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Clive, encore très jeune, perd de vue une amie, et commence des études qu'il abandonne...

Nous sommes restés longtemps dehors cette nuit-là. On était vraiment très jeunes. L’année a filé. J’ai tenu bon et de moi, elle n’a obtenu rien d’autre que de « l’amitié ». Elle me l’a pourtant demandé à plusieurs reprises, de l’embrasser et de lui faire l’amour, enfin, elle n’a pas été si directe. J’ai été sot. Je ne pensais qu’à mes rencontres secrètes avec des partenaires plus âgés, ça me donnait de la force. Je n’avais pas l’impression de mentir mais bien plutôt celle de devenir celui que je devais être. J’irais dans une grande ville et je vivrais ce que j’avais à y vivre, en me moquant bien des qu’en dira-t-on d’une petite ville…

Au bout du compte, j’ai eu ma bourse pour une petite université du New Jersey. J’ai déménagé et bouffé de la vache maigre pendant plus d’un an. Quand j’ai trouvé à faire une formation d’éclairagiste de théâtre, j’ai saisi la balle au bond. Parce que ces danseurs sur scène, ces êtres issus d’un autre monde, je ne les avais jamais oubliés, jamais. Le danseur brun aux yeux verts qui interprétait Siegfried, la jolie femme qui dansait le cygne blanc et l’autre, la méchante, qui incarnait le cygne noir ( en fait, c’était la même)…Il me restait dans la tête. C’est à cause d’eux que j’ai planté là mes deux vieux, après une dispute homérique qui avait tenu en haleine la moitié du quartier et avait refusé d’eux la plus petite aide (ils avaient l’air de se raviser…) et à cause d’eux aussi que j’ai galéré dans le Bronx et le Queens pendant plusieurs années. Malgré moi, j’ai fini par lâcher.

Financièrement, être toujours dans des situations inconfortables, ça devient épuisant à la longue, pour tout étudiant qui n’arrive pas à joindre les deux bouts, je veux dire. J’ai donc fait une formation sur le tas et je suis devenu agent d’assurances. Personne ne rigole parce ce tout arrêter comme ça, ça m’a quand même bien esquinté pendant un moment.

Côté intimité, on va dire, j’ai arrêté avec les « mecs qui durent » parce que dans mon cas, j’avais l’art d’attirer les instables, les cogneurs et les numéros en tout genre. J’ai pris mes distances et au bout d’un moment, personne ne m’a plus rien dit, personne ne s’est intéressé à moi. Au final, c’était mieux.  A New York mais c’était moi qui en avais plus que marre. Le couple gay épanoui, ça doit exister mais franchement, je m’y prenais mal.

Quand Kristin Boyle m’a sauté dessus, j’ai dit oui. Elle avait pigé pour moi mais estimais que j’allais changer grâce aux bienfaits de la vie de famille. Eh bien, vous aurez du mal à le croire, mais elle ne s’est pas trompée : j’ai bel et bien changé. Evidemment, en fond de décor, je vois des hommes plus jeunes que moi (pas comme avant) et ça me plait beaucoup, mais je ne m’en vante pas en famille. On va dire que Kristin fait comme si elle n’était pas au courant. Elle changerait d’attitude si j’en rajoutais ou lui manquais de respect. Ce n’est pas le cas. A ma façon, je l’aime. On a un appartement plutôt sympathique, deux chats bagarreurs et surtout, on a Carolyn. C’est notre fille. Elle a quinze ans. Le sujet n’a jamais été abordé frontalement avec Kristin mais il est clair que pour ma fille considère que je suis « hétéro ». Elle aime bien nous mettre en boite, sa mère et moi, sur le fait qu’elle nous sait « encore insatiables malgré les années » et en ce sens, elle ne fait pas erreur. Seulement, je ne veux pas que la conversation dévie et qu’elle comprenne que j’ai des aventures masculines régulières et, disons, très sexuelles.