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Ville italienne

Souvenirs

  

J’ai lu que certaines personnes, qui vivaient à Florence pendant longtemps ou y venaient pour faire du tourisme avaient du mal à en partir ; elles ressentaient un malaise violent pouvant les conduire à un comportement dépressif et, plus souvent que de mesure, au suicide. Je n’ai pas pris cette information dans un vague magazine mais dans l’ouvrage très sérieux d’un psychanalyste et en arrivant par avion, je pensais à cela tandis que me revenaient en mémoire les splendeurs que j’allais revoir. Je sortis sans difficulté aucune de l’aéroport et allai chercher ma voiture de location. Il faisait extrêmement chaud et j’avais hâte de me retrouver dans l’ambiance climatisée du bel hôtel où j’avais réservé une chambre avec vue sur l’Arno. Quand j’y parvins, je me douchai longuement puis me plongeai dans un guide touristique ; j’y lus ce que je savais déjà.

« Florence est Étape incontournable de tout voyage en Toscane, Florence incarne à elle seule la Renaissance italienne, grâce à sa richesse architecturale et à ses musées uniques au monde. Agréable et fascinante, Florence conserve aujourd'hui encore l'aspect architectural de la cité qui, dès la fin du Moyen Âge, fut le phare politique et culturel de l'Europe. Même s'il s'agit d'une des villes italiennes les plus submergées par le tourisme de masse, son patrimoine artistique en fait un lieu unique au monde, où la concentration de musées et de chefs-d'œuvre dépasse l'imagination.

Si Rome donne l'impression de retracer un voyage à travers l'histoire, Florence illustre surtout la période de la Renaissance, les essaims de Vespa et de Fiat mis à part. Vous n'aurez pas à user vos semelles car les principaux monuments se concentrent dans un périmètre restreint. La Piazza della Signoria, le Duomo et les chefs-d'œuvre du musée des Offices se tiennent sur la même rive de l'Arno. Si la curiosité vous pousse à franchir le fleuve, le Ponte Vecchio vous conduira vers d'autres trésors encore.

Etc, etc ».

Je ne vais vous faire les honneurs du guide tout entier.

Ce que je veux dire c’est qu’à peine arrivé, je fus happé par une beauté si puissante et si parfaite que tout le reste devint secondaire. Je gagnai mon bel hôtel dont le hall raffiné évoquait par ses fresques l’univers des Princes de la Renaissance qui avaient marqué la ville de leur sceau. Ma chambre, tendue de brun, était d’un raffinement exquis avec ce mélange de négligé et d’ordonnance que je n’ai vu, je crois, qu’en Italie. Le lit avait de hauts montants de bois tourné, il y avait bien six miroirs dans la pièce et bien plus de reproductions de tableaux. On avait disposé pour me souhaiter la bienvenue une coupe de fruits de saison près d’un grand bouquet de fleurs fraiches et j’admirai qu’on eût posé sur mon bureau de petites statuts d’amours joufflus. Tout était là d’un luxe discret et d’un goût sûr et il me plaisait de savoir qu’en écartant les rideaux de la fenêtre, je verrai l’Arno et les altières maisons qui le bordaient.

Je me prélassai, content d’être là. J’irais le soir même retrouver Charlotte et Gian Paolo Riversi, des amis de longue date que je retrouvais régulièrement en Italie. On mangerait une de leurs excellentes glaces et on se mettrait d’accord sur notre emploi du temps. Bien que vivants en Italie, ils étaient milanais, lui d’origine, elle d’adoption. Il parlait un merveilleux français dont le phrasé me surprenait toujours. Il y a si longtemps que je les connaissais !

Je m’assoupis presque puis, me secouant, je pris une douche et commençai à marcher dans la ville. Je dînai seul d’une viande et de légumes, accompagné d’un verre d’un délicieux cru italien puis je les retrouvais. Il était, lui, de haute taille, d’une minceur confinant à la maigreur et d’une élégance sans faille. Elle était son opposé physique : ronde et assez petite, rieuse quand il était sévère et volubile quand il choisissait ses mots.

Place de la Seigneurie, dans ce décor à la fois fantomatique et écrasant que la nuit rendait plus somptueux encore, nous nous sentîmes gais et si vivants. Demain, nous irions aux Offices et nous retrouverions cette « Naissance de Vénus » qui avait hanté mes nuits de jeune homme mais aussi les Dürer, les Raphael, les Andrea del Sarto et les Veronese. Il y aurait aussi les Bellini, les Titien, les Rembrandt et les Perugino. Et bien sûr, je reverrais les tableaux de Vinci.

Tout ce qui était moi ne fut ce soir- là que préoccupé par cette nouvelle visite. Gian Paolo avait ses salles de prédilection et disait en riant qu’il risquait de s’y attarder et de laisser poursuivre notre route. Charlotte se montrait faussement offusquée que je n’eusse pas mentionnée les Michel Ange ! Il fallait tout de même être amnésique…Je souris à cette remarque et lui rétorquai qu’elle aussi avait oublié bien du monde dans sa liste : Bellini, Giorgione, Pontormo…Et ainsi de suite.

La soirée était merveilleuse. Je regardai au milieu d’une foule dense de touristes les florentins qui s’étaient glissé là. Ils venaient des sphères aisées de la société et adoptaient une délicieuse nonchalance. Leurs vêtements tout autant que leurs chaussures et leurs montres dénotaient tout un code de raffinement ;

Les hommes portaient des chemises blanches de belle qualité, des pantalons aux teintes claires et des chaussures de cuir fin, portés à même la peau. En robes discrètement luxueuses ou en jeans de marque agrémentés de merveilleuses blouses décolletées, les femmes affichaient ce type d’élégance que je n’ai vu qu’en Italie. Ces gens- là étaient beaux ou le devenaient par la magie de leurs poses et de leurs sourires.