etreintes picasso

Séduire sur ordre, c'est surprenant et intriguant. Mais si celui qui est séduit se révèle bouleversant, c'est plus compliqué. Clive en fait l'expérience...

Il me l’a fait comprendre et j’ai laissé tomber. Je suis redevenu avec lui comme au départ. Et à partir de là, nos corps se sont dit plein de choses. En fait, quand on parlait, on évoquait son enfance et sa formation et pour moi, il voulait savoir aussi. Ça l’amusait que je parle des mecs que j’avais dragués jusqu’à ce que je rende compte qu’une femme, c’était bien aussi, même si complétement différent. Ma femme, je la remettais pas en cause. On avait un lien fort. Le numéro que j’étais, elle le connaissait bien…Quand je parlais d’elle, je voyais qu’il dressait l’oreille. En tout cas, que je sois marié en ayant des à-côtés de temps en temps, il trouvait pas ça idiot. Peut-être parce que j’avais vraiment limité la casse.

A Copenhague, il avait eu une liaison avec une ballerine très jolie. Il se voyait bien rester avec elle mais il était passé étoile et elle lui en avait terriblement voulu d’être si doué et si encensé. En plus, alors que leur liaison se poursuivait, elle s’était blessée à une cheville lors d’une répétition et ça avait mal tourné. En fin de compte, elle avait déserté la troupe et lui, elle l’avait laissé. Il pensait souvent à elle. Elle avait un joli corps. Elle était très féminine. Elle était devenue très amère et il restait désolé pour elle.

Bien sûr, avant elle, il y avait eu des garçons et, en ce domaine, il ne s’était pas voilé la face. En parler ? Non, il ne voulait pas. C’était juste des aventures, des expériences. Il en gardait des souvenirs bons mais vagues. Quant à cet Américain qui était épris de lui ? Je le sentais très prudent mais il lâchait des trucs. On lui avait toujours donné beaucoup d’ordres, pour qu’il réussisse, pour qu’il soit parfait et il savait qui il était comme danseur. Dans le domaine amoureux, à ce que je comprenais, c’était plutôt des défenses qu’on avait formulées. Ça l’avait rendu indécis. Du coup, il attirait des gens très forts qui pensaient disposer de tout ce qu’il fallait pour le convaincre. Leur résister était très difficile parce qu’ils avaient tout pour (lui) plaire ; la prestance physique, le sens d’un art ou sa maîtrise, de l’argent ou du savoir (ou les deux). C’était toujours des gens attachants…

Il y avait eu un pianiste…C’était à Copenhague aussi…Là, il devait reconnaître qu’il s’était laissé surprendre…

Comme il en parlait, je sentais quelque chose de dur et de cruel qui l’avait brûlé…Mais à combien de degrés, ça, je savais pas. En tout cas, je pigeais bien que c’était bien plus raide que la danseuse jalouse.

Et maintenant, il y avait cet homme (il ne disait pas Barney), il était totalement captateur et à ce stade de sa vie, lui, il ne le supportait pas.

C’était catégorique, alors ? Définitif ? Celui-là, non merci…Fallait que j’en sache plus, moi, d’où certaines questions. Il n’a pas été si évasif. Rien n’était joué. Il avait besoin d’être au calme affectivement, pas pressuré…J’étais donc l’homme de la situation.

Et un truc très sexuel avec tonton Clive, t’en as besoin, aussi…C’est impliquant mais pas au même niveau. Pis, personne sait alors personne te dit que c’est bien ou que c’est mal ou que celle-là, tu dois pas accepter ou celui-là…C’est ça que tu crois et comme ça, tu te lâches avec moi. Ça me rend très heureux, très épanoui pis toi, tu l’es heureux aussi. M’est avis que surveillé comme tu l’as été en tant que « jeune prodige » de la danse, t’as pas fait les galipettes que tu voulais. J’suis ta liberté sexuelle, tu te rends compte ! Ce qui serait géant, c’est qu’on vive ça sans que l’autre existe. On se serait buttés l’un contre l’autre, pis, on aurait pas eu d’autre choix que te trouver rapido un endroit pour se bécoter, se la faire durcir et s’emmancher encore et encore. Et on aurait été contents, toi et moi, hein ? Erik, si tu savais à quel point je voudrais pas que ça se soit déroulé comme ça. Parce que ce serait tout naturel, les mains aux fesses, les « caresses manuelles et buccales », les renversements sur le pieu, même si on avait des vies parallèles. Tandis que là, ça fait pas un pli que je vais te l’enfoncer jusqu’à la garde et que tu vas crier et exiger que ça continue…mais je penserais toujours que l’autre, il attend son heure et qu’il de bonnes raisons de te laisser faire ça. Tu vois…

Relax, il avait l’air de l’être et il rigolait de plus en plus quand il me voyait. Il me parlait français et évoquait sa mère et pis danois et il imitait son père. Pour son père, je sentais que ça coinçait un peu. Il lui en voulait de ne pas suivre sa carrière, de ne pas prendre des avions pour venir l’applaudir…Sa mère, au contraire, c’était l’adoration. Elle, était déjà venue le voir à New York (Super-Barney l’avait invité à bouffer au Four Seasons, j’en aurais donné ma main à couper, et il avait sorti pour l’occasion son français approximatif et lui, mon danseur joli-joli, il avait ri de ses tentatives….) et tout s’était très bien passé.

Quand même son père, il avait jamais rechigné à payer les cours de ce fils surprenant et ses stages. Je lui ai fait remarquer, à Erik. Peut-être qu’il avait le droit d’être un peu décontenancé…C’était pas toujours facile. Moi quand, ado, je sortais sans arrêt en douce et que mes parents « super ouverts » en avaient eu l’intuition, ça leur en avait foutu un coup. L’éducation rigoriste que j’étais supposé recevoir, elle en prenait un coup. Ben, pour son père, c’était peut-être un genre comme ça. C’était un mec qui venait d’un milieu très simple ; alors un fils danseur classique (et de une), très doué et promis à une carrière internationale (et de deux) et bisexuel (et de trois), fallait pas non plus…