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Clive, américain de la classe moyenne, a fait un pacte avec un homme aisé, Julian Barney. Il doit lui ramener son jeune amant récalcitrant. Si Clive était un autre, il aurait accompli sa mission sans brocher. Mais cet Erik, il en est tombé amoureux et veut le voir en cachette. Ce n'est pas si simple, cependant...

Et puis tout d’un coup, j’ai compris. Comment avais-je pu être aussi bête ! Il n’était pas au courant, Erik, pour cet appartement mais Barney, lui, il l’était. Et il avait compris. Erik ne l’avait pas écouté et moi non plus. Il devait nous chercher et son arrivée était imminente.

Tu te lèves, Dorwell et tu pars. Tu lui dis que ça te revient. Lopez, il annonce une date et il ne s’y tient pas. Ce serait quand même con qu’il arrive là, maintenant et en même temps, c’est chez lui…Il avalera ça, Erik, d’autant qu’il est un peu inquiet…

Tout énervé, j'ai secoué le beau danseur. Bon, le moins qu'on puisse dire est que ça ne l'a pas motivé. J’étais presque vêtu quand j’ai constaté que lui, ça le rendait perplexe. On n’était quand même pas à cinq minutes près. En plus, j’étais supposé avoir fait pas mal de fariboles avec Lopez. Qu’il nous trouve là le ferait marrer…

Je n’ai pas marché et l’ai houspillé. Non, il fallait s’en aller. 

- Allez, Erik, cesse de rire !

- Mais quoi ! On est bien, non?

- Non, il faut s'en aller...

Sauf que c’était trop tard. On avait raté le coche. 

En tournant la clé dans la serrure, Barney a tout de suite compris qu’il touchait le gros lot. Il a avancé très doucement vers la chambre et il en a ouvert la porte avant d’apparaître dans l’encadrement. Aucun de nous deux ne l’a vu d'abord et ça m’a marqué cela, qu’il ait pu nous observer et nous avilir en le faisant.

Erik, il trainait encore et il s’est redressé pour rembourrer un oreiller. Je tournais le dos à la porte et ne me rendais compte de rien  mais lui, il avait compris car son champ de vision n'était pas le même.  Il a eu une sorte d’exclamation rauque, d’une tonalité vraiment bizarre. Et du coup, il s'est levé.

-Hein ?  Ce n’est pas vrai ! Julian ? Mais que fais-tu ici ?

L’autre, il  a reculé et attendu dans le salon d'où on a entendu sa voix autoritaire, plus haut perchée qu'à l'habitude:

- Erik, tu t’ingénies vraiment à tout compliquer. Je t’avais demandé de rester tranquille et de ne rien tenter pour le voir…Habille-toi et viens me rejoindre. On va devoir parler. Monsieur Dorwell, ceci n’est pas dans votre contrat. Attendez ici.

Non, mais ce type ! Et que je te donne un ordre puis un contrordre ...

J’étais convié à rester dans la chambre, bien sûr. J’ai pris mon temps et suis resté tout réhabillé sur le lit, assis, la tête dans les mains. Je crois qu’au fond, ce que j’aurais voulu, c’est m’en moquer. Seulement, c’était devenu trop compliqué. Il m’inspirait des sentiments violents et contradictoires, le jeune danseur. Ça ne faisait pas l’ombre d’un doute et ça devenait inextricable. Un jeu cynique était-il encore possible ? Histoire de tirer son épingle du jeu…

Bon, il ne me "conviait" pas mais j’ai fini par les rejoindre et, à vrai dire, j’ai été atterré par ce que j’ai vu. Barney, il me tournait le dos et il parlait, il parlait…Il avait tout déballé. J’étais mort ou presque. C'est un vrai salaud, tu n'avais pas compris mon chéri? Aussi vil et manipulable, tu te rends compte et qui plus est, presque ignare concernant les Arts ! Risible...Au moins auras-tu appris à faire la différence car je peux tout t'apporter ! 

L’autre, il le regardait sans ciller et il n’avait pas l’air d’une victime, vraiment pas. Pourtant, de façon touchante, dans sa hâte pour s’habiller, il avait oublié de mettre ses chaussures et son maillot de corps blanc était à l’envers. N’empêche, il restait un jeune prince hautain et l’autre, ce qu’il disait, ça ne le convainquait pas du tout. Au contraire, il avait l’air de le jauger, son « ami » et d’être vraiment déçu de lui…

Il m’a vu arriver et est passé à l’attaque.

-Tu as répondu à l’annonce de Julian ?

-Oui

-Dis-moi quel en était le texte.

-Une histoire de chasseur aguerri, de proie, de travail long et de…poussière…

-Tu es un chasseur aguerri ?

-Bah, c’était une annonce, un rébus. J’ai été choisi et ça m’a surpris…Quant à être un bon chasseur, je crois oui, quand même… 

-Il t’a confié une mission et toi, tu l’as accomplie, c’est ça ?

-Oui

-Tu es content de toi ?