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Tout en devisant avec mes amis, je m’amusais à les contempler. Le rouge à lèvres des femmes, leur décolleté savant et leurs escarpins allaient de pair avec le savant négligé des hommes qui connaissaient les belles matières. Et tout allait de pair ; les montres couteuses étaient discrètes au poignet, le cuir des escarpins et des mocassins étaient de très belle qualité et les parfums portés par eux souvent fleuris et bien estivaux.

Tout ce monde- là était beau…

Je rentrai à l’hôtel et lut mon guide de voyage jusqu’à une heure avancée. Anna m’avait demandé de lui dire comment s’était passé mon voyage : je ne lui dis rien. J’étais sûre qu’elle en serait blessée…

Le jour suivant, nous fîmes la queue pour les Offices comme on la fait pour le Louvre. Je vous épargne les détails de notre visite. Je sais qu’au bout de deux heures et demie – c’était le délai que nous nous étions accord – nous nous retrouvâmes. Gian Paolo me parla de Vinci avec ferveur. Charlotte parla de Raphaël et je m’en tins à Botticelli. Autour de nous, une foule dense faisait de même, échangeant des compte- rendus…

Le coup d’envoi de notre séjour était donné : je sus d’emblée que ce serait magnifique. Quelquefois, voyager avec un couple est déplaisant car il y a toujours un moment où il fait « bande à part » ; dans mon cas, je connaissais bien et l’autre. Il était difficile de ne pas trouver ces gens attentifs et délicats. Je crois qu’ils auraient préféré que j’aie retrouvé une femme et je les comprenais puisqu’au temps de mon mariage, nous avions voyagé à quatre…

Comme ils voyaient bien que ce temps béni ne reviendrait pas, ils faisaient contre mauvaise fortune bon cœur et ils s’accommodaient du célibataire que j’étais redevenu. Au fond, le contraste que nous formions les amusaient. Ils se disputaient peu et, en voyage, trouvaient stupide d’avoir des conflits pour des choses aussi simples que l’ordre de visite des musées où le temps passé à faire de la marche à pied sous un soleil parfois incommodant. Si l’un était perplexe ou mécontent, il le disait à l’autre et on parlait. Cette sagesse avait sur moi un effet apaisant. Vous aurez compris que je ne suis pas d’une nature simple et qu’il m’arrive de m’emporter ; Alors, la présence de ces deux voyageurs paisibles dans une ville aussi belle comme dans bien d’autres au fil des années avait été et était toujours un vrai bonheur.

Mais bref. Vous préférez sans doute savoir comment se déroula la semaine ? Ce fut très bien. Nous marchâmes encore et encore dans Florence avant de nous échapper sur les extérieurs. Gian Paolo fut préposé à la conduite d’une Fiat toute rouge, confortable et rutilante. Il y eut des arrêts dans cette campagne toscane qui donne au visiteur l’idée qu’il s’est peut être trompé d’époque et qu’au quinzième siècle, il aurait vu les mêmes collines bleutées, senti la même douceur de l’air sur sa peau et observé la même ligne sinueuse de cyprès conduisant, sans qu’on l’ait vu d’abord, vers une petite église solitaire ou une belle maison entourée d’un jardin de maitres…

Je me souviens encore de Charlotte s’achetant une petite sculpture d’ange et de mon ami relisant Pétrarque et me le citant en italien et en français.

Je me souviens de tant de choses de cette semaine toscane !