dali visage de mae west

Bref. Il a fallu quitter tout cet émerveillement et rentrer. A la maison, Kristin m’attendait. Elle avait fumé cigarette sur cigarette. Elle avait pleuré, c’était clair.

- Il est jeune ?

- Ouaih…

- Tu vas me quitter et te mettre avec lui ?

- C’est une relation très forte !

- Non mais tu plaisantes !

- Non, on s’adore vraiment. Je suis désolé.

- Merde, Clive, t’es pas désolé ! T’es content ! Tu ne m’aimes plus.

- Kristin, t’as fait un choix casse-gueule. Tu le savais pour les jeunes mecs…

Elle m’a balancé une gifle puis une autre.

-Mais tes discours à toi, dis, ils sont vraiment à la con, tu sais ça ? On s'est mariés Clive, tu comprends ça, on s'est mariés !

Elle a voulu savoir qui c’était et j’ai parlé d’un jeune mec nouveau au bureau. Elle a hurlé et cassé plein de trucs dans la cuisine.

Elle a pas bien dormi.

Erik, chez lui, il a trouvé plein de fleurs et peut être que Barney il a aidé à retirer les messages qui y étaient adjoints. Vous savez, ceux qui sont dans de petites enveloppes…Faut faire gaffe car on se pique les doigts…

Il a lu les messages. Il avait un sourire d’enfant. Ses belles lèvres qui se retroussaient, j'y pensais avec un bonheur ! Mais ça suffisait pas. L’injonction silencieuse de Barney, je ne l’acceptais pas.

"C'est fini pour vous..."

Il te dit "Maintenant, laisse"…Non, mais t’es qui, toi ?

"Ton rôle est terminé" :  mais, je refuse que ce soit le cas !

Ça m’a franchement atteint, son attitude d’autant que non content de cela, il m’a envoyé un bref message de confirmation. Il me remerciait. Mon rôle prenait fin, enfin pour le moment car il attendait bien sûr de faire découvrir à son chéri d’amour que c’est lui qui avait tout réglé depuis le début. Ensuite, à ses dires, il me réintroduirait dans leur histoire. Quelque chose à trois…Ce serait difficile pour le jeune homme mais significatif : ce n’est pas lui qui commandait…

Vous recevrez un chèque sous dix jours. Conard, toi !

Comme de bien entendu, j’ai pris le contrepied de ce qu’il préconisait. Que j’attende son bon vouloir, non mais ! J’ai appelé Erik et ai donc insisté pour qu’on se revoie encore une fois. Je n’avais pas en tête l’appartement de Riccardo Lopez. Ce n’était pas les hôtels qui manquaient ! J’ai bien senti qu’il hésitait beaucoup  et, en bon sanguin, j’ai mis la gomme. Il fallait qu’on se voie. Il fallait que je le prenne. Il se rendait quand même bien compte qu’on s’aimantait sur le plan sexuel et que pour lui-aussi, ne pas me voir serait difficile…Il a joliment lutté.

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- Ecoute, Clive, c’est difficile parce que je lui parle de nouveau…On a beaucoup échangé. C’est assez délicat, là…

- Pourtant, tu devrais le comprendre, cela : quand est désiré et désirable comme ça, on se doit de recevoir des hommages. Ne me dis pas que tu es choqué si je suis direct. Il faut que je te fasse l’amour. J’ai besoin de te prendre…Allez, mon Beau !

- Si on se voit, c’est pour parler…

-Avant, pendant et après. Ce n’est pas incompatible.

Il a fini par céder. Le rendez-vous a été fixé chez Lopez. C’était gonflé de ma part, vraiment gonflé mais, je ne sais pourquoi, j’avais la naïveté de croire que je prendrais Barney de vitesse.

J’ai fait parler Erik et ça m’a conforté dans cette idée. Sur certains points, son amant retrouvé s’était montré patient : il avait par exemple écouté Erik lui dire qu’il voyait régulièrement quelqu’un qui n’avait rien à voir avec le milieu dans lequel il évoluait. Il l’avait tancé pour cela en se gardant bien de lui dévoiler sa manœuvre. En termes clairs, le beau danseur ignorait qu’il voyait en cachette quelqu’un que son amant éconduit avait mis sur sa route et que le lieu de ses ébats réguliers avec « cette personne si différente », avait été choisi par ce même homme. C’était très habile car ça le contraignait, le joli jeune homme, à dire qu’en fin de compte, après des mois et des mois de brouille, il n’était pas resté seul et uniquement préoccupé par son art, comme il avait affirmé le faire mais s’était tourné vers un partenaire avec qui il avait passé du bon temps…Par ailleurs, il a remis en place des règles strictes. Leur liaison reprenait. Il ne voulait donc pas qu’on lui désobéisse…

Evidemment, cette façon de lui dicter sa conduite, ça l’avait agacé, Erik, et c’est pour cela, en fin de compte qu’il était venu me voir. Il avait un alibi en béton. Un rendez-vous avec une danseuse qui avait quitté la troupe et qu’il revoyait avec plaisir. Elle mentirait.