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Là, on arrivait dans la vie. Sûr, il trouvait. Beau et radieux comme il était…

J’ai jeté un coup d’œil vers la loge de Barney, qui justement, regardait dans ma direction et j’ai deviné qu’il était très fier de la prestation de danseur dont on parlait beaucoup et qui, suivant ses critères, lui appartenait. En même temps, il était très ému, j’en avais la certitude parce que ce même danseur passait un cap en interprétant un ballet dont, à priori au début, la compagnie ne voulait pas…

Les autres danseurs arrivaient sur scène pour saluer, puisque c’était le final, mais Erik, tout en blanc, restait au centre, rayonnant, saluant différemment des autres, un bras ramené vers son épaule droite…

Ça a duré et duré. J’ai de nouveau regardé vers la loge. Barney était debout et applaudissait en regardant la troupe en général et son danseur blond en particulier. De nouveau, il m’a décoché un regard très clair. Ça voulait dire…

-  Maintenant, laisse…

Erik, lui, il regardait un peu tout le monde forcément et il remerciait, comme les autres d’ailleurs, pour les fleurs.

Laisse…Tu vois, ça s’arrange plutôt bien. Je te verrai pour les gratifications…

J’ai pensé à Noureev au début, quand il était en tournée à Paris et que des gonzesses bien givrées lui lançaient des manteaux en vison, des roses avec des pièces d’or cousues à la tige, des lettres d’amour et aussi des culottes…Véridique…

Combien de personnes dans la salle étaient prêtes à lui lancer des trucs, à ce beau danseur si excitant dans son justaucorps clair ? A mon avis, y’avait du monde…C’était juste la bienséance qui corsetait les désirs.

Merci pour tout. Il est à moi…Remarque, ça peut se comprendre. Un queutard, ça a ses limites…Il sait faire la différence…

Barney, il allait lui envoyer une gerbe de fleurs, des roses, des roses roses. Erik, il m’avait dit qu’il en recevait beaucoup, dans sa loge, à la fin des spectacles. Il arrivait qu’on lui en fasse parvenir chez lui et il en était heureux aussi. Fallait juste avoir son adresse personnelle.

L’idée des sous-vêtements, ça m’excitait mais je savais pas si c’était le meilleur choix. Parce ce que lui en lancer un, c’était risible.

Non, les fleurs, c’était plus sûr.  Quand je rentrerai chez moi, j’y  penserai  et dès le lendemain, je ferai partir un grand bouquet de lys et de roses pour monsieur Erik Anderson, C/ o Riccardo Lopez etc.

 Les fleurs, elles arriveraient et elles retourneraient chez le fleuriste qui s’aplatirait pour s’excuser en disant qu’il ne comprenait pas. Y’avait rien à comprendre et je demandais aucun remboursement. Le petit paquet, il reviendrait aussi. Celui qui contenait un mouchoir qui avait l’odeur de ma semence car je m’étais fait jouir dedans. C’était un bel hommage qui n’aurait tout son sens quand, tout ému et excité, il ferait de lui la meilleure utilisation qui puisse se trouver et y ajouterait sa liqueur…

Je ferais ça, c’était sûr. J’aurais juste un peu changé l’idée de départ.

En attendant, je regardais Erik qui lui regardait tout le monde et personne. Ce devait être le dixième rappel…

Le laisser, non. Le thème du ballet, c’était le chiffre trois et Diaghilev, je l’avais lu, il avait le fantasme de faire l’amour avec de hommes plus jeunes que  lui. Pour le chiffre, on était bon. Y’avait juste que Barney et moi, on était plus vieux qu’Erik. Sûr que je me voyais pas finir de l’embrasser pour laisser Julian B. prendre ma place mais à y bien regarder, ça ouvrait des perspectives très excitantes. On était deux hommes murs et expérimentés et sa sensualité à lui, on était l’un et l’autre bien placés pour l’estimer à sa juste valeur…Clair, vraiment très clair...

"Maintenant, laisse…"

Humm, Erik…Te laisser, non, bien sûr !