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Quant à Kristin, je dois reconnaître qu’elle avait de la classe. On avait divorcé rapidement et sans casse, ce qui ne signifie pas qu’elle était naïve. Elle savait compter et j’avais été réglo. J’ai été ravi qu’elle vienne jeter un œil sur mon restaurant.  Elle m’a félicité. Bien sûr,  elle morflait quand même mais  elle avait  le cœur à me revoir. Ce qui l’a vraiment surprise, c’est quand elle s’est rendu compte que je menais ma barque tout seul. Sûr, j’avais un comptable en béton et une serveuse en chef qui était une machine de guerre mais elle avait pensé à autre chose. Elle croyait que le petit jeune qui m’avait arraché à elle, il serait là, à plastronner. Voir que personne ne jouait ce rôle-là, auprès de moi, ça l’a en quelque sorte apaisée. Elle était laissée mais pas supplantée…

Bon, c’est la psychologie féminine…

Il restait Carolyn. Elle en avait pris un coup elle-aussi et elle essayait de me voir avec d’autres yeux. Son père qui levait de jeunes mecs…Evidemment…Elle aussi, je crois que le fait de me découvrir au four et au moulin entouré d’un paquet de gens mais seul affectivement, ça lui a fait du bien. Pour elle –aussi, c’était mieux que de lui asséner un jeune et fringant compagnon.

- Bud est un barman magique et tous les deux, on fait la paire…

- Je te présente Andy…

- Bob a cinq ans de moins que moi, pardon, dix mais…

Euh, non. Pour elle, tout du moins…

Donc, disons que moi, c’était une belle période. Je me sentais propre. Je ne vous dirais pas que je n’avais pas une aventure de temps à autre mais alors c’était rapide et loin du taf. Quant aux sollicitations discrètes que m’adressait Kathleen, une de mes serveuses, je faisais comme si je ne me rendais pas compte. C’était une femme très bien, mère d’un petit garçon  de douze ans qui vivait plutôt avec son père, et je préférais encore jouer à l’aveugle de me séparer de quelqu’un d’aussi efficace.

Bon, tout ça pour dire que mes tractations avec Barney et mes divagations hautement sexuelles avec ce danseur au corps d’éphèbe, ça s’éloignait sans que je m’en plaigne. J’avais beau la jouer tranquille, cette affaire-là, ça m’avait flanqué un sacré blues les premiers temps. Je préférais me consacrer au boulot et heureusement que je l’avais fait, sinon…Sinon, il m’aurait poursuivi le regard chargé de reproches qu’il m’avait lancé avant de me balancer une gifle, le chéri à Barney…Parce qu’il avait eu beau faire son fier et rester digne, il s’était quand même pris une sacrée humiliation dans la figure. On l’avait méchamment manipulé, l’un et l’autre, l’homme de la haute et moi…

Mais, je n’en rêvais plus la nuit, des soupirs et des sourires du beau jeune homme et de son déchirement final, c’était déjà ça. Au début, je m’étais pas demandé pourquoi je dormais seul. Il le fallait. Je voulais pas répondre à certaines questions, innocentes; le jeune mec du moment n’aurait pas compris grand-chose à mes monologues nocturnes incontrôlés, mais tout de même…

Le temps filait, c’est sûr et j’étais moins obsessionnel mais croire à une victoire facile, hein…Ben non !