplé. Si ce n’est, évidemment, que ce sont plus les mêmes créatures qui le peuplent mais là, j’ironise. Je crois que nous allions dans les églises et que nous nous rendions même souvent dans la basilique où régnait cette Thérèse si souvent représentée comme une enfant radieuse ou une religieuse souffrant en silence…Le martyr.

J’ai gardé des impressions violentes de cette période-là : comment le contraire serait-il possible ? Moi aussi, je connaissais ces vies de saints vite interrompues, ces supplices et ces morts terribles. Les religieux qui m’enseignaient faisaient grand cas du courage dans la mort de ces jeunes hommes et femmes aux visages exaltés. Eux, ne parlaient pas du plaisir dans le supplice mais de l’accomplissement de la Parole de Dieu, du voyage vers un autre monde et du peu d’importance de la vie terrestre quand on a la certitude d’entrer en Paradis.

Certainement, ces idées- là ont dû me plaire et j’ai d’ailleurs toujours une grande estime pour les religieux de Lisieux qui ont fait mon éducation première. Jamais, je n’ai cherché à ternir leur image. Mais il est clair que j’ai pris d’autres orientations…