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Si Clive a séduit un danseur classique totalement étranger à son univers, c'est à la suite d'un pari étrange. Cependant, ce jeune homme le trouble et le bouleverse...

Il est resté assis sur son fauteuil, le dos droit et le visage baissé. J’ai fait ce qu’il me semblait juste de faire. Je l’ai fait se lever. On s’est allongé l’un contre l’autre sur l’affreux canapé du salon et je l’ai gardé contre moi.

Barney avait dit qu’Erik avait été dressé à séduire et à rendre amoureux. Il y avait sans doute beaucoup de vrai dans ce qu’il avançait mais là, quand même, quelqu’un était mort. C’était autrement plus grave… Je n’avais aucun élément me permettant d’infléchir ou de confirmer la version des faits que présentait ce jeune homme accablé. Je m’en suis tenu à la simplicité. J’ai gardé le silence en lui communiquant ma force intérieure.

Quand il est parti, il avait l’air d’aller un peu mieux et il me restait entre les doigts un de ses cheveux d’or pâle.

J’ai essayé de penser à quelque chose de trivial, le concernant mais rien n’a fonctionné.

Après quoi, il y a eu le beau spectacle où Erik devait se produire et j’ai vite compris que c’était le clou de la saison. Depuis des mois que je le voyais en cachette, je m’étais beaucoup renseigné sur la danse classique. J’avais bien sûr compulsé le livre que Barney m’avait refilé pour que je sache ce qu’il avait dansé exactement, mon danseur (pardon, notre) mais ça ne suffisait pas. On était en 2012 et Erik avait vingt-sept ans. Ça voulait dire qu’en 1995, alors qu’il avait dix ans, il avait dû admirer Rudolph Noureev. La grande star de la danse était morte en 1993 et "survivait" dans les mémoires. Baryschnikov, plus jeune, devait être une autre de ses références et cartonnait encore pas mal aux Etats-Unis et ailleurs. J’avais lu qu’Erik Bruhn, qui était d’une toute autre génération, continuait d’être une figure de référence au Danemark et en regardant des photos de lui, je m’étais dit que, plus âgé, mon Erik à moi finirait par lui ressembler. Pour ce qui est de l’excellence dans la danse, c’était carrément bien mais Bruhn, ça avait quand même l’air d’un grand mélancolique et j’espérais que mon joli-joli, il s’en tirerait mieux. D’autant que son prédécesseur danois, il était officiellement mort d’un cancer. Officieusement, c'était le sida.

Après, il admirait un tel ou un tel et il me disait des noms mais j’avais une culture trop limitée en ce domaine pour les retenir.

Il avait quand même remarqué que je savais bien plus de « choses » qu’au départ  (oui, je sais, heureusement que « chose » et « truc » existent, parce que je serais souvent en panne de vocabulaire…) et ça m’a valu de discrets compliments. Erik, il pouvait vraiment être tout d’un coup simple comme un enfant pis roué et futé comme tout et dans ces cas-là, il pouvait se montrer dur. Mais dans le cas présent, l’enfant parlait.

Bref, je l’ai vu, son spectacle.